J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

lundi 19 mars 2012

Dire

Dire le ciel inépuisable quand s'essouffle la sève qui suinte de la terre. Un ailleurs de mystère où s'inscrirait l'écho de cet entre-soi que l'on ne peut nommer. On regarde, on se laisse détremper par l'azur de paix, rassurant, presque mythique, et l'on pense soudain: le ciel est sang. Chaque matin, le regard lancé comme un caillou sur la marelle du jour, se pose sur la case ciel où il s'abreuve d'un peu d'éternité.

samedi 17 mars 2012

Légers jardins, à peine

Pierre noire et détrempée, remblais luisants, feuilles mortes, faubourgs d'industrie effilochés, abandonnés sous les hautes cheminées d'où plus rien ne s'échappe ( comment devrait-on dire? Cheminées muettes? Oui, c'étaient comme des paroles - pas une usine qui n'ait eu sa fumée dans les dessins que l'on en faisait enfant), puis une eau rapide et comme secrète, sauve, se sauvant, sur un lit de caillasses aux rives encombrées de branches mortes, des débris de sacs de plastique faisant des taches de couleurs vives un peu tremblantes - le train qui, après avoir franchi le Rhône en venant de Lyon monte vers Saint- Etienne, s'étire entre des collines le long d'une vallée presque étrange à force d'être sans charme: on a l'impression que tout ce qui est là n'a pas véritablement voulu y être et que nul non plus n'a eu la volonté de s'en débarrasser : ce serait comme une table de cantine mise il y a longtemps et dont rouilleraient ici ou là les gamelles, un peu diverties par l'apparition de quelques ustensiles flambant neufs cherchant à donner le change.
Et pourtant derrière cette absence d'attraits presque flagrante, c'est comme si s'insinuait une sorte de noblesse, de dignité: peut-être cette fierté propre aux terres ingrates, un liseré très fin, à peine dicible, passant clandestin entre l'abandon et la résistance.

Jean-Christophe Bailly "Le dépaysement"

vendredi 16 mars 2012

Visions

au creux de la chair
la migraine tord
les plis de l'œil

                                          ou
 tordu le réel
transfigure l'écho
de la vision du jour 

                                              ou
au seuil de la poésie
une secousse du dessous
des cimetières

jeudi 15 mars 2012

Des yeux

Des yeux d'inessentiel brûlés, du bord de l'œil à la pointe des pieds, ils tordent le réel, transfigurent les visions malaxées dans la marmite des migraines et les haussent au seuil d'un pli caché du monde, la poésie. Cela passe par la peau et par la chair dessous, en écho à l'intériorité ci là-bas détachée. C'est en creux et çà enfle comme le poids du jour qui entre dans la nuit. L'image compressée, dans la secousse qu'elle engendre à celui qui sait lire, s'élève en un cyprès de cimetière où plus rien n'est à dire.

mercredi 14 mars 2012

Le dépaysement

Alors que je me serais plutôt attendu à l'enchaînement de visions un peu sinistres que ce genre de maison de repos manque rarement de provoquer - vieil homme avançant péniblement derrière son déambulateur dans un couloir beige orné de plantes vertes et d'affiches reproduisant des tableaux impressionnistes, groupe de vieilles femmes en robe de chambre s'efforçant de boire une tisane ou un thé au goût de carton dans un réfectoire où un sapin de Noël décoré que personne ne regarde clignote sans fin - , je me retrouvais dans une sorte d'apothéose hivernale: non ces jours où une lumière d'or accentue les reliefs en les creusant, accordant à toute chose d'avoir l'air de séjourner - un instant -  hors du temps, mais un de ceux, et ils sont moins nombreux encore, où le concours du brouillard et du soleil aboutit à une sorte d'émulsion qui est comme un milieu de lumière vaporisée où tout semble flotter et être en gloire, la visibilité, à laquelle pourtant en règle générale on tient, étant remplacée par l'affirmation sereine, enthousiaste, juvénile et sans âge, d'un pur rayonnement.

Jean-Christophe Bailly " Le dépaysement Voyages en France" (Seuil 2011)

mardi 13 mars 2012

Voyelles


Arthur Rimbaud " Voyelles" ( texte manuscrit extrait de l'oeuvre intégrale manuscrite publiée chez Textuel)

lundi 12 mars 2012

Les voyelles

Les voyelles ont un poème à elles seules consacré, où les couleurs les revêtent de suaves vibrations. De cet abécédaire coloré une puissance d'arbre s'élève, suspend le temps où se frotte la langue râpeuse des consonnes. La candeur d'une neige d'aube glisse sur les golfes d'ombre imprimant en ombelle un doux frisson de paix. Traversé de rides du silence, rayonne l'étrange monde des yeux.

samedi 10 mars 2012

Cloître





 






au pas de l'archet
on articule
le phrasé de la pensée

Les photos ont été prises dans le cloître de Moissac.
La  musique est l'adagio de la deuxième sonate  en ré mineur  de JB Barrière.

