J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mercredi 15 novembre 2017

Hodie , lumière


la lumière s'arrondit, s'accroche à la rivière, articule une vision dont l'œil n'est pas maître, et semble montrer du doigt l’épaisseur de l’eau : le jour s'allège aux marges de l'étrange.  effleurer l'imaginaire est une manière d'être au monde, de faire mouvoir les ombres, de révéler un univers qui te traverse en un instant suspendu, de sentir le sang bruisser dans ta nuque et l’air trembler entre tes doigts. les mots se cherchent, s’approchent de quelque chose qu’ils ne connaissent pas, hésitent encore à nommer, mais te laissent une odeur d’encre irisant lentement tes songes, à ne pas oublier .

lundi 6 novembre 2017

ce qui naît

fermer les yeux 
 
laisser le monde faire 
 
la rivière s’éloigne
 
le mistral parle d’un chant perdu 
 
celui de l'horizon là-bas 
 
large voile offerte

le poème jaillit 

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mercredi 1 novembre 2017

Eglogues


p 26:
Ce que je cherche n'est pas un lieu
mais un point de départ.
De la maturité du nuage
j'espère l'éclair,
de la pauvreté d'un mot
le surcroît.
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p:42
En sens inverse, dans ces chemins, je me suis croisé.
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p:47
Le vent souffle jusqu'à ce qu'il ne soit plus que ce mot que mes mains tordent afin d'en saisir la fraîcheur inespérée.
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p:50
Du puits le plus profond, le peu que je remonte a d'ores et déjà étanché la corde.
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p: 56
Le surcroît: ce rien à ce rien contigu — un nid vide sous les combles. 
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p 57:
Ici et là       à tenir registre de ce qui poigne  — rompu...
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p: 67
Je ne suis pas venu pour revenir, ce qui est perdu dans la perte je le retrouve.
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p 75
Ciel qui m'arrête, ce soir, au bord d'une phrase qui s'allonge comme s'allongent les ombres d'une lessive de vêtements inhumains.
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p 78
Ce centimètre carré de page — labouré ... c'est à la mesure de mes forces la révélation d'une imposture. 
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p 138
Ta résolution, ton énigmatique résolution... ne pas sortir, ne pas entrer, reprendre jour après jour ta place sur cette ligne d'horizon sans remettre en cause la banalité de la porte ouverte ou fermée. 

Philippe Denis "Eglogues" ( Mercure de France 1988)

dimanche 29 octobre 2017

10 ans

 Le 29 octobre 2007 , j'ai posé mon premier texte sur ce blog ( ci-dessous). 10 ans plus tard , je constate que 1526 textes ont été publiés et que j'ai toujours autant de plaisir à partager ce que j'écris, mes photos, ainsi que mes coups de cœur de lectrice. N'aimant pas les chiffres, je n'en donnerai pas davantage! J'ai quelques lecteurs fidèles ou occasionnels et je les remercie avec effusion de prendre le temps de lire et de déposer parfois un commentaire ou leur propres mots en écho: l'élan pour poursuivre se tient aussi dans cet échange.
Quelques mots de Pierre Cendors issus de " L'invisible dehors" disent aussi un peu de ce qui irrigue mes mots:
J'aime marcher avant d'écrire.
Le silence d'un paysage secrète une parole propice à la respiration de l'être.
Les fragments qui composent ce livre sont nés ainsi: dans le double mouvement divaguant d'un voyage et d'une quête concrète de vision poétique. De même que l'absence est prégnance, les blancs liants entre eux chaque paragraphe, signifient autant que l'encre imprimée.
Et juste avant dans ce même livre: Dans tout voyage, il importe, au passage, de saluer les ombres. Cela relie à l'exergue de ce blog Jardin d'ombres , d'André du Bouchet:  
J'avance, avec de l'ombre sur les épaules .


