1/ Y aurait-il une ligne de force qui orienterait ma vie, les chemins
que j’emprunte, les paysages qui m’appellent, vers des lieux
d’intensité, plus particulièrement déserts, c’est à dire
emplis de ce silence loin de toute présence, et où il semblerait se
trouver une forme de simplicité ? J’ai en mémoire de tels
lieux, avec ce besoin toujours neuf de poser à nouveau mon pas, et
d’arpenter à nouveau ses lisières.
2/ La
distance des années écoulées avec des événements vécus dans
l’enfance leur permet de s’enrober d’une autre texture. Il faut
déplier l’étoffe du temps qui a recouvert de plis ces instants
qui, sans le savoir bien sûr, ont infléchi la forme qui sera donnée
à l’être que l’on est devenu. Tenter alors de comprendre, de
prendre en compte chaque pli dévoilé et de phraser ce qui vient
ainsi vers soi.
3/ Sur
la ligne imaginaire, mentale du temps, qui a l’apparence d’une
circonférence, j’ai toujours la sensation d’avoir pris du retard
et d’être restée bloquée plus en arrière et, consultant le
calendrier, je dois effectuer une avance rapide sur la ligne pour me
retrouver en conformité avec ce qui est réellement. Là, j’étais
encore sur la ligne basse de mon cercle mental, an niveau de février,
et je dois remonter !
4/
Errance dans un petit musée, de par sa taille. Juste quelques salles
où être confrontée à un surgissement de regards que les œuvres
produisent. Le lien qui se tisse ensuite, et qui se poursuit après
la visite. Le trouble ou l’inquiétude aussi face aux regards qui
nous regardent. Ce qui fait dialogue ou échange imaginé. La liaison
étrange entre des mondes, dans un bouleversement intime, sensible et
calme du voir.
5/
Face à des tableaux, des sculptures, des œuvres d’art visuelles,
c’est la vie intérieure qui est interrogée. Ce sont deux
solitudes en regard l’une de l’autre. Et dans ce champ de
tensions, cela parle au plus profond ; on se retrouve dans la
pensée des émotions, dans cette sensibilité de l’intelligence.
On ne sait rien de ce que l’on regarde, mais on ressent, on vibre,
et on revient riche d’incertitudes.
6/
Trait d’union : voilà ce mot qui, lu dans un texte, me saute
au visage et fait que je stoppe ma lecture du moment pour me pencher
sur lui. Non sur le signe typographique qui relie deux mots, mais sur
son sens figuré : ce qui relie. Tracer des traits d’union
entre des moments de sa vie, malgré la dissymétrie des situations
rapprochées, pour signifier des directions de son être.
7/ Ce
que j’espère de la lecture de quelques lignes piochées ici ou là
dans les livres qui meublent les étagères ou toute surface plane
autour de moi, serait de m’y sentir comme sur un chemin que
j’explorerais sans aucune logique, aucun savoir, et au fur et à
mesure de la progression parvenir à ressentir cette sorte d’ébriété
face à un paysage époustouflant comme peut l’être l’errance
sur le mont Lozère.