J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mercredi 18 janvier 2017

Tectoniques



Je rêve d'une parole qui se dédierait au silence
consentante à s'éteindre à ses mains nues
d'affamé

je guette leur baiser
leurs langues mêlées
ce qui se dit
et ce qui se tait

je rêve d'une parole et d'un silence
miracles l'un à l'autre

et pas loin
le murmure du fleuve
qui sait combien tous deux sont libres
et égaux en droit

Antoine Choplin Tectoniques ( Editions Le Réalgar 2016)

dimanche 15 janvier 2017

ce qui naît

fermer les yeux 
 
losange de bleu
 
large voile offerte au ciel

caresser un chant perdu
 
celui de l'horizon là-bas

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mercredi 11 janvier 2017

Limite



graphie de vie plus ou moins vide selon les jours parfois seulement meublés par l'attente mais toujours de l'air et des mots du blanc et de l'encre et même s'il n'y a pas de sens au bout nous reste au moins ce mouvement de vague qui porte ou a porté jusqu'en bout de page cette écume blanche qui bruit et se défait doucement sur le sable d'une nouvelle plage et ainsi de suite dans le ressac aussi monotone que varié du temps

Antoine Emaz " Limite" ( Tarabuste éditeur 2016)

samedi 7 janvier 2017

et puis se taire

les premières lèvres

d'un regard 
 
un air de tristesse qui passe

au nœud coulant de l’au-delà


la lumière s’écoule 
 
et tremble encore en moi 

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lundi 2 janvier 2017

kaddish pour un orphelin célèbre et un matelot inconnu




Comment ? C’est ainsi que tu es trop tôt parti ! PAN, à bout portant. D’un seul coup de feu. Qui ne m’aura pas laissé le temps de te connaître. Mais qui résonne encore – PAN, à bout portant – dans la nuit. J’ignore s’il m’est permis de te tutoyer ; je pourrais ne pas m’adresser directement à toi, ne dire ni tu ni vous, les laisser parler, eux, les aînés, ceux et celles qui t’ont vue de leurs yeux vu. Seulement, eux se taisent, elles se taisent, et c’est ce silence, cette chape de plomb que je veux entailler. Je sais que mieux vaudrait me taire  à mon tour, respecter des morts au moins le silence, la boucler pour de bon, te rejoindre en tes ténèbres. Comme chacun de nous je présume, j’en ai l’ivresse les nuits d’insomnie, les nuits sans oubli, les nuits où l’on voudrait que le monde s’arrête, qu’un séisme ouvre la terre, que les murs tuent. Seulement, tu m’as visité en songe trop souvent ces nuits-là, nous avons guetté trop d’aubes côte à côte, je me suis senti trop de fois envahi par ton regard noir, vieillissant sous tes rides, pour qu’il me soit permis de continuer à t’ignorer ainsi, l’air idiot, sans souffler mot. Tu serais bien étonné de l’apprendre : tu te dis peut-être, depuis ta terre à toi, que tu n’es rien pour moi, rien pour ceux de notre temps. Mais sois rassuré. Tu ne seras pas un personnage. D’où ce tu que je veux te donner, d’où ce monologue que sur du papier je veux t’adresser.

Emmanuel Ruben "kaddish pour un orphelin célèbre et un matelot inconnu" ( Les éditions du sonneur 2013)

samedi 31 décembre 2016

an neuf

                              à l'aube de l'an nouveau
                            s'enrubanner de tendresse
                            
                               BONNE  ANNEE  2017
                                

mercredi 28 décembre 2016

pour ne pas oublier

au milieu des ruines

elle prit un caillou

             un peu de vent

             un pan de bleu

             un morceau d'une vie

rhizome de l'au-delà du temps 
 
à lire pour trembler



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dimanche 18 décembre 2016

éclat d'un jour




                                nuage de givre 
                                lambeaux blancs 
                              sous les paupières

                          s'ouvre l'antre d'écume
                                mémoire repliée
                          sur ses rives fécondes

                           des rayons s'évadent
                              petits doigts d'air
                            comme un bouquet
                          

                          
                          
                      
                        

mercredi 14 décembre 2016

presque rien

le souffle du vent 
 
                              une phrase qui passe 
 
                              une épaisseur d’âme

                              une foison de printemps

 
les mots hors du vide
 
le silence et le souffle

dans l'empan d'une main 

lignes de bleu 


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lundi 12 décembre 2016

Ce qu'il faut


après des années passées à scruter un post-it collé à côté de mon écran où j’avais recopié ces mots de Virginia Woolf il me vient une idée délicieuse : j’écrirai tout ce que je veux écrire j’ai écrit un texte qui s’appelle tout ce que je veux c’est un long texte c’est une seule longue phrase qui m’a beaucoup occupée et que j’ai beaucoup occupée mais ce que j’ai fait avec ce monologue et que je m’apprête à faire ici pour la dernière fois je ne l’ai compris qu’hier après la dernière lecture publique que j’en ferai jamais