lumineuse obscurité
où sont enracinés les mots
ce dedans
d'où surgit une parole
de ténèbre

en suspens
sur la page
l'ombre
bienveillante inépuisable
qui précède
et délivre les mots
du silence

aux aguets
ils franchissent le seuil
et l'horizon
s'échappe


(La photo est celle d'un fragment de tableau de Héri. )

mercredi 25 octobre 2017

Sauf riverains

Les petis causses viennent de se répandre au fond des vallées de la ruffe. Une fois le relief inversé, ils se présenteront comme des paliers, des marches de basalte entre la future vallée, bientôt creusée, et les vastes plateaux, les grands causses. Nommés Toucou, Auverne, ils se dresseront au premier plan de ma carte personnelle, sans cesse pliée et dépliée, formant une étape géologique entre ma famille paternelle, celle du bas, et ma famille maternelle, celle du haut. Depuis mon point de vue étriqué et romanesque, ma courte généalogie, ils fossiliseront des aires de jeux et de rêveries à ciel ouvert et immense sur mon enfance. Ces hauteurs intermédiaires, par ce livre renversées comme boules de neige artificielle sur ma mémoire, des boules de souvenirs engourdis, sans cesse secouées pour l'écrire, dépasseront néanmoins de loin, et depuis longtemps, ce roman et ma petite vie.

Emmanuelle Pagano "Sauf riverains Trilogie des rives II" ( POL 2017)

voir aussi le blog de l'atelier d'écriture" à la brise de" où se trouve un autre extrait.

lundi 23 octobre 2017

dans le vide d'un regard

lèvres de café 
 
lèvres humides et chaudes

                         en même temps le soleil passe

                         au nœud coulant de l’au-delà 
 
un air de tristesse

tremble encore en moi 

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jeudi 19 octobre 2017

Hodie, géographie


dans la rivière une géographie du poème avec des horizontales pour apaiser, des verticales pour l'équilibre, un cran de bleu des taches de rouge abreuvant le vert de l'infini: le canevas d'un simple jour d'automne où tout semble sourire. on se cache mutin derrière le paravent de feuilles pour guetter le héron blanc qui, royal, s'envole au travers de cette lumière rousse, et s’éloigne serein . les yeux lestés d'amples ailes, aller libre au gré du pas sans crainte et sans hâte, avec le souffle profond qui irradie tout le corps, on pourrait marcher sans fin et encore plus loin.

mardi 17 octobre 2017

Hodie, ce qui n'est pas visible



secourir ce qui n'est pas visible , ce qui se garde à l'abri, ce qui échappe ou se retire dans l'obscur, ce qui se tapit dans le silence, ce qui frissonne dans une goutte d'eau, ce qui usé dans la mémoire frémit, ce qui entre les doigts s’est effiloché, ce qui du flou s’arabesque, ce qui a fait chanter le monde avec Orphée. et même si tout ange est terrifiant, comme il est salutaire de percevoir un brin d’éternité à l’aplomb d’un trois fois rien, et d’entendre dans l’au-delà des mots ce qui brille comme en un rai de lumière. 

Pascal Quignard
Rainer Maria Rilke 
(texte écrit après avoir lu un article sur le blog de Nema Revi Sentiers de neige)

vendredi 13 octobre 2017

Hodie, écorce



écorce palimpseste où se lisent les fragments tissés de la mémoire, les bégaiements des jours enfuis ou jetés avec les morceaux d’ardoise brisée . déchiffrer l'arc-en-ciel des connivences, lire dans l'aura de l'écorce, suivre le fil retors de la phrase qui n'en finit pas de s'enrouler sur elle-même, cerner le motif et laisser libre cours au courant d'air, s'accorder au tempo de la voix qui murmure. il reste à décoder les présages inscrits, caresser le relief des caractères de cette langue qui hausse l’esprit vers l’étonnement, mots cailloux que l’on serre entre ses doigts lorsque la faim du monde tenaille.

mercredi 11 octobre 2017

les mots au simple

un pan de bleu

un peu de vent 
 
                                           trembler et 

                                           ne pas oublier 

 
chemins derrière le bleu

vers la blessure étonnée


je est rhizome 
 
au milieu des ruines 

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lundi 9 octobre 2017

Hodie, halte


ils avaient l'air de sentinelles usées par les ans invitant à une halte ou une prière, ou, au moins, à un de ces longs regards qui brisent le pas sur des chemins de poussière. le temple ainsi dessiné inciterait à imaginer Jacob, la tête posée sur une pierre emplie de sa vision d'anges sur l'échelle du ciel, avec les mots de peu qui s’écrivent ensuite: la porte du ciel . alors, on reste sur ce seuil en laissant des brassées d’air passer entre les yeux et la lumière résonner dans une épaisseur de sang offrant au jour une langue inédite.

