1/ Cela s’écrit ailleurs qu’entre ces lignes. Cela s’écrit dans un renouveau d’écriture, une manière différente d’aborder les fragments qui s’enchaînent. C’est sans doute plus structuré, avec une ossature qui rassemble ce qui pourrait paraître éparpillé. Ce sont comme les tableaux d’un intérieur qui ouvre un peu ses volets pour laisser filtrer quelques rais de lumière sur les murs qui soutiennent la maison. Cela déploie les voiles autour d’une méditation.
2/ Espérer chaque jour un nouveau seuil à franchir. Pour l’ampleur que cela insufflera dans sa journée, ou la couleur qui irisera alors le regard, ou tout simplement pour la joie de sentir son existence encore en possibilité de s’élargir. Pour le sillage qui se pressent dans un début de quelque chose que l’on ne sait pas. Pour les apparitions de cet invisible qui nous cerne. Pour l’énigme entre ombres et lumières.
3/ Dans un tableau, ce sont les détails qui me sollicitent. La forme d’un nuage, le plissement d’une étoffe, un fil de couleur que l’on suit du regard, les doigts recourbés d’une main, des ocelles sur un plumage, la croûte d’un pain, un repli d’ombre, un reflet sur une vitre, un verre ou une nappe d’eau, l’intimité d’un souffle, un rien qui émerge de l’invisible et chuchote des vocables d'un arrière-pays.
4/ Je me sens parfois comme un ver de bois, appelé aussi vrillette du bois, que l’on ne voit pas, mais qui creuse des galeries dans des meubles et des poutres et laisse tomber un peu de sciure au sol, trace de son activité xylophage. Je me faufile aussi dans la galerie d’un passé qui ressurgit de temps à autre sans prévenir, et cherche à produire mon petit tas de sciure.
5/ On voudrait pouvoir inventer le verbe silencer afin de lui octroyer une conjugaison et lui donner un champ d’action plus vaste. Et, faisant des recherches sur internet, on s’aperçoit qu’il existe déjà : silencer ou silencier…, mais il n’est guère utilisé de nos jours. Je voudrais pouvoir écrire : je silence le plus souvent et le plus longtemps possible, ou silencer c’est se donner les moyens d’être davantage et enfin soi-même.
6/ L’écriture se vit comme un lieu. Un lieu de solitude, paisible, en retrait du reste du monde. Avec une pellicule de fragilité qui le cerne. D’où peut s’élever une force. Le terreau aussi d’une déstabilisation possible. Un lieu paradoxal empli d’étincelles susceptibles d’un embrasement ou de quelques lueurs dans un quotidien somme toute très banal. Le mot épiphanie est le bienvenu, mais l’étincelle me suffit, je n’ai besoin de rien d’autre.
7/ Il y a plus de vingt livres à la portée de mes mains. J’en ouvre un, lis quelques pages, puis un autre m’appelle qui vient faire écho à la première lecture et ainsi tout au long des heures. Je laisse faire le hasard. Et une phrase me happe : J’écris dans les freins d’Antoine Emaz. Et penser alors aux zones qui s’excluent, sans réflexion véritable, de la liberté de l’écriture.






