J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mardi 17 septembre 2019

samedi 14 septembre 2019

Derrière, elle



L’infini d’un ciel, percuté de nuages, orné d’une lune de nacre où tout se noie comme ces trainées de rêves ou ces pensées froissées qui heurtent les talus, épousent les feuillages qui filent sans que l’on sache de quelle essence d’arbre, se crispent auprès des parois sombres que la voiture longe quelques instants, puis le souffle s’apaise, les paupières luttent pour ne pas se fermer, Magnificat chante Arvo Pärt, le paysage ralentit ou c’est le conducteur qui prend son temps, et le ciel s’élargit, un rapace plane à l’affût d’un champ, à la place du mort le temps s’évanouit, et elle se retrouve près de la fenêtre d’ennui du troisième étage, trop petite pour que ses yeux ne voient autre chose que le ciel et les hirondelles qui strient l’azur comme elle-même griffe ses cahiers d’arabesques qui n’ont aucun sens, elle n’est qu’attente d’un devenir qui ne changera guère, toujours à se tenir derrière une vitre à rêver d’un là-bas, cet ailleurs d’un réel où elle ne se risque pas, et sans aucune raison, mais il y a des courts-circuits dans les pensées , elle se revoit derrière ces carrés de vitres où la pluie découpe ce petit napperon de dentelle et l’œil happé par le chemin des gouttes, elle pense que le ciel essore alors tous les chagrins du monde, elle suit la course des gouttes d’eau le long des câbles électriques, suspend son souffle à leur chute, espère qu’elles ne tomberont pas mais resteront accrochées jusqu’à la venue du soleil qui les aspirera, mais bien sûr les gouttes chutent, c’est la loi de la vie, puis la lumière va froisser ce rideau de larmes, des lèvres bleues percent et écartent la couverture grise dénouant les tresses d’oppression, les épaules lourdes elle connait bien lorsque, veillant au bord du lit, attentive au souffle qui se raréfiait, elle reprenait un peu de force à regarder passer les trains sur la voie ferrée de l’autre côté du boulevard avec parfois un visage aperçu, une silhouette qui, pendant quelques secondes incarnait une vie, prenait possession de son esprit et la distrayait d’un présent sans avenir, dans ce champ où l’invisible s’installe dans la perspective, elle se voit face à des vitraux que la lumière laboure de ses faisceaux, creusant des sillons aux revers d’ombre , elle est attentive aux infimes changements de couleurs, ocre tendre d’un dehors qui se bleuit, au seuil de l’étoffe d’un jour où tout est encore flou, et en une fraction de seconde l’éblouissement d’une sensation de mélancolie contre laquelle il est vain de lutter sinon en se concentrant sur un petit losange de jardin, juste au-dessous de la fenêtre du bureau, où, évanescente, une bruyère aux fleurs mauves et des bambous nains laissent des éclats de vie se déchiffrer dans ce miroir végétal, ce petit jardin de poupée où chaque matin, pendant des mois, elle a regardé croître ses propres égarements, scruté des ailleurs, cueilli des silences de bleu et dont aujourd’hui, elle n’aperçoit que des ronces enlaçant les nids d’ombres, ces interstices où tout se terre. 

Proposition d'écriture 6 sur l'atelier d'été de Tiers-Livre  : Débusquer ces fenêtres au présent ou ces fenêtres-mémoire, c’est ouvrir la place à la méditation réflexive sur soi-même.