vendredi 9 mars 2012

Tricot

A petits pas, c'est une parole de peau qui plisse dans le sang, une caresse d'encre lentement diluée à la lumière d'aube ou dans le parfum gris du crépuscule. Avec ce presque rien, on ravaude, on recoud les accrocs et l'on faufile les points d'interrogation aux branches basses des arbres. Les questions sans réponses prennent leur envol pour un autre univers. On entend le grondement sourd du monde qui tricote les consonnes à grosses mailles, et l'on écoute le vent faire chanter les voyelles.

les accrocs des consonnes
plissent la peau
du crépuscule
                                        ou

une parole d'aube
chante à l'envol
des points d'interrogation 
                                         ou

lentement diluée 
dans le sang
l'encre ravaude le monde  

 

jeudi 8 mars 2012

A petits pas

A petits pas, c'est une parole de peau qui plisse dans le sang, une caresse d'encre lentement diluée à la lumière d'aube ou dans le parfum gris du crépuscule. Avec ce presque rien, on ravaude, on recoud les accrocs et l'on faufile les points d'interrogation aux branches basses des arbres. Les questions sans réponses prennent leur envol pour un autre univers. On entend le grondement sourd du monde qui tricote les consonnes à grosses mailles, et l'on écoute le vent faire chanter les voyelles.

mercredi 7 mars 2012

140 tunnels


13
Tunnel de la pensée qui
circonvolute de plus en plus vite sur le
toboggan de l’imagination dépourvue de
tout dispositif de sécurité.
30
Tunnel d’un rêve : je plane au dessus
des champs de tournesols, leur tête
jaune me suit à chaque bifurcation, valse
lente de la campagne.
39
Tunnel lu en silence, les phrases au
galop, l’horizon qui apparaît comme un
décor piqueté de pylônes et d’éoliennes se
faisant concurrence.
67
Tunnel de la dissertation de philo,
suivre une idée qui s’échappe, synthétiser
l’irréconciliable, conceptualiser le courant
souterrain
82
Tunnel des échanges muets, le
regard parle à l’intérieur, les yeux se
retournent dans la soie de la boîte
mentale, sortie de secours.
93
Tunnel de la marche à pied quand
on surplombe ses propres pas qui
emmènent là où l’on n’aurait jamais pensé
arriver, dans l’étonnement.

Dominique Hasselmann "140 tunnels" (éditions Publie.net)

mardi 6 mars 2012

quelque chose se dérobe

à bout de souffle
tirer le fil bleu
et enjamber l'obscur
                                       ou

                                                                           des bouts de branches
                                           fouillent dans
                                           les tessons des nuages

lundi 5 mars 2012

Penser

Penser à bout de branche, des racines aux nuages. Penser jusqu'au bleu qui inonde les yeux quand ils se noient dans une flaque de ciel. Penser à cloche-pied entre les traits de craie et les cailloux à enjamber. Penser dans l'obscur pour tracer le chemin et tirer le fil de ce qui se met en maille, faufile la chair et veine le corps. Penser jusqu'à fouiller la terre, et le sol se dérobe: on sent parfois un souffle, quelque chose qui cogne. Penser dans l'interstice des jours,où étrillé de tessons, on avance à petits pas.

vendredi 2 mars 2012

Todo liste (contrefaçon)

 
- aimerais mieux vivre dans un monde la tête en bas (dit-il/dit-elle) où les troncs prennent aux cimes, où les branches cognent sol, où chaque énième étage de n’importe quel building tartine le marbre et les pavés passants de la rue fougère qui bat 

- mais qu’en serait-il des foules ? (dit-elle/dit-il) dans quoi parquer ces kilogrammes de muscles et nerfs ? sous quel film plastique, sous quelle feuille de Cello ?  

- l’un des biftecks a laissé choir (dit-elle/dit-il) un plastoc de pétard, jaune camembert aux rives de l’huile le ciel ; depuis quand méritent-ils qu’on s’y penche ?

- quant au reste (dit-il), quant aux corps (dira-t-elle) j’aime autant mieux me voir cloué(e) aux pieux nos culs pour danser mes misères et décocher mes flèches que de subir sa mère ; je prends mes clics et clacs à la fameuse ligne d’eau numéro quatre, tout près des ânes purs bois, dessous mes congénères pantins, et à vos marques, prêts, go ; je t’attends, tu viendras?

Guillaume Vissac 
La photo est de Solange Vissac
 
Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

Pour une première participation aux vases communicants, cela coulait de source que ce serait avec Guillaume que l'échange pourrait avoir lieu! Donc je l'accueille avec beaucoup de plaisir  (et de tendresse) et je vais écrire chez lui. La liste des autres participants se trouve ici.

Guillaume et moi avons choisi d'écrire à la manière de Christine Jeanney et de ses fameuses Todo listes, chacun proposant à l'autre une photo à partir de laquelle nous écrivons quatre choses à faire/dire/penser...

jeudi 1 mars 2012

Saint- Cirq- Lapopie


                                                                                         dans le silence  du dernier matin de février