J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

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lundi 16 janvier 2023

Viatique/67

 


Fixer l’écart de ce qui fait le jour. Ce qui tranche le regard. Ainsi que le fait le chant d’un oiseau quand il écartèle le silence.

Sans chercher de sens. Saisir juste ce qui s’offre comme on prête soudain attention au souffle qui va et vient. Sans rien attendre de particulier.

Les couleurs, les formes qui nous recentrent. Fragilité d’un instant à prolonger. Puis fermer les yeux et voir de l’intérieur.

dimanche 8 janvier 2023

Viatique/ 66

 


Ce qui saisit là c’est l’instant où le regard se noie. Au moment du passage d’une vision large sur ce qui entoure à celle d’une intensité autre. Tout alentour n’existe plus.

On verse dans cet enclos que l’œil vient de révéler. Mais rien n’est fermé justement. Tout vient de s’ouvrir, comme ces fruits dont on écarte deux morceaux et qui livrent leur secret.

Un dedans-dehors où l’espace est poussé devant soi. Où le lointain se dépose à portée de main. Où une poignée de feu, lame froide d'un couteau, cisèle un passage de silence.

 

lundi 12 décembre 2022

Viatique/65

 


Devant la maison des rêves des échos de lumières se reposent. Les songes se poursuivent. Comme des souvenirs, on vogue de l’un à l’autre.

Nulle clé n’est nécessaire puisque tout se traverse. Des murmures passent et repassent, s’éloignent puis renaissent. Arche des possibles et même des impossibles.

Il monte parfois de la terre une lumière. Elle bâtit des murs où suspendre un peu d’espoir. Illuminé de bleu.

 

vendredi 4 novembre 2022

Viatique/ 64


 

Risquer son corps dans l’image d’un dehors. Déchirer la lumière à la parole d’ombre. Et, néanmoins, se laisser porter par cette sorte d’enchantement dont on ne revient pas.

L’enfant est toujours là, prêt à s’immerger entre les épis, à se cacher ou à danser en répondant aux alouettes. Le temps passe mais il l’a oublié. Il rit dans le présent.

Des songes de soie rouge tremblent lorsqu’il ferme les yeux. Son visage est couvert d’un masque de dentelle. De sa bouche, des nuages s’échappent.

mardi 18 octobre 2022

Viatique/ 63

 


À chaque fois que je longe un champ de blés, il se murmure en moi une petite phrase comme quoi il ne faut pas oublier cet instant. Ces épis m’interrogent, me demandent de m’arrêter pour les contempler. De prendre le temps tout simplement.

L’enfant est là, bien présent, sans mélancolie aucune. Je sais que près de cette houle dorée, je ne risque pas de me perdre. Une lumière particulière m’enrobe.

Il y a quelque chose de l’indicible. Légèreté ou insouciance, foisonnement ou richesse, tout est là qui dodeline. Une halte où laisser l’esprit flotter.

lundi 5 septembre 2022

Viatique/ 62

 


Recueille la lumière qui tremble encore un peu à la venue du soir. Du bout des doigts caresse les épis qui se tendent comme des questions. Ne cherche pas les réponses.

Revêts tes pensées de ce pan doré. Cette lumière qui traverse la terre laisse trace en toi. Une faille se fait jour.

Laisse s’élever dans le labyrinthe de l’esprit les visions qui naissent. Sur les lèvres le bégaiement de mots qui se dérobent. Le mot de passe s’est caché là.

samedi 20 août 2022

Viatique/ 61

 


Ce serait comme un miroir. Où la ressemblance avec nos aïeux commence à se faire jour. Le temps fait son œuvre de geignement.

Chercher à l’intérieur ce qui peut encore être sauvé. Saisir le mot de passe, le sésame des pensées. S’éloigner des parois sombres.

Aller au plus profond de son corps. Au seuil de son jardin où fleurissent les pleurs. Cueillir la lumière des larmes.