lundi 9 septembre 2019

Sur la route du Danube


Ici, dans cette lumière aquatique, je ressens ce que j’appelle l’extase géographique qui est ma petite éternité matérielle, éphémère, mon épiphanie des jours ordinaires : oui, l’extase géographique, c’est le bonheur soudain de sortir de soi, de s’ouvrir de tous ses pores, de se sentir traversé par la lumière, d’échapper quelques instants à la dialectique infernale du dehors et du dedans. Pourquoi aimer autant les fleuves et les rivières, pourquoi les aimer davantage que la mer ? La mer, trop frontale, trop vaste, trop calme ou trop violente, nous renvoie toujours à la mort alors que la vue, même éphémère, même fugace, d’un fleuve aux flots conséquents nous apaise ou nous dynamise et redonne sens à nos efforts : comme lui, nous savons que nous sommes mortels, mais comme lui nous espérons nous élargir avec l’âge, chaque année nous gagnons en sérénité ; comme lui, nous nous souvenons de notre source sans nous languir pour autant de l’avoir désertée ; comme lui, chaque épreuve nous élargit ; ici le Danube est un vieillard las, divisé, amoindri, qui s’apprête à mourir mais sa vie était tellement nourrie qu’il y a encore du feu dans son souffle et de l’ardeur dans son regard ; il scintille de toutes les crêtes de ses vagues et il roule ses épaules nues de fleuve, indifférent aux frontières, indifférent à la steppe qui trace la limite extrême de son désir, heureux de savoir que là-bas, bientôt, toujours plus loin vers l’est, la mer saura mettre un terme à ses épreuves. 

Emmanuel Ruben "Sur la route du Danube" (Rivages 2019)

vendredi 6 septembre 2019

où dansent les ombres


le vent s'est lassé
de l’obsession des mots
en un fracas d’ailes
les mots dessus dessous
hors d’encre

lundi 2 septembre 2019

Strates




Elle a millefeuillé l’image.
Dérivé, détourné, divagué de visions. En miroir sans fin. Laissé des zones en ombres et séparé les strates. Elle a transformé l’invisible en visible comme s’il fallait voir toute une vie au bord de cet instant, et l’avant et l’après.
Décoagulé les verts des bleus, fixé les étirements des ombres, les éclats de clarté, sans chercher à savoir.
Elle a abandonné l’idée de retenir les mots, aimantée par le bruissement du feuillage presque liquide.
Puis elle a cédé au vertige de l’eau. Des formes sont nées singulières. Enduites de jadis et creusées par l’absence. Telle face au miroir, elle est restée fascinée par les pensées qui coulaient sous ses yeux réparant toutes les déchirures.
Serait-ce l’enfance perdue, avec ses formes obscures et ses silences bleu-gris qu’elle a cru apercevoir puis aussi vite se dissiper… A la vêprée d’un petit clapotis.
Au loin, une cloche et ses sept coups.

vendredi 30 août 2019

Les hauts bois



Ce sont de longues avenues de cimes
comme j'aimerais que vivre fut
où la brume ce matin
recule les arbres
dans une féerie immobile
où j'avance        seul 
dépaysé de l'homme

Pierre Cendors " Les Hauts Bois" ( Isolato 2013)

mercredi 28 août 2019

Lapetitegens






Je l'ai vue porter un bout de ciel sur le haut de sa tête, je l'ai vue réunir les fragments d'un bourgeon au creux de ses mains, je l'ai vue entretenir un feu de camp entre ses guiboles repliées, je l'ai vue faire ruisseler de son ventre les premiers chants, je l'ai vue entourer les arbres des forêts comme si c'était un peuple en construction, je l'ai vue sortir de terre, petite graine de moutarde touchée par le souffle du vent, je l'ai vue voir nos multiples visages et longer le cours d'eau qui passe en chaque personne jusqu'au point de rétrécissement, là-bas tout au fond du mystère.

Isabelle Pinçon " Lapetitegens" ( Cheyne 2019)

