J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

lundi 2 février 2026

Ricochets/ année 3/ Semaine 5

 


1/ Entre vigilance et patience peuvent s’infiltrer les lames du silence. Étoffe sauvage tapissée de soi. En une polychromie revendiquée, et le mordant et croquant de soi. Vaste et calme espace à cultiver comme un jardin de non savoir, un jardin de pauvre. Dans la solitude on se trouve confronté à une autre échelle du temps et de l’espace. L’œil se retrouve face aux détails de la cartographie d’un paysage intérieur.

2/ Voir et entendre ce qui s’écrit tout autour de soi : un paysage, une rencontre, un geste, une lumière, l’éphémère des jours. Invisible ou indicible, mais présent. Chaque matin, se sentir ignorant devant ce qui va advenir, nous tenant aux aguets des interstices du jour, ainsi peut-être verrons-nous ce qui n’est que ce rien, que personne ne voit, mais qui va donner la couleur de la journée, une présence aiguë.

3/ La lecture est une manière de traverser la journée ou la nuit, enfin d’arpenter, à pages tournées, les avenues de la vie. Une avancée masquée entre les choses qui se présentent à nous et que l’on n ’a pas toujours la faculté d’analyser. On n’est plus seul, et le regard porté sur le quotidien se colore d’une perception différente, et sans doute une certaine confiance peut renaître face à soi.

4/ On la voit. On la regarde avec attention pendant plusieurs secondes. Elle attire le regard de par sa légèreté, sa transparence, sa fragilité, le songe où elle permet de nous égarer. Elle nous fait nous tenir à l’écoute de sa vie, si éphémère soit-elle, à cette douceur ou tendresse, on ne saurait vraiment dire. Les paupières se ferment un quart de seconde et la voilà disparue. C’était une goutte d’eau.

5/ Ce qui est nécessaire filtre entre les branches des arbres touffus ou des buissons enracinés dans un jardin rendu à sa nature sauvage. La vie pour ce qu’elle est. Avec l’invisible comme miroir. Et le bruissement de l’air qui circule sans se cogner. Les oiseaux le savent bien. C’est leur lieu de passage. C’est mon lieu de regard, de pensée, d’apaisement, d’avancée , où se tissent les liens de vie.

6/ Comme une annonciation, on ressent qu’il y a en soi quelque chose de plus grand que soi dont on n’est pas le maître. Cela est et l’on n’y peut rien. Il est nécessaire de cohabiter. De temps à autre cette présence se fait sentir, mais la plupart du temps elle nous laisse totalement libre et dans une sensation de grande solitude.On ne sait pas ce qu’il faut vraiment en faire.

7/ Chercher à sauver des photos ratées. Trafiquer les ombres et les lumières.En faire une fantaisie romantique. Y retrouver un monde perdu, celui de l’enfance. Un paysage d’irréel où pouvoir rêver encore. Comme sur une carte de géographie. Comme entre les bras d’un lichen. Méditation devant un invisible dont on cherche à forcer les secrets, à entrer entre ses lignes, à revivifier une intensité qui tend à se perdre, à disparaître.

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