J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

lundi 12 janvier 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 2

 


1/ À tâtons, entre les mots qui passent, s’incrustent et s’amalgament dans une texture verbale où l’on patauge, car que faire d’autre...Et l’on troue de blancs, pas toujours de même nature. Certains convoquent le vide, d’autres la pensée, d’autres ce silence si nécessaire à la suite d’autres mots. Il faut prévoir de la place pour que les racines de notre pensée puissent se planter et faire vivre l’écho de l’écho .

2/ C’est comme se retrouver au milieu de rien. Cela ne signifie rien d’autre que de vouloir avancer dans ce rien qui prend toute la place. Aucune lumière ne scintille. Aucun frémissement ou quelconque mouvement de qui que ce soit, de quoi que ce soit. Le rien le plus profond, celui devant lequel on se tient, parce qu’on ne peut pas faire autrement. Et on se tient ferme dans cette résistance.

3/ Les fils de la toile d’araignée accrochés entre le toit et un pilier qui soutient l’auvent ne se donnent à voir que selon le bon vouloir du soleil. Les fils gardent leur invisibilité sur presque la totalité du jour. On est pris dans leur lumière par un regard qui nous raccroche à eux sans que l’on sache que penser de cette vision. Cela se fait ou pas. Sans notre volonté.

4/ Dans le temps retrouvé de petites fiches où se calfeutraient des notes de lecture prises ici ou là en écho à Georges Didi-Huberman. Je les lis et les classe selon leur texture et le champ lexical qui pourraient m’être utile dans un travail qui se balbutie. Colliger ces citations n’a pas été vain, elles peuvent servir de flèches où laisser se diriger l’écriture en mouvement : le ruisseau des mots.

5/ Des langues d’un outre monde s’infiltrent sous ma peau.Je me complais dans leurs marges, à tenter des approches par petites percées. Il faut parfois se mettre à désapprendre pour trouver d’autres voies. Laisser les brumes s’élever de la terre, se tenir en suspension puis se rouler en un tourbillon de gouttelettes et flotter dans une dérive où se perdre avec elles. Planter des racines de mots pour retenir leur souffle.

6/ Vaste et sans frontière, tel est mon esprit ce matin, semblable à ces paysages d’Aubrac ou ceux du causse Méjean que j’affectionne, où tout est offert au regard pour qui prend le temps de sillonner à petits pas. Et point de hordes sauvages, de guerriers armés de sagaies, point de drones meurtriers pour piétiner et détruire. Se poster sur la pointe des pieds, se grandir, et voir encore plus loin.

7/ Les lisières qui nous constituent ont une fragilité à vif. Un rien les effleure et nous voilà troublés, ébranlés de l’intérieur sans pouvoir penser avec sérénité. Un voile de lassitude et de tristesse tapisse l’épiderme et il faut laisser passer le temps nécessaire pour laisser revenir en soi les griffes pour se raccrocher à la terre et la retenir. On recherche un peu de ciel bleu dans une flaque d’eau.

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