lundi 26 août 2019

Un tas

C’est un tas.
Avec des apparences de vide. Entre ces blocs au sol, balafrés d’éclairs de lumière, c’est l’imprécision d’un tas de pierres, de tailles inégales, de formes différentes, mais de même texture. Écrire ce tas de pierres. Des centaines, à l’ombre de deux arbres sur une petite place . Des pierres qui furent un mur, on se souvient. Le mur est au sol en pièces détachées. – Où sont les mains derrière le mur ? – Les faces des pierres sont des visages ridés, entre lesquelles des ombres se glissent, des présences se taisent. Amoncelées en tous sens, il n’y a pas l’ordre d’un mur mais le chaos d’une démolition où bute le regard. C’est une sorte de puzzle qui ne sera jamais reconstitué selon le modèle, mais restera éclaté, défiguré, traversé de grisaille. A force de fixer le tas, la distance semble s’effacer, et il me semble m’absorber du silence qui suinte entre les surfaces. Cette pierre plus haute que les autres, qui se tient verticale, tendant ses forces vers des nuages qui poursuivent leur course sans se soucier de rien, accroche l’attention, les pensées s’enracinent sur cette surface granitique, qui est restée pendant plus d’un siècle à l’horizontale au-dessus d’une porte ou d’une fenêtre, soutenant d’autres pierres plus timides ou plus recluses, linteau d’un monde écroulé. Quelque chose est là, détruit. Quelque chose qu’on pensait éternel, qui n’est plus. Une femme se tenait, assise derrière sa minuscule fenêtre de cuisine, encastrée dans le mur de granit à suivre les allées-venues des uns et des autres. Reprendre le regard de la réalité de ce jour. Des pierres innombrables, recouvrant le sol de cette petite place, étalées pour l’offrande. La forme évanouie d’un mur . Le passé s’efface, mais le souvenir pèse encore un peu. Le poids des pierres que des mains ont dépecées une à une comme on le fait d’un corps d’animal mort. Chaque pierre désossée de la verticalité où elle s’était inscrite pendant plus d’un siècle, calfeutrée avec ces tombereaux de terre qui ne sont plus que poussière. Pierres sous le toit ou pierres de la base, on ne sait plus, les voila anonymes et orphelines, blocs de rien, cubes d’ombre délaissés après une bataille, frontons ou pierres de pas grand chose, tout est à terre en longs enlacements auprès du vent et sa brûlure. Ossuaire solennel au pied du mur perdu, à l’heure où le soleil s’épuise. Une volée d’hirondelles passe en silence, un chat contourne l’obstacle, au loin un coq se met à chanter. Dans le frêne qui dépose de l’ombre, un petit bruit de vent et de chants d’oiseaux. Retrouver un réel alors même que c’est de vertige qu’il s’agit. Des images d’un avant hantent cette gigantesque tombe, vacillement d’un temps que l’on semblait toucher du doigt. Matière de mur, peaux mortes, vestiges de vies, empêtrement de vertèbres abandonnées, paquets de ténèbres, lignes de fuite brisées, vaisseau de pierres en pleine mue.

Entrer dans l’épaisseur et chercher une pierre de seuil.



Consigne 4 de l'atelier d'écriture d'été de François Bon sur le site Tiers-Livre :"affinités pour la description"

samedi 24 août 2019

moment suspendu

à cloche-pied entre deux mondes
le chemin n’est pas encore tracé
tu soulèves de la poussière
parmi les songes
et tes lèvres sont sans voix

vendredi 16 août 2019

Rivière



Elle a tout laissé en état.

Du côté de l'oubli et de l'obscurité. Sans lamentation. C'est dans ce regard d'ombre que se tient la lumière. Elle a ressenti cette lassitude, où s'alourdissent échos et pensées quand l'entaille du silence n'est plus qu'une déchirure.
Il ne suffit pas de tenir à distance les questions sans réponses ni refermer le livre où l'on pourrait savoir.
Elle est dans une incertitude incessante où tout est remous et abîme à franchir: mais elle ne saute pas, et elle écrit.
Dans l'intensité de l'instant, en désarroi. Détachée de toute entrave. Portée par le désir de l'indésirable. Et si d'ordinaire cet appel se dérobe, là elle succombe au vertige des scintillements de ces  ailes de lumière.
Dans cette nuit qui se profile, près de la rivière, elle a enserré un peu de l'infini, elle a senti l'immensité d'un corps. Rêverie crevée de vent, délavée . 
       
Le lendemain, tout est éteint.