 

vendredi 5 août 2022

Viatique/ 60

 


Ne plus se dérober et laisser se dévoiler tout ce qui affleure ici ou là. Le lumineux comme le sombre. La flamme comme la cendre.

Tous ces souvenirs depuis l’enfance, toutes ces pensées sauvages ou ces idées saugrenues, tout cela compressé au fond de soi. Tout simplement leur entr’ouvrir la porte. L’ivresse survenue au cristal révélé.

Des images, des songes, des craintes, des évidences. Abriter, même ce qui se dérobe, dans le creux du poème. Et dévisager l’ombre de sa silhouette.

vendredi 22 juillet 2022

Viatique/ 59

 


Un coin de cerveau détaché dans le jour que l’on étire jusqu’aux extrêmes du possible. Vouloir fendre à coup de hache pour donner de l’air. Écouter les sons qui s’échappent.

Quels oiseaux pourraient bien chanter ? Quels songes se détendre ? Quelles pensées se rassembler ou se diffracter?

Ce chant qui monterait d’en bas se risquerait à peu de choses. Un petit bout de dentelle à effilocher pour traverser les heures. Une clarté d’encre.



lundi 4 juillet 2022

Viatique/ 58

 



Faire le point, même si l’on frôle l’impossible, sur ce qui requiert ou ce qui importe. Il n’y a que des sensations, des petites touches, des notes par-ci par-là qui se déchiffrent. Quelques lueurs au sein des ombres.

Dans l’étoffe du monde tissée avec tous les accrocs que l’on connaît, les déchirures et les brûlures, comment se retrouver… Faire appel aux anges de Rilke pour ressentir le dépassement de soi. Et s’enduire les lèvres du rouge de la parole poétique.

Savoir que l’on divague sur des chemins d’erre. Noter ici les traces de ce qui nous échappe. Et puiser l’espérance dans cet insaisissable comme dans la sobriété d’un chant d’oiseau.

lundi 20 juin 2022

Viatique/ 57

 


Près de moi les premiers coquelicots de l’année. Ils semblent toujours me saisir au détour d’un virage et se présenter comme une apparition. Et ces mots, à chaque fois sur les lèvres oh des coquelicots…

La pensée se fige alors et le regard travaille jusqu’à l’ombre. Lieux et temps s’emmêlent, les images s’immergent dans un temps incertain. Un aller dans le passé, les yeux dans le présent.

Une joie simple, de celles qui sont apaisement, où l’on s’égare volontiers. Hissée sur cet envol du jour, on cherche à garder souffle. Et s’abreuver à cette vaste présence .

 

lundi 6 juin 2022

Viatique/ 56

 


Le trop plein de pensées serrées entre les mailles du cerveau, dont on voudrait alléger le poids. Et l’invisible perdu au sein de ce lacis. Vouloir aller à sa rencontre.

Où peut-être se trouve la lumière égale, paisible d’une aube. Dans une harmonie rayonnante. Et de ses ombres aussi sans lesquelles elle ne serait pas.

Se tenir à distance juste et suffisante afin de garder un équilibre. Ne rien brusquer. Espérer.

jeudi 26 mai 2022

Viatique/ 55

 


Conserver l’insaisissable comme une pierre précieuse, le don d’un seuil où se tenir. Des images se forment et se déforment. Des pensées grandissent puis s’éparpillent et s’oublient.

La lumière semble venir de l’eau qui déploie ses arabesques. Bouches muettes d’où l’on espère un oracle singulier. La voix des profondeurs…

On reste dans cette attente d’un signe. Un hymne jailli des eaux, sous un regard divin. Des mots, à coups de hache, extirpés de l’invisible, entre des ombres.

jeudi 12 mai 2022

Viatique/ 54

 


Souvent, trop souvent peut-être, s’immerger, se fondre dans les bleus. Les affectionner et les recevoir comme un don. Et se laisser emporter entre les flux de cette carnation baroque.

