J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mercredi 25 novembre 2020

Thésée, sa vie nouvelle

 


nous ne sommes pas des corps isolés 

ni des consciences séparées 

la matière porte une mémoire, une intelligence plus vastes qui nous relient 

 nous sommes un flux continu d'apparitions et de disparitions traversé de mille désastres  

 

Camille de Toledo "Thésée, sa vie nouvelle" ( Editions Verdier 2020)

lundi 23 novembre 2020

Sésame

 


 Elle, dans ce qui ne cesse ou tremble.

D’où ressurgissent le rêve , le retour à l’enfance. Les premières essences. Le parfum de la terre et les mots de piment. Sésame d’un jour nouveau entre les doigts, elle se laisse emporter par le tourbillon des pensées, leur mouvement infini.

Tout cet espace flou de fécondités intérieures où l’on dirait un rêve, au décor et aux mots qui drapent les pensées.

Dans ce grésillement, elle distingue comme un hublot, un oeil d’où sortent les fils d’une histoire, les filaments d’un intérieur.

Cela gémit en elle et cela s’incruste. Sinueux en un dedans de soie. Une brume de temps, évanescente, fluide. Soudain des mots s’avancent surgissant d’un même souffle, d’une même épopée, dorés ou de noirceur, ils se posent, impatients.

Gorgés de tendresse un peu dissimulée, de réminiscences d’enfance, de curieuse hébétude, scintillants, ils s’affirment pour dire. Soucieux de peindre un tableau intérieur.

En un état de musement .

samedi 21 novembre 2020

Jour ordinaire 7


FREUX

sous le ciel sombre

où expire le jour

les mots du soir résonnent

au vol dissonant des freux

 

vendredi 20 novembre 2020

Jour ordinaire 6


l'évidence du jour 

un quatuor de fées dansantes

 aux jupes amples et dorées

un premier matin du monde



jeudi 19 novembre 2020

Jour ordinaire 5

 


CYPRÈS

 

sous un ciel d’hébétude

le cyprès nain droit et rebondi

oratoire secret des oiseaux

refuge de mes pensées

 

mercredi 18 novembre 2020

Jour ordinaire 4

                          


AUTOMNE

l’envol d’une feuille de chêne

lentement elle tournoie

cherche son tapis d’herbe

ne plus oser marcher

 

mardi 17 novembre 2020

Jour ordinaire 3

MÉSANGE

ventre jaune pointé au ciel

elle picore la tête à l’envers

ce matin la lumière

est née d’une mésange


 

 

 

lundi 16 novembre 2020

Jour ordinaire 2

REGARD

le regard étréci par une migraine

se pose sur la bruyère du talus

où sont assemblés les silences

de tous mes disparus

 


dimanche 15 novembre 2020

Jour ordinaire 1

AUBE

lentement sortir de la nuit

et du secret des songes

un rai de lumière là sous la fenêtre

la main tendue du jour qui naît

 

(série de petites scènes écrites grâce à la proposition d'écriture de Laura Vasquez à partir de poèmes de Li Po)

vendredi 13 novembre 2020

mercredi 11 novembre 2020

rien ne bouge

 

absence de bruit

une lumière de passage

à contre-jour quelques mots

nos solitudes se rejoignent

 

le temps sèche et s’écaille


 

lundi 9 novembre 2020

entre-feuilles


 

Elle, dans l’entre-feuilles de l’automne.

Prête à écarteler les nervures de lumière. Jusqu’au sacrilège. Une traversée des mondes que des parfums déflorent. Les paupières baissées, entre les souvenirs brûlants qui se faufilent et murmurent, elle devient fluide comme la fin d’une douleur.

Le craquement des pas sur les feuilles mortes réveille ce qui semblait dormir, toutes ces voix oubliées, si loin soufflées.

Elle marche dans une étrange léthargie où s’échangent des clins d’œil d’ombres et de lumières, des sourires sans lèvres, des petits riens.

Elle se dit : une manière de s’inscrire dans le temps. Et se laisser surprendre à la marge. Une fragilité où l’essentiel s’épaissit. Au seuil du regard s’imprégner de cet imprévisible , le regarder à mains ouvertes et glisser de vision en vision.

On aborde des rivages dont on n’a pas les mots, on se laisse porter, emporter, dans une limpidité d’abandon, au bout de soi-même. Sans se cogner à ses contours tranchants.

Et quelque chose s’élève en soi.



samedi 7 novembre 2020

Clarice Lispector, D'une vie à l'œuvre

 


 Ne rien faire est une grande occupation. C'est comme être dans le cosmos. L'ennui rend le temps plus long . Sans compter qu'on a le temps, dans l'ennui, de vivre tout simplement et de vivre à peine. Le temps, c'est la sensation des heures et de la vie. Pour le sentir, il faut se purifier dans le rien. Ou serait-ce dans l'ennui? Peut-être est-ce la méditation vide qui est comme une prière sans paroles et sans même rien de mental. c'est le silence; il y a un silence intérieur qui mène à une extase si pure qu'elle n'a aucun besoin de divinités. Je connais ce qui suit: être pleine du rien. C'est le résultat d'un long et harassant apprentissage.

citation de Clarice Lispector extraite du livre de Olga Borelli " Clarice Lispector, d'une vie à l'œuvre" traduit du brésilien par Maryvonne Pettorelli et Véronique Basset ( Eulina Carvalho 2003)

 

jeudi 5 novembre 2020

Rien à voir qu’un immense vide bleu*

 

Des lambeaux de ciels amples et pleins des songes déchirés séchant sous le regard de qui prend le temps de lever les yeux et rêver comme un enfant, prenant conscience du monde qui le porte, et des infinis où laisser l’esprit errer avec ou sans lumière, et puis se perdre.

Des ciels d’étincelles glissant vers un au-delà sans nom où la paume, tremblante, aimerait se brûler, se saisir de cette poésie à portée de main qui fait briller les yeux.

Du bleu à se damner pour traverser le noir des heures et oublier les ombres qui déambulent sous la peau.

*Antoine Emaz “Peau”

mardi 3 novembre 2020