mercredi 14 août 2019

Le dénouement



Ce matin encore. Je marchais, au hasard, dans cet abandon du corps au paysage qui est le contraire de l’oubli. Plein de cette clarté pareille à la lumière levante. Immobile, pierreux, le plateau fuyait devant. Je me sentais si léger que j’ai marché longtemps. Sans autre pensée que cette légèreté. Il était encore très tôt. Imperceptiblement un vent tiède s’était levé. Je ne m’en suis aperçu que plus tard, au milieu d’un bosquet de pins. Il soufflait, mais en silence. Comme si les branches, les troncs, mon corps lui-même avaient brusquement cessé d’exister. Je me suis arrêté. Fasciné par cette paix mouvante. “Dans les pins silencieux souffle une douce brise.” À ce moment-là, j’ai vu le vers du vieux sage chinois. Vu, oui. Ce qui est la compréhension, totale. La voix muette qui le disait était devenue cet instant suspendu. Les arbres, la lumière, mon corps immobile, tout flottait dans l’immensité silencieuse de ce vent venu de nulle part. J’aurais pu penser “Le vent du monde”, mais je n’étais plus là. Ni les pins, ni le plateau, ni le soleil. Seule cette transparence et l’infini, soudain, qui soufflait. Ce fut très rapide. Mais ce soir cette vision éclaire encore mes mots. Non. Vision ne convient pas, car alors je ne voyais rien. Et, pourtant, tout était regard.

Jacques Ancet "Le dénouement" ( Editions Publie.net)


lundi 12 août 2019

Un petit bout de tissu jauni/ 5

Dénicher par hasard cette petite chose légère, raidie par les ans et par l’amidon, ouvragée de chemins de dentelle, d’ajours et de motifs travaillés, balafrée d’une ou deux entailles où les doigts malhabiles se glissent pour saisir des pensées qui depuis longtemps se sont enfuies – petites ailes de vie dont je ne saurai rien – coiffe de dentelle faite à la main sur le carreau de dentelière (bien rangé au fond d’un placard avec son attirail de fuseaux qui ne cliquèteront plus et de fils emmêlés pour une éternité), avec ces broderies savantes et étudiées où se côtoient fleurs aux pétales réguliers, allongés et effilés ou arrondis et ventrus, entrelacés de figures géométriques pour y circonscrire les obscurités des jours qui se diluent dans la douleur, la perte et le deuil. Un autre monde avec si peu d’échos s’est délité sous cette coiffe jaunie avec cette avancée de dentelle à trois niveaux durcie, froncée, déchirée, salie pour protéger sans doute des rais d’une lumière trop intense pour un regard usé. Ce linge ouvragé a enserré les cheveux blancs de mon arrière-grand-mère Julie, a contenu les mèches folles et les pensées sauvages, a veillé selon les coutumes de l’époque à la bienséance de l’être qui respirait sous ses fanfreluches, le cordon qui attachait la coiffe sous le menton par un nœud finissait d’enserrer la voix qui n’était que murmure. Je regarde les quelques photos de Julie collées dans les albums familiaux à la recherche de cette coiffe-ci mais ne suis certaine de rien même si, sur chaque photo Julie n’apparaît jamais en cheveux mais bien toujours couverte d’un bonnet blanc variant selon les saisons peut-être… Une question se glisse en moi soudain: a-t-elle été ensevelie avec une coiffe … me dis que cela est fort probable…et je souris sans trop savoir pourquoi. Mes yeux dérivent entre ces ajours minuscules, se perdent dans une rêverie de vie inventée, s’insinuent dans ce flou, ce voile de buée, à la croisée des mémoires, dans cet entre-deux des possibles dont on ne sait rien. D’un geste respectueux, je pose la coiffe sur mes cheveux blancs, espérant je ne sais quel miracle ou quelle plongée dans un abîme empli de révélations éclatantes, j’éprouve de la difficulté à positionner le tissu – Julie avait peut-être une petite tête! – et comme si j’étais couverte de lichen ou de mousse j’attends que quelque chose survienne: enserrée, tassée, comprimée, rapetissée, c’est un vocabulaire de prisonnier qui monte sur les lèvres, alors même que le nœud sous le menton fermerait même les mâchoires pour que rien ne s’échappe: ni cri, ni gémissement, ni parole trop forte ou juron de dentelle… En-dedans cela bouillonne, point de pensées d’outre-tombe mais juste la sensation d’être dans un réduit trop étroit, avec ces parois qu’il me faut repousser, éloigner cette mélancolie qui pourrait me gagner, il n’y a rien de paisible là-dessous, un trouble se fait jour: quelque chose flotte au-dessus de moi, terni de mémoire oubliée, serti d’ombre et d’opacité. Je desserre les liens, secoue un peu la tête, passe les doigts dans mes cheveux, fixe la coiffe chiffonnée sur la table et pense que la vie n’a pas dû être drôle tous les jours pour Julie. Entre vieux rideaux et tissus défraichis, l’ouvrage de dentelle retrouve sa place, alourdi des pensées noires et d’un trop plein d’une réalité étrange nés là sous ce morceau de coton anodin. S’extraire de ce monde clos, poser le regard sur ce jour en mouvement, ajuster sa vision sur les plis d’un visible et reprendre souffle sous ma casquette de ciel.

