J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

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mercredi 24 février 2021

on écrit pour respirer mieux*

  

Écrire, ne pas écrire, faire trace, oublier, poser les mots d’un matin tout en n’étant pas dupe de leur insuffisance et de leur peu d’échos, mais n’avoir que cela à donner, à abandonner sur l’écran d’ordinateur, se sentir en quelque sorte un petit poucet aux poches percées par les cailloux.

Ce n’est que manière de farder la dépouille des jours, de faire tressaillir les blocs de silence parmi les ombres éparses, et de garder un peu les doigts au chaud.

Étoffe sans apprêt, rêche sur la peau, ou berceuse de douceur pour apaiser l’enfant qui palpite au fond de soi.

( *vers emprunté à Antoine Emaz)

vendredi 15 janvier 2021

dans le dédale de tête*


 

Dans l’enchevêtrement des lianes et des pensées qui poignent ou bouleversent, s’extirper de cette étoffe de frissons, de ces murmures qui s’infiltrent dans les veines, de cet emportement qui tire, à hue et à dia, par de multiples signes épars, jusqu’aux effluves fiévreuses d’un monde où le souffle s’est éteint.

De ce désenchantement s’extraire, comme d’une nappe de brume ou d’un faisceau de lumières vives, abandonner les lieux de l’envoûtement, afin de rassembler les lettres égarées de sa propre langue.

De ses lignes de vie retrouver les traces, reprendre le sillon, arpenter les rives de son chemin singulier, creuser .

 

* le titre est un vers d'Antoine Emaz

lundi 14 décembre 2020

ce qui ne se tait pas*

 


Et se pencher encore au-dessus de l’oubli, sur cette offrande d’enfance où se sculptent les songes, où s’invente ce qui n’est pas encore et qui ne fait qu’érafler la surface du jour, dans une gifle froide de mots nouveaux qui bouillonnent sous la glace, et espèrent la pierre qui délivre.

Dans les failles et les cassures errer avec sa lanterne d’ombres, faire rejaillir l’eau, dans une sorte de récit, puis refermer délicatement les ourlets sur les plis de la glace.

Une caresse de frissons se glisse entre les doigts, c’est l’enfance qui refait surface, et ce n’est pas un rêve.

 

( vers d'Antoine Emaz)

vendredi 27 novembre 2020

On laisse tout l’œil aller dehors*


 

Se fondre dans l’illisible, l’imprécis avec le désir de s’immerger dans un flou salvateur, celui qui, sous l’apparence d’un vide, permet de se tenir dans cet entre-deux d’un monde dont on sait si peu, dans cette zone incertaine où les feuilles mortes de saules se métamorphosent en un nuage envoûtant.

Un flou empli d’incertitudes mais sans inquiétude, déposant à la surface de l’eau cette évanescence de ce qui peut juste être ébauché, comme une pensée qui peine à se cristalliser.

Dans cet ondoiement qu’il suscite, cette lenteur qui prend place, consentir à se laisser embrasser puis immerger dans ce passage.

(*Antoine Emaz)

jeudi 5 novembre 2020

Rien à voir qu’un immense vide bleu*

 

Des lambeaux de ciels amples et pleins des songes déchirés séchant sous le regard de qui prend le temps de lever les yeux et rêver comme un enfant, prenant conscience du monde qui le porte, et des infinis où laisser l’esprit errer avec ou sans lumière, et puis se perdre.

Des ciels d’étincelles glissant vers un au-delà sans nom où la paume, tremblante, aimerait se brûler, se saisir de cette poésie à portée de main qui fait briller les yeux.

Du bleu à se damner pour traverser le noir des heures et oublier les ombres qui déambulent sous la peau.

*Antoine Emaz “Peau”

jeudi 1 octobre 2020

en mots comme on peut*


 

Entre nuit noire et velours d’aube, chercher encore, les pieds dans les marécages du chagrin, à démêler les voix brassées au bord du gouffre, à distinguer les souffles légers porteurs de vie des soupirs lourds comme les pierres dans les poches de Virginia, afin de sinuer encore un peu.

Tenter de se saisir d’une note claire, de l’élever pour la faire résonner, lui faire rejoindre d’autres notes au son cristallin et écrire une partition de ruisseau non encore jouée.

Espérer le ricochet des sons, le jaillissement d’ étincelles de mots, le bruissement d’un rien pour retrouver le perdu en soi.