mercredi 4 octobre 2017

Hodie, source




où poursuivre les lueurs d'un matin, à la recherche d'une source, où découper un espace pour se perdre et se retrouver au travers d'un temps qui a passé, où écouter la puissance du silence des bruyères happé par l'immensité, où se désencombrer de son ombre dans cette lumière venue d’un dehors que l’on n’espérait plus, où au bout du compte  la vie en soi palpite et le cœur  bat plus vite, où le monde, l’autre, celui de la haine n’a plus place, où le jour ne pèse plus de sa douleur, où on ne sait pas vraiment quoi se diffuse

samedi 30 septembre 2017

Hodie, traces



Seules les traces font rêver*: c'est par ces craquelures que l'œil est aimanté et oublie les entours. les blanches blessures au liseré bleu grattées comme les écorces de platanes quand des cartes imaginaires faisaient leur apparition, des écorchures d’un temps qui n’a plus court, des sédiments d’une époque disparue, les écailles d’une enfance en sourdine mais qui n’en finit pas de surgir des décombres par surprise et de tarauder nos jours. murmure d’un mur sous la chimie de la décomposition, méli-mélo d’images noyées en un tas de gravats, souvenirs reconstruits, légendes de l’enfance.  repartir avec la trace d'un sourire.

*René Char

jeudi 28 septembre 2017

comme si les mots hors du vide

dans l'empan d'une main 
 
le ciel offre une dernière chance 
 
vingt lignes de bleu


une voix délicate

le souffle du vent 
 
comme une phrase qui passe 

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lundi 25 septembre 2017

Cabane d'hiver

 

21.01.13


Paris.
départ.
la neige a légèrement fondu.

arrivé sur le Causse.
en l’espace de 8 à 9 h : neige relativement abondante dans Paris, les rues restant blanches – chaleur, tee-shirt à Montpellier – pluie-neige au moment d’émerger sur le plateau, au Caylar – courses – arrivée dans la yourte un peu avant 16 h, et là soudain tempête de neige qui a tout blanchi en l’intervalle de 4 à 5 minutes… – suivie, une demi-heure après, d’un grand coup de pinceau de soleil jaune sur la neige fraîche tombée.
vent d’ouest.
et puis aussi, 3 arcs-en-ciel dans la même journée. ça ferait presque la dose pour un an…
aménager la yourte, lancer le poêle tout d’abord, étanchéifier au maximum contre les courants d’air et quelques légères fuites d’eau, puis installer le coin bureau, en premier toujours, enfin le coin lit, sortir mes petites affaires, sortir les livres, ranger la bouffe.
gérer le très peu d’électricité solaire, à garder au moins pour faire tourner l’ordi. le reste ce sera à la bougie et ça suffira.
se faire un café et un whisky pour fêter ça.
écrire…
déjà, écouter le vent.

quasi euphorique.

l’excitation redescend peu à peu. se rendre compte très vite que le bureau est un peu loin du poêle… mais je sais d’expérience comme l’on s’accoutume au froid.
entendre le vent.

dans mon dos, derrière la cloison de feutre et de toile, l’immense espace.
lancer les Suites pour violoncelle de Bach, à tout petit volume.
écouter le vent, qui a eu une absence de quelques secondes.
entendre.

tout ça exactement ce que je voulais.
déjà quelque chose se pose.

vivre un mois là.

se concentrer sur écrire. méditer, marcher.
sur vivre.

sortir les manuscrits que j’ai imprimés avant mon départ.

quasi pas de connexion. une barrette par satellite. et c’est tant mieux que ce tuyau-là soit tout petit.
juste réussi communiquer aux plus proches que bien arrivé, heureux.

écrire ce qui se passe.
écouter.

devenir muet. peut-être.

fonctionner dans une économie du peu.

dire ce qui se passe. dire clair.
écrire.
respirer.

Fred Griot " Cabane d'hiver" ( Editions Publie.net)