 Atelier d'été Tiers-livre consigne "5 fois sur le métier" (jour 5)

dimanche 11 août 2019

Un petit bout de tissu jauni/ 4

entre oubli et lassitude, chiffonnée sur le bord du bureau, la coiffe est sortie de mes pensées – cela doit rester sur une tête pour garder de sa prestance – là, ce n’est plus rien qu’un chiffon de tissu troué d’oublis de doutes de vies réinventées de larmes et de regrets – à rechercher ce qui n’est plus et n’a peut-être jamais été – le regard est las n’espère plus rien, regrette presque son intrusion dans ce monde du passé dont il ne sait que faire – les mots butent sur des banalités se délitent et s’épuisent, tournant autour du nœud qu’ils ne parviennent pas à dénouer – il faudrait recourir à cette patience d’ombre et se laisser glisser dans un songe de Julie pour franchir la frontière, dessiner la cartographie d’un paysage inconnu – s’affubler de la coiffe, nouer les liens sous le menton, l’ajuster sur la chevelure, redresser la visière et regarder avec les yeux d’arrière, non pas dehors mais dans cet en-dedans où tout se joue – tenter de se franchir – et de ce vide matriciel de l’absence tisser à nouveau une présence – d’un tissu de coton empli des vides d’une vie convoquer les ombres – plier et déplier la part du ciel

 Atelier d'été Tiers-livre consigne "5 fois sur le métier" (jour 4)
à suivre ....

samedi 10 août 2019

Un petit bout de tissu jauni/ 3

ce bonnet n’a aucun intérêt, mais c’est la tête sur laquelle il siégeait qui m’importe – ce chapeau, ce bonnet, cette coiffe mise en forme par ses mains a enserré la tête de Julie pendant des années – elle n’est jamais en cheveux sur les quelques photos qui disent un peu de ce qu’elle fut – cette coiffe donc, une parmi d’autres, peut-être celle du dimanche au vu de la débauche de dentelle et de fleurs, ni mantille ni voilette mais juste un tissu de coton qui a dû être blanc mais qui depuis les années épuisées a pris une teinte indéfinie, froissé, déchiré, dont Julie a dû se servir longtemps, rapiécé pour couvrir la chevelure blanche d’une vieille dame dont je connais si peu la vie et pas du tout les pensées cachées sous la dentelle – le regard légèrement dissimulé sous cette sorte de visière dentelée, les envies évanouies, les pensées évaporées par les ajours de la coiffe – quand on est mort on est flou

 Atelier d'été Tiers-livre consigne "5 fois sur le métier" (jour 3)
à suivre ....

vendredi 9 août 2019

Un petit bout de tissu jauni/ 2

bordures raidies d’amidon d’autrefois, dentelle entortillée repliée en elle-même – tenir entre mes doigts ce qui se nomme peut-être feston ( je n’ai pas le vocabulaire des couturières) – tenter de déplier, étirer, redonner forme – s’apercevoir que cela ne fait pas tout le tour de l’ouvrage mais se situe juste sur l’avant du bonnet , de la coiffe – une sorte de visière – il y a trois tranches, niveaux, épaisseurs sur cette avancée, froncées avec un trou sur le tissu de la plus haute – à l’arrière une petite bande de tissu étroite sans doute pour ajuster la taille et resserrer la coiffe pour qu’elle s’ajuste à la circonférence de la tête – se dire que tout ça devrait être repassé et recousu – ne pas en voir l’utilité maintenant – cette coiffe, enfermée depuis près de cent ans dans un sac serré au fond d’une armoire scellée dans un mur y retournera…


 Atelier d'été Tiers-livre consigne "5 fois sur le métier" (jour 2)
à suivre ....