J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

jeudi 22 juin 2017

Hodie, désir


il y a quelque chose en nous qui s'insinue dans les chemins intérieurs, déniche l'indicible, soulève les semences de questions soustraites aux battements d’un monde qui va bien trop vite, enlace les aubes tapies sous les vies ordinaires, sauve les mots pâlis au gouffre des lèvres, redresse les fronts blessés du côté visible des choses, déplisse les paupières où s’est écrasé la douleur des jours - la beauté émouvante se roule dans l’herbe en secret du vent et d’ingénus désirs issus des songes s’envolutent peuplant de mots perdus l’obscur de l’à venir - l’escalade des citadelles d’azur est enfin possible

jeudi 15 juin 2017

Hodie, fier


emprisonner une forme de réalité qui explose en un matin et saisit le regard, tenter de retenir les ombres qui avancent dans une lenteur sublime, accepter le silence du temps qui ne semble plus très sûr, écouter les voix de ses envies qui tremblent un peu avant de s'éteindre, cueillir les clapotis d’un rire qui traverse les mondes indifférents, respirer le moment simple celui où la lune est prête à se lever, être dans cette attente juste avant que les mains étonnées serrent en soi la déchirure, puis se tenir  droit, se sentir fier et beau comme un matin d’été

mardi 13 juin 2017

Hodie, crayons


il faut bien trois crayons pour échancrer le cours du jour, trois crayons allant chercher les couleurs à donner aux heures qui nous recouvrent: il faut le rouge trempé de sang pour faire battre les mots au rythme des souvenirs, quand s’éveille l’oiseau à tache rouge chantant sur le muret, il faut le bleu des bouffées d’air frais qui sillonnent la peau quand, au lever du jour, les possibles le sont, et puis le noir de ces ombres dont on ne revient pas, celles qui frémissent et portent un prénom que l’on n’oubliera pas, trois couleurs au creux des doigts

dimanche 11 juin 2017

L'hirondelle rouge

Sur la terre comme au ciel, j'ai suivi quantité de routes. J'ai vécu par ciel bleu, par temps gris. Dans la tristesse et l'insouciance, j'ai porté mon poids de chagrin. Je me suis approché d'autres vies. mais en dépit de mains prises et d'habits froissés, elles sont restées fermées sur leur secret. Quelqu'un se cache dans le corps nu, quelqu'un qui se relève la nuit pour battre la campagne. Quelqu'un qui a soif, ne dort pas, ne s'habitue pas, et que nul ne rejoint jamais.

Il ne fut pas simple d'aimer. Pas simple de faire taire en nous le bavardage des ombres. Toutes nos paroles n'y pouvaient rien. Chacun veut des mots qui délivrent. Chacun attend qu'on lui pardonne. Chacun porte sa nuit dans les poumons et dans la gorge. Chacun guette la fin du voyage en trainant sa valise vers des chambres d'hôtel. Et quand à bout de force il s'endort seul au milieu des rires et des rêves des autres, il entend battre son cœur noir. 

Jean-Michel Maulpoix " L'hirondelle rouge" ( Mercure de France 2017)

jeudi 8 juin 2017

Hodie, rouge coquelicot




























le jour entre ses pétales et l’esprit aussi, sans rien dire, sans froisser l'air, être juste là dans ce matin qui naît d’une lumière sans fard au cœur d’un petit carré de fleurs où l'on se replie jusqu'au rien, où l'on dérive comme éloigné du monde quand se déploient les pieuvres, personne pour juger ou dire ce qu’il faut faire, alors laisser la langue aller dans les mots, croire encore à un horizon de vita nuova au sfumato doré, à des bleus d’air dans les regards, au souffle de sang pulsant entre les tempes, parler dans la langue du coquelicot

mardi 6 juin 2017

Hodie, couleur Venise 2



je pourrais poursuivre les mots, passer de pont en pont et tenter de saisir dans les spirales de l'eau quelque coupon de vie, égriser de ma pupille le marbre et la pierre, gratter de la pointe du crayon les petites peurs cachées dans les profondeurs, soulever le voile du passé par mon seul regard envouté, mais c’est un instant que je saisis dans mon filet, un instant qui avant de s’évanouir caresse mon regard, colore d’une ombre bleuie la pulpe de mes doigts, murmure , gémit un peu et comme une lame de lune brûle en moi jusqu’à la cendre
 

lundi 5 juin 2017

Hodie, couleur venise



 ici, on ne peut que laisser ses pas errer, oublier ce qui d’ordinaire nous guide, laisser les ruelles nous emporter ou nous rejeter, croiser les regards lointains des vénitiens, se laisser prendre dans le filet de l’ombre puis recracher aussi vite dans la nasse de lumière, croire aux mensonges de l'eau quand s'émaille le miroir, imaginer les vies cachées derrière les portes et fenêtres closes, caresser d’une main lascive la margelle d’un puits pour toucher un peu du passé, s’abreuver à ce petit vent frais au coin d’une calle, et rester devant les écaillures d'un mur comme devant un tableau

