J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mardi 20 janvier 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 3

 


1/ Dans l’avent des métamorphoses des corps, ressentir les prémisses de ce qui est en train d’advenir n’est pas chose aisée. On voudrait être averti des mutations qui sont en jeu mais on ne sait pas toujours en lire les traces annonciatrices. Pas d’ange aux grandes ailes pour nous tenir au courant de ce qui s’amorce entre les os et la chair, entre le corps et l’esprit, entre soi et soi.

2/ En l’espace d’un instant. Dans l’immobilité de l’instant. Dans ce monde brumeux qui surgit de nulle part. Se sentir perdue, smarrita. Entre deux réalités, désorientée. Emprise dans les fils d’une araignée. Est-ce cela qui pourrait faire émerger les mots de l’écriture...Ce sentiment de n’être ni là, ni ailleurs, mais smarrita. À chercher sans doute un passage dans la toile, un chemin d’entre les chemins, un avant où aller sans repères.

3/ Je ne sais pas à l’avance ce que je vais écrire, ce qui va s’écrire, les lettres du clavier d’ordinateur qui vont danser sous la pression des doigts, les mots et les phrases qui vont se former et prendre une forme de vie et d’envol. Écrire est un des rares moments où l’instant m’enveloppe, où je ressens la temporalité de l’instant, sa chair, avec une sensation erronée de sa durée.

4/ Des photos aléatoires se déroulent sur l’écran d’ordinateur. Ce sont toutes des photos que j’ai réalisées mais parfois dans un temps si lointain, et toutes emmêlées, que ces visions sont déroutantes, presque déstabilisantes. Elles défilent et je ne sais plus qui je suis ni où je suis. Je me ressens dans un temps indéfini, dans des fragments de ma vie qui n’ont plus d’existence, dont je ne sais plus rien.

5/ Intermittences de soi. Et donc aussi celles de l’écriture. Tout est relié. Les mots, les phrases s’adjoignent par des chemins autres, prennent des voies de traverse, se perdent dans des impasses où l’on peut rester immobile un certain temps, comme hors de ce monde et dont il est difficile de revenir, de se confronter à nouveau avec un réel où des béances se sont formées et reprendre alors un visage.

6/ La nécessité d’aller acheter des fleurs, un bouquet de petits œillets rouges et blancs serait indispensable là dans l’instant, pour apaiser les yeux et porter plus loin le regard, pour continuer à avancer dans le jour. Andrea Bocelli accompagne depuis dix-huit ans et on l’écoute toujours avec l’émotion intacte. Le temps d’absence n’a pas érodé les pensées de gratitude que je tourne vers celle qui me manquera encore et encore.

7/ Lorsque j’étais plus jeune, disons adolescente, j’avais la ferme conviction que tous les nœuds du monde allaient se défaire, qu’il n’était plus possible que des guerres et des massacres pourraient encore se produire, puisque, après la fin de la deuxième guerre mondiale et l’horreur qui avait été à son comble, tout serait autre. De tels mondes se perpétuent et je me demande ce que peuvent des pensées telles que celles-ci ...

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