un battement de peu
juste une frange de moi-même
un point bleu
d’un petit rien embroussaillé
J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)
un battement de peu
juste une frange de moi-même
un point bleu
d’un petit rien embroussaillé
la verticale se ressaisit
on amarre les ailes de lumière
au carrefour de l'impensable
on sort et recommence
(on dirait bien qu’il n’y a pas un souffle d’air pour éveiller le dehors)
fraction de seconde — où tout peut basculer — ou non — mais cette intensité de l’instant — ce qui se nomme imprévu — et penser inattendu mais aussi l’infime — ce que personne ne sait vraiment voir — ce qui du dehors vient rayer la face du jour — cette impulsion qui donne la pulsion nécessaire — à gribouiller quelques mots — à s’arrêter — et à se dire là il y a quelque chose — un possible à prendre en compte — une faille où se laisser glisser un instant — et ces bribes de soudain — les retenir —
dans la phrase jusqu'au cou
à force de marcher en soi
juste la béance la plaie
chercher son fantôme
dans un recul de l'hiver
un noir si profond
sur une vitre creusée de bleu
accueillir l’enfance
( on pourrait juste dire que la lumière est bien là)
à
cheminer entre passé et présent — à ne plus savoir qui on est
vraiment — qui avoir été — et qui aujourd’hui colonise mon
esprit — le corps n’est pas en cause — ce sont juste les
pensées ou les idées que l’on croit inébranlables — mais
quelles sont-elles réellement — le mot cohérence est-il celui que
l’on recherche — quelque chose de fragile même ferait l’affaire
— pour reprendre pied — pour se rassurer — tout est tellement
flou — et l’on aimerait avoir une vision claire des choses — ne
plus vivre dans un doute continu — qui nous dévore —
(des reflets de soleil se dorent sur les fenêtres des immeubles)
la lumière redonne forme — comme des souvenirs dont on ne savait plus rien — enfouis dans les nimbes remontent en mémoire — on sent que le ciel sera bleu en ce jour — laisser venir ce qui doit — sans espérer monts et merveilles — prendre le temps des respirations — et celui de l’attente — laisser filer les mots de la nuit — les remous des jours passés — espérer les pattes de mouche sur la page — les traces de ce vivant en soi — et tendre les bras et les mains dans cette lumière presque inattendue —
entre moi et l’autre
à peine de quoi trouer le silence
les mots n'ont pas de sens
se calfeutrer et parler de rien
(de gros buissons touffus et informes derrière la fenêtre comme un miroir)
des interrogations en tête — qui s’élancent et bourgeonnent — rivalisent d’intensité — puis s’éteignent — se fanent avant même d’avoir offert la fleur d’une réponse — retour en arrière sur un passé lointain désormais — tenter de comprendre des choix — à certains carrefours — des abandons — des changements de routes — les courbes et méandres d’une vie — et reconnaître la base solide de ce qui fut — malgré ce qui aujourd’hui m’est devenu étranger — ne rien renier — ou jeter aux orties — ce fut ainsi — et on continue d’avancer — même si le chemin se resserre un peu —
voix greffées au vent
seul l'étrange éveille
lance-toi vers l’aval
d’encre et d’alluvions
(un freux tout en haut du grand sapin une envie de dialoguer )
méditer avec lui sur le passage du temps — sur l’invisible ou ce qui échappe — mais que lui contemple du sommet de l’arbre — nous sommes deux à réfléchir — à prendre le temps de l’arrêt — la tête malaxée des silences qui creusent — et qui murmurent entre nos tempes — qui alimentent cette rumeur sourde — dans cet au-dedans de soi — quelle cette voix sombre et stoïque toujours là — cette voix qui chemine dans la chair — de son plumage noir elle effleure elle égratigne — et abandonne de petits cailloux — ne pas l’égarer —
dans le creuset de la mémoire
errant de soi-même
le bruit des feuilles sous les pas
savoir ce que l'on sait
( se lever avant la venue du jour et rester longtemps dans sa nuit)
se débarrasser des images du réveil — lourdes et glauques — celles qui ont nourri les rêves — celles qui ont grignoté la nuit — et celles qui tentent à s’incruster quelque part en soi — à se répandre en écho — à se disséminer entre les strates de pensées — comme la marée montante culbute les galets — attendant et guettant les fissures — puis s’étalent et génèrent une sorte de vertige — un léger déséquilibre — et l’on cherche à y mettre fin — en l’écrivant le décrivant — afin de respirer enfin l’air frais du matin —
pauvres pas essoufflés
nous sommes errants de nous
dégustons le bruit des feuilles sous nos pas
sang épais dans la bouche
( lentement la lumière du matin se dilue sur le jardin)
dans les tourbillons des paradoxes — les pensées se tricotent et se détricotent — délivrent quelques lumières — comme on allume les bougies d’anniversaire — s’écrasent sur l’autrement du temps qui surgit — tentent une langue imprévue — avec de petites attentions — l’amorce d’un bleu ardoise — une surenchère d’un bleu outremer — une transparence de blanc — ces pensées morcelées dissimulent les grincements du corps — lancent des hypothèses pour le jour qui vient — déposent un refrain sur les lèvres — dans une langue ancienne — que l’on retrouve sans trop savoir comment — et qui se chantonnera encore et encore —
pour suturer le temps
la lumière frotte sa langue
à l’abri des rafales
pour faire monter l’intense
( comme un nouveau ciel bleu qui s’installerait)
à nouveau cela brasse encore en tête — des saccades d’angoisse surgissent — se sentir comme une pierre — des instants où les mots se brisent — les lèvres que l’on serre un peu trop fort — ou que l’on mordille sans s’en apercevoir — des gestes de doigts saccadés — se tourner vers le ciel — à la recherche d’un nuage de calme — une respiration plus lente — une sérénité soudaine et stable — une parole qui traverse irriguée de mots doux — des éclosions d’images d’un bleu doux — des murmures sucrés — de longues lampées d’air — un rythme de souffle sans remous —