 

*Le titre est emprunté à un vers d'Antoine Emaz

lundi 24 août 2020

lichen, lichen



C’est une symbiose d’algues et de champignons , se nourrissant et se protégeant l’un l’autre, croissant de quelques microns par an, parvenant à s’installer dans les endroits variés, rochers, troncs d’arbres, mousses, tuiles, tôles... pouvant être crustacé saxicole, foliacé, fruticuleux, squamuleux, gélatineux, résistant aux changements de températures, à la sécheresse...

Ainsi les traces des personnes que l’on a aimées et qui nous ont quittés, perdues dans le grand silence des voix d’ombre, à qui l’on a murmuré adieu en sanglotant.

De leurs doigts de lichen, à l’écart de la lumière vive, elles s’accrochent à nos tempes en des lambeaux sauvages.

mercredi 5 août 2020

les mots auraient besoin de temps*





Face à une secousse d’eau, dont on ne sait pas vraiment ce qui pourrait surgir, se laisser effleurer par un tremblement, un frisson de douceur qui anime la surface, des fils de sensation à tirer, dénouer, retisser jusqu’à argenter les vérités d’un monde impalpable, avec la voix du silence autour.

Le vent caresse la lumière et dilate les ombres, les pensées fuient de songe en songe, poussent les portes du vide et s’échouent sur la rive des jours sans nom.

Dans une courbe d’onde, les mots restent en suspens, cherchant la clarté d’une page blanche où aborder pour faire face.


*Le titre est emprunté à un vers d'un poème d'Antoine Emaz




jeudi 23 juillet 2020

un peu d’ombre écrite au bas des choses*


Laissés à nous-mêmes, nous nous efforçons à l’effacement, en quête de l’heure où l’ombre est la plus dense, où l’envoûtement se montre le plus profond, comme un lourd rideau rendant le monde infranchissable, dévoilant mais en la cachant une épaisseur onirique, ne laissant que des indices d’un monde indistinct.
Le timbre de la voix s’assombrit, celui qui cherche à interpeller en soi cette part d’inconnu qui nous constitue, et qui fait parfois irruption, en une collision, sans avoir été convoqué.
S’imaginer être à la recherche d’un monde premier, un en-dehors, un jaillissement , se sentir proche d’une étreinte sans lumière. 

(* le titre est emprunté à un poème d'Antoine Emaz)

vendredi 3 juillet 2020

stèles bornes balises traces restes d'une vie plus ou moins vide*



En chacun de nous stagnent ces résidus de pensées, d’idées envies, baignés de lumière ordinaire ou extraordinaire, d’opacité ou de transparence, octroyée à certains moments de nos vies, et qui font que nous sommes si intimement nous-mêmes, si singulièrement vivant: sanctuaire de notre vie secrète, sur le bord d’un précipice.
Une étoile intérieure, une constellation de poussières , un espace éperdu, une terre d’asile à défricher à mains nues où l’enfant qu’on héberge encore a sans doute caché ses rêves.
De ces recoins oubliés, de cette profondeur laisser remonter ce qui doit, l’arrière pays où s’ouvrent les portes des mots.

* le titre est emprunté à un début de poème d'Antoine Emaz

vendredi 26 juin 2020

Le poème alors c’est tenter de voir*


Des rideaux d’écorces, entre clignements de paupières, jouent de leurs ailes singulières: des traces s’impriment, des lignes se dessinent, des empreintes s’entrecroisent, comme des marques sur une peau fragile, la transfiguration d’une matière brute avec du miroitement et de l’abandon, quelque chose qui interpelle et qui semble impalpable et infranchissable.
Des yeux de fatigue devant tant d’impuissance à voir au travers des crépuscules qui battent aux tempes désormais, jusqu’à tapisser les marges de nos cahiers de petits nuages rosis d’aube.
Refermer le rideau de conscience sur ces phrases pourpres et troubles aux alvéoles sang , rien d’autre que des écorchures. 
*Antoine Emaz 

lundi 15 juin 2020

entre la lumière qui tombe et la peur qui vient*

Moisson obscure ou finement dentelée d’une pléiade de feuilles, d’un chœur de murmures pudiques, d’un haut talus de ramées cherchant de son encre noire à dialoguer avec un ciel buvardé de pensées épaisses ou futiles selon les jours, bavardes ou résolument muettes, se repaissant du vertige offert, semeur de troubles.
Du dessous de cette subtile frondaison, le bruissement continu des présages, la déclinaison lascive d’onces de vies sous une lumière mouvante, la cartographie d’un monde aux infimes battements de paupières.
De ces auréoles informes, le regard s’obstine à ausculter jusqu’aux détails les plus dérisoires, mais imprégnés de magnétisme vers l’invisible.