il y a un passage qui chaque fois me procure de la joie je suis sûre qu’il se trouve à l’exact milieu du texte je pourrais presque parier sur le nombre de mots qui m’en séparent puis de ceux qui m’en éloignent ce passage se trouve au cœur de tout ce que je veux lorsque je troue les poches de Virginia pour libérer les cailloux qu’elle y a mis et l’empêcher de se noyer chaque fois que je lis ce passage j’en refais la découverte heureuse en même temps que Virginia sauvée qui regarde les pierres tomber de ses poches trouées et les petites bulles qui remontent comme elle à la surface de la rivière chaque fois que je lis ça je le crois chaque fois c’est vrai chaque fois c’est vrai par l’écriture donc c’est vrai dans la réalité le temps de la lecture je sais maintenant que je n’ai écrit ce texte que pour ces quelques lignes parce que si on peut voir Virginia remonter à la surface et prendre sa respiration avec un petit sourire alors c’est vrai et si on peut voir la serviette éponge géante que j’ai préparée pour Virginia sauvée alors c’est vrai parce que l’écriture et la lecture c’est vrai c’est vrai pour ça c’est vrai pour voir c’est vrai pour voir la vie c’est vrai pour la sauver

Corinne Lovera Vitali " Ce qu'il faut" ( Editions Publie.net 2016)

samedi 10 décembre 2016

image


pousser la vision hors de la vue - les yeux sans fard - filtrer le regard - la profondeur du jour est là - le noir se repousse - on reste là  -  le monde pèse moins - attente au fond du puits - les mots flairent la lumière - l'aria de la sève - magie de l'image - intériorité du temps -  défricher l'image - déchiffrer le texte -  déchirer l'image -  se glisser entre - le temps intérieur - là-haut les racines

jeudi 8 décembre 2016

Description de San Marco




Les gens sous les arcades, les gens qui regardent les vitrines, qui se retournent, hésitent, s'interrogent, qui reviennent, passent de l'ombre au soleil à l'ombre au soleil à l'ombre; les pantalons clairs des hommes, les robes fraîches des femmes, les lunettes noires ou bleues, rondes, rectangulaires, ailes de papillons, dorées, incrustées de fausses pierres, les chapeaux, les fichus, les décolletés, les fards.  

                                    Quelques colonnes entrevues entre les deux doigts de                                                      cette main aux ongles étincelants.

Les gens assis aux tables des cafés, écoutant les valses et les tangos qui se répondent aux divers orchestres, déployant leurs journaux en toutes langues, se penchant pour rédiger leurs cartes postales, recharger leurs appareils photographiques, tournant le sucre dans leur tasse, débarrassant leur paille de sa gaine de papier, feuilletant leurs guides, comptant leurs lires, s'observant les uns les autres, spectacle les uns pour les autres, regardant les uns par-dessus les épaules des autres.

                                                      Une coupole apparaissant entre deux verres de jus de                                                            fruits.

Les gens qui coulent comme un flot, les groupes qui se font et se défont, les plus pressés se traçant un chemin parmi les autres, les fatigués cherchant une place, s'écroulant en s'épongeant, en s'éventant, se détendant, souriant, allongeant leurs jambes, se précipitant pour serrer la main à une vieille connaissance, l'invitant, lui faisant apprécier leurs achats et leurs découvertes.

......

Comment creuser le texte en coupoles?

Michel Butor " Description de San Marco" ( Gallimard 1963)

mardi 6 décembre 2016

éclairer un peu l'obscurité

reprendre souffle avant de
 
ne plus être ni voir

amarrer les vagues

à peine de quoi trouer le silence

se calfeutrer 
 


le temps oublierait de passer


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dimanche 4 décembre 2016

à l'ombre des choses


Dans Que ma joie demeure, Jean Giono écrit: "On a l'impression qu'au fond les hommes ne savent pas très exactement ce qu'ils font. Ils bâtissent avec des pierres et ils ne voient pas que chacun de leurs gestes pour poser la pierre dans le mortier est accompagné d'une ombre de geste qui pose une ombre de pierre dans une ombre de mortier. Et c'est la bâtisse d'ombre qui compte."
J'ai souvent pensé à cette ombre dont parle Giono, l'ombre du geste, l'ombre du mortier: tout ce qui, dans un geste, dans le rapport avec le monde, est nourri d'intention, d'émotion. Tout ce qui, par-delà la mécanique, guide la main pour construire un muret et la pierre vers la main. Cette pierre-là et pas une autre, parce qu'il y a quelque chose en elle qui convient.
Forcément, je fais le lien avec les objets. Les objets auxquels on s'attache un peu trop. Ceux dont on ressent le besoin de se débarrasser, comme une violence nécessaire. Ceux qui nous parlent et nous attirent, tout émaillés de souvenirs à peine conscients. Une bille de verre dans un bol, un galet sur la plage, un éventail posé sur une commode qui appelle le regard et presque aussitôt, sans même y penser, le contact de la main. C'est instinctif, on prend l'objet dans sa paume, on le tourne et le retourne avant de le reposer. Il y a une émotion qui vibre, entre les objets et nous. C'est leur ombre à eux.

Lise Benincà " Des objets de rencontre Une saison chez Emmaüs " (Editions Joelle Losfeld)