1/ Ce que l’on ressent ou on croit ressentir n’a pas toujours la possibilité de se revêtir d’un mot, d’être nommé selon le vocabulaire de tout un chacun. Cela se passe au plus profond de soi. On a beau chercher à se connaître soi-même, nous ne savons pas toujours qui nous sommes et c’est tout le travail d’une vie que de le découvrir. Les mots sont parfois rétifs à se dire.
2/ Avec l’âge, certains souvenirs que l’on imaginait inoubliables nous abandonnent ou s’étiolent comme des peaux sèches, immolés dans les arcanes du temps. Mais certains autres reprennent de la vigueur et, en les auscultant avec un peu plus d’attention, révèlent des facettes qui, jusque là, n’avaient pas été mises en lumière et n’avaient pas encore laissé émerger toute leur puissance, ni délivrer tout leur sens caché que l’on peut découvrir désormais.
3/ On est toujours retenu par un écheveau des souvenirs qui s’approchent de nous sans prévenir et s’accrochent jusqu’à ce que l’on se penche dessus..Une réalité commence à creuser en nous que l’on sent bien, à certains moments, qu’il est utile et peut-être même nécessaire d’aller voir un peu plus loin, se glisser dans les profondeurs, d’écarter quelques plis qui cachent ce qu’il faudrait apercevoir pour comprendre quelque chose de soi.
4/ J’aime à penser que de creuser l’image d’un souvenir dans ses plus lointains retranchements permettrait d’atteindre quelque chose dans la profondeur et de libérer ce qui continue de bouger tout au fond de soi. L’écriture, ne se satisfaisant pas de l’effleurement, du regard à fleur d’eau permet ce creusement. Se tenir à cette même image mentale et la nourrir de mots sous toutes ses facettes comme un peintre le fait.
5/Traversant les blogs ou sites d’écriture régulièrement où je sais trouver de quoi me rassasier, ressentir cette circulation de mots entre tous, des phrases se détachent que l’on avait déjà notées pour soi : chez Anh Mat J’ai de l’affection pour chaque brin d’herbe qui force le bitume, citation que je retrouve avec plaisir chez Karl Dubost quelques jours plus tard. Entre Saïgon, ToKyo et Saint-Etienne des trajets de mots.
6/ Face au spectacle de Pietragalla avec Barbara, je suis envahie d’une émotion intense et dont il y a si longtemps que je ne l’avais éprouvée. Je pourrais nommer cela poésie où danse, chanson, musique, voix, lumière se mêlent sur scène. Un univers est ouvert comme la poésie le permet, s’insinuant en nous, bouleversant de part en part, laissant libre cours à nos émotions, remuant en soi ce qui le peut.
7/ Comme une petite graine échouée sur un sol favorable, il est des personnages de romans ou vus dans des tableaux qui continuent de vous hanter et prendre racine dans notre mémoire, sans pour autant nous indiquer ce qu’il faut penser d’eux, mais plutôt ils restent là comme des interrogations piquées dans la chair à se rappeler à nous de temps à autre : ils semblent dire n’oublie pas la question.


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