1/ Des accrocs dans le tissu des vies comme cette voix éraillée au matin qui n’arrive pas à trouver sa tonalité, sa forme, son débit et qui, petit à petit, après quelques essais finit par se poser à la justesse requise. La voix se met à sa place et abandonne cet enrouement qui rend toute parole enrayée et obscure. Le raclement se stabilise, cesse, on peut participer au cours des échanges.
2/ Par l’écheveau des coïncidences qui se tisse sans le savoir et que l’on relie plus tard, lorsque des tranches de vie se sont formées, on redessine le chemin qui a été le nôtre, dont on n’a pas tout maîtrisé, mais sur lequel on a avancé tant bien que mal. On recherche ce qui a permis de ne pas perdre l’équilibre tout au long du parcours : on est resté debout.
3/ Aussitôt acheté, aussitôt commencé, même si d’autres livres attendent depuis longtemps d’être pris entre mes mains. Je veux juste lire quelques pages de ce nouveau Carnet de notes de Pierre Bergounioux. Le dernier s’achevait en 2020 et ce tome concerne les cinq années qui suivent. Les images mentales des lieux évoqués se reforment. L’auteur se lève toujours aussi tôt. J’arrête ma lecture du jour sur la description d’un ciel fuligineux.
4/ Un paysage qui nous touche se déploie, s’étale comme une partition devant soi, avec ses notes graves qui résonnent dans le ventre, ses notes aiguës qui réveillent l’endormi, le rythme des verts qui se croisent et se décroisent, le tempo donné par les troncs des arbres, et le fil narratif de l’oiseau qui traverse imperturbable l’espace d’un dehors dont on vient de faire un dedans en deux ou trois mesures.
5/ Certains sont affairés à faire fructifier leur argent, d’autres à arpenter des contrées inconnues, d’autres à pérorer sur les écrans et à dire des inepties, d’autres encore à fomenter des conflits, et encore d’autres à imposer leur vision du monde et à gommer toute liberté de penser, d’autres et ce sont les mêmes à obtenir tous les pouvoirs de décisions… Mon bonheur : être entre les lignes d’un livre intelligent.
6/ Le double vitrage dont je m’entoure de plus en plus, depuis quelques années, sans doute pour ne pas me perdre dans les échanges qui ne conduisent vers rien qui puisse m’aider à traverser les ombres. Et parfois une mésange frappe à bec insistant contre la vitre de mon isolement afin de me montrer un monde qui continue de virevolter au-dehors. On revient à la vie alors en clignant des yeux.
7/ Qu’en est-il de son propre voyage dans les arcanes de la vie ? De l’appropriation des jours qui s’enchaînent, avec sans savoir pourquoi, une vitesse ressentie qui s’accélère…Quels chemins nouveaux à tenter de débroussailler pour une errance toujours joyeuse, ou dans quelles impasses pouvoir encore se cogner, ou quelles visions nous attendent si nos yeux sont bien en phase… Mais savoir que les ombres du passé ne nous quittent pas...