jeudi 18 mai 2017

Visa pour Venise



Par 45° 14' nord et 12° 18' est, le navigateur qui remonte la côte adriatique de l'Italie découvre une faille dans la longue ligne basse du rivage. Et, s'il de dirige vers l'ouest, en suivant le mouvement de la marée, il entre dans une lagune. Aussitôt l'âpre tumulte de la mer se calme. L'eau d'alentour est peu profonde mais opaque, l'atmosphère étrangement translucide; les couleurs pâlissent et au-dessus de la vaste cuvette aux berges boueuses plane une vague mélancolie. On dirait une lagune albinos......

James Morris "Visa pour Venise" ( Gallimard)

mardi 16 mai 2017

Hodie, bord


on est devant mais on ne voit pas, on est devant un horizon endormi, déchiqueté par le souffle de qui ne sait pas où il met les yeux, on est devant la cicatrice qui laisse encore un peu d'espace à la blessure ne souhaitant pas qu'elle se referme trop vite afin de ne pas oublier, on suit du regard les doutes qui s’insinuent sur la bordure du jour, un oiseau pourrait se poser là et emplir de son chant la vision intérieure, inventer des secrets juste de quoi se faire un nid entre les morceaux de riens de nos vies


dimanche 14 mai 2017

Hodie, flou


de fragments en contours vagues cela dérive, prend un corps inattendu , se précipite dans une forme de fuite où des échos s'interpellent, se fusionnent, se déchirent entre les ombres, l'image se fait autre mais avec des paillettes dans les yeux toujours, les pépites s'embrasent quelque part dans le flou, les étoiles se multiplient, l’œil n’en finit pas de s’épouser, s’épuiser, il effleure le minuscule, entre dans l’ombre de l’ombre jusqu’à plonger dans le rien, se suspend à ce rien , creuse son chemin, retourne les mottes de l’être qui dort encore et remonte des éclats au bord du jour

vendredi 12 mai 2017

Hodie, ombre


instants du temps accostés, lianes entrelacées de souvenirs, souffle aveugle entre méandres des murmures et fumées de pensées sauvages, dense mémoire en remous avec des images délivrant des lambeaux de vie aux limites floues, archives incertaines sans début ni fin, tiroirs de nuit ouverts, paroles qui vacillent entre source de lumière et poussière d’ombre, désordre de trop de pailles au travers de l’œil, peur d’oublier tout un jour, ce qui se consume et ce qui fait socle, ce qui n’est rien et ce qui est tout, alors forcer le regard le couper le blesser l’inciser au rouge s’il le faut

mercredi 10 mai 2017

le dénouement




Comparée à la lenteur du départ, la fin de l'ascension me paraît brève. Dans l'étincellement des plaques de neige et le bleu coupant du ciel, j'émerge sur un plateau. Comment dire ce qui n'a pas de mots et pourtant les appelle? La beauté sauvage de cet autre côté. La présence fulgurante de l'inattendu. Territoire de lumière. Ouvert soudain sur un parfait désordre de neige, de terre, de feuillages et de roche. Avec le vent. Brutal et froid sur le visage. Contre le corps. L'espace en mouvement. Transparent. Cristal à perte de vue. Paume. Où je m'avance . Perdu.


Jacques Ancet " le dénouement" ( Editions publie.net 2017)

mardi 9 mai 2017

Hodie, bois




les yeux creusent l'écran plat du quotidien, glanent ce qui se perd dans les méandres d'un trop plein, cherchent dans l'ascèse du bois des images fugitives: les traces flottantes de la nuit, les lambeaux d'ailes d'aube qui cèdent au bleu du noir, les longues robes d’arbres au liseré d’usure, les caresses muettes perdues sous les écorces, et le violet des ombres se glissant à grands jets entre les branches basses couvrant d’un voile un peu désuet ce presque jardin, où il n’y a personne, puis se fixe flou à la pupille s’emmêlant à la chevelure des bouleaux au bleu matin

samedi 6 mai 2017

Hodie,noir et blanc


cadrer ce qui est dans son ciel avec l'usure des heures, les visages d'un soir, le gris de qui s'efface dans l'élégance d'un pas, les paroles perdues aux portes de l'oubli, les questions qu'on ne posera plus, les réponses à jamais enfouies dans la noirceur du temps, le corps qui semble un peu plus lourd chaque soir, et l'échappée floue de ces halos blancs, un élan, un frisson, un sfumato d'innocence vers qui nos yeux se tournent recherchant un viatique, une direction pour poursuivre la route, une aube un arbre à étreindre et quelques pelletées de mots à jeter

 

jeudi 4 mai 2017

dans le silence qui suit

des éclipses aux bout de la langue 
 
chercher en vain 
 
le soleil des mots

languir un reflet d'aube


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