*Antoine Emaz

vendredi 5 juin 2020

tout se tient et tremble*

Entre clins d’écorces, silhouettes penchées, vrillées, torturées, amassées, esseulées, une levée d’azur dévoile une infinité de signes, entretissés d’étincelles et de clair-obscur, charbonnant la vision, parfois proche de l’hallucination, de ce qui est ou de ce que l’on croit être, ouvrant les seuils d’un monde que l’obstination d’un regard ressuscite.
Désorientée, prêter l’oreille à ces pudeurs d’arbres, aux lacis d’émotions que les silhouettes suscitent, diffusent avec beaucoup de délicatesse jusqu’à l’étreinte des effluves d’ombres en un affleurement, comme des mots.
Dans l’éblouissement de cette sorte de blessure, sentir les pulsations insolites qui naissent jusqu’aux bout des doigts emplis de complicité. 

*Antoine Emaz 

lundi 25 mai 2020

on peut rêver plus large*

 
Les lignes, à la dérive, qui ne sont que fuite désespérée, délimitant des espaces, des vides, des vertiges où un passé est ancré, l’éclipse d’un temps aveugle, vibrato éteint, brisé immobilisé, dilaté, offert à l’imaginaire du jour quand la lumière prend ses aises enfin, donne chair et articule une langue.
Entre ordre et chaos une cartographie se crée jusqu’au débord où l’écorce se gorge des chutes , se fait cadre et tente de contenir ce qui veut fuir vers l’ailleurs.
Au bord du vide, sous une peau d’arbre dénudée, des lignes de faille, une langue d’infini, aux nervures intuitives d’incarnation. 

*Antoine Emaz (Peau)

vendredi 15 mai 2020

cette terre dedans qui bouge*

 
Entre les nuages qui passent, sans se soucier de nos songes, et les herbes folles le long des chemins que l’on arpente, les racines sinuent, écartelant les ombres et laissant affleurer quelque pensée nouée, quelque écriture obscure qui émergent des entrailles d’un sol dont on ne ressent qu’un infini silence.
Et penser, sans savoir pourquoi ni comment, à la gravité des racines, à une forme de majesté qui les recouvre, à une force qui irradie mais aussi à une blessure.
Tout comme la phrase qui finit par émerger, levée d’alluvions obscure et inattendue, et échoue sur l’espace de la feuille. 

*
temps de toussaint

chacun ses morts
aimés ou pas

cette terre dedans
qui bouge

Antoine Emaz ( Peau)

jeudi 7 mai 2020

comme le bord d'une blessure

Inlassablement, et quel qu’il soit, dès qu’il entre dans le champ de vision, l’arbre offre au regard qui le dévisage une rêverie obscure et tendre, où le grain de sa peau trame et tisse l’entrelacs d’étincelles nécessaires qui nous force à voir une présence singulière dans ce clair-obscur de l’intime.

L’écorce, son travail de lumière, sa force et sa tendresse, ce ruisseau de conscience qui bruit ou qui se tait: l’effleurer d’une main malhabile comme on boit à une source.

Sous l’écorce la langue, que l’on nomme liber, là où se tracent en creux les flammes humides de nos voix.

Le titre est emprunté à un vers d'Antoine Emaz extrait de "Peau"
on vient buter sur quoi
dedans
comme le bord d'une blessure
une croûte une lèvre 

dimanche 26 avril 2020

Il faut regarder longtemps une branche qui bouge


Une forte odeur d'humus se dégagea de la terre, quelque chose bougea dans le clair-obscur des branches, suivi d'un silence de songe, un choc de regards à faire craquer le vernis du soleil creusa une présence, écarta l’importun, et l’ange de l’invisible se laissa approcher déroulant une liturgie silencieuse d’images.

De cette matrice, de ces failles, à l’aune du désir, tremblent quelques visions où le regard s’attarde se demandant ce qu’il peut bien savoir de la matière qu’il écorche là. 

Il y a la texture du plein et du vide et tous ces doux visages aux rides impassibles et rassasiées.
Le titre est emprunté à Antoine Emaz ( Poème au calme): 
Il faut regarder longtemps une branche qui bouge
un peu pour pouvoir écrire: la branche bouge
un peu. Et que cela suffise.