entre le rien et quelque chose
aller se perdre là
dans une effroyable spirale
où le vent chasse les cendres
J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)
entre le rien et quelque chose
aller se perdre là
dans une effroyable spirale
où le vent chasse les cendres
il suffit un jour de dire
les mots qu'en marchant
on garde dans la bouche
le souffle de nos rides
à l’ombre des dépits
il faut inventer autre chose
espérer pour tout
le ciel n'entre pas toujours par la fenêtre
c’est une herse qui passe
dans le tunnel des phrases
comme une joie qui n’attend pas
dans le reflet des mots
hors de toute atteinte
l’étoffe du ciel
passerelle vers une autre rive
nous sommes de passage
par syncopes et à contre temps
heurter de la tête le soc du temps
jusqu’à l’os
des souvenirs affleurent
un battement de peu
juste une frange de moi-même
un point bleu
d’un petit rien embroussaillé
la verticale se ressaisit
on amarre les ailes de lumière
au carrefour de l'impensable
on sort et recommence
dans la phrase jusqu'au cou
à force de marcher en soi
juste la béance la plaie
chercher son fantôme
dans un recul de l'hiver
un noir si profond
sur une vitre creusée de bleu
accueillir l’enfance
entre moi et l’autre
à peine de quoi trouer le silence
les mots n'ont pas de sens
se calfeutrer et parler de rien
voix greffées au vent
seul l'étrange éveille
lance-toi vers l’aval
d’encre et d’alluvions
dans le creuset de la mémoire
errant de soi-même
le bruit des feuilles sous les pas
savoir ce que l'on sait
pauvres pas essoufflés
nous sommes errants de nous
dégustons le bruit des feuilles sous nos pas
sang épais dans la bouche
pour suturer le temps
la lumière frotte sa langue
à l’abri des rafales
pour faire monter l’intense
nos bras chargés des fatigues
de ce chemin pavé de ronces
épuisant dialogue intérieur
où les couleurs ont disparu