De ces eaux souterraines, repêcher des éclats d’allégresse, ces petites notes grisantes qui nous font aborder les rives de l’ivresse. Je retrouve encore, longtemps après la visite de cette exposition, un peu de l’émotion, peut-être même plus intense, après la concrétion du temps. De la photo naît un souvenir reconstruit.

Éclisse de souvenirs sans doute inassouvis. Pour tenter de dire un instant nonchalant, où des pensées un peu tremblantes se sont incarnées.

mercredi 4 mai 2022

Viatique/ 53

 


À regarder cette photo, je me souviens du lieu où elle fut prise, je me souviens de l’errance entre les tableaux exposés, je me souviens du plaisir ressenti. Et du silence accru par le tremblement de chants d’oiseaux. Quant aux songes qui se sont  calcifiés, ils glissent dans le jardin du minuscule.

Une exposition d'œuvres d’artistes, venus d’horizons différents, parsemées dans les allées d'un cloître. Et ce souvenir de bleus qui se parlaient. Et je tournais encore et encore, regardant et voyant ce que seule je voyais.

Saisie éperdument par ces alvéoles de bleu. Par ce dialogue entre la peinture, l’asile où ils se nichent, et le pas lent, infini qu’il suscite. Quelque chose de l’insaisissable entre les tempes.

mardi 26 avril 2022

Viatique / 52

 


En suspens ou dans un recoin d’un monde, comme des voix qui flotteraient encore après leur départ, subsiste une présence de ce qui fut. Le silence des mousses, accrochées aux vestiges de l’arbre, incite au recueillement. Certains lieux ont un visage.

Il ne s’agit pas d’une harmonie ou d’une forme d’équilibre qui régnerait là. Plutôt d’une sorte d’interrogation nécessaire et précieuse. Une interpellation dans le brouillon du temps.

Manière de nous ramener sur les rives de la vie. En rendant le regard plus à vif. Et le désir de vivre plus tendu.

 

lundi 18 avril 2022

Viatique /51

 


On pourrait dire Paysage à la lumière lointaine ou bien D’ombre et de lumière. Qui de l’arrière-plan ou de l’avant-scène est premier dans la perception? Se laisser tanguer, faire un pas de côté et longer les dérives.

S’adosser à cette verticalité, à cette masse de troncs, à ces géants de bois qui rassurent. Écouter les histoires qui s’échangent, les secrets qui se murmurent, les souffles qui se dispersent. Sérénité de l’instant.

Rester encore dans l’ombre et laisser la lumière faire son nid au loin. Tout est en accord, des lointains lumineux au baume des écorces. Ne rien attendre mais tout accueillir dans cet assaut du jour.

 

mardi 12 avril 2022

Viatique/ 50

 


La terre touchée par la lumière se fait miroir. Quelque chose prend forme qu’on écoute s’articuler. L’œil fouille ce qu’il reste d’obscur.

On dirait qu’il y a deux lumières : celle d’en-haut et celle d’en-bas. Et qu’il faille traduire ce qu’elles ont à nous révéler. Au fond de la forêt l’ombre de ce qui ne peut se dire.

Se tenir dans l’instant, celui de l’imperceptible qui s’insinue dans les méandres indistincts des jours qui passent. Une respiration dans ce berceau de sensations au sein des masses d’arbres. Se nourrir des murmures qui s’élèvent.

lundi 4 avril 2022

Viatique /49

 


C’est autre chose, quand on s’arrête face à un arbre déchiqueté, c’est un regard de questions, d’empathie, quelque chose d’un peu sombre. Ce serait presque une tristesse d’enfant qui remonterait de la terre du petit jardin d’enfance. Alors, on reste là un peu recueilli.

Veinées de lumière, dorées des flammes de l’onction d’un soleil réparateur, les esquilles de bois amassées sur le sol respirent encore un peu la vie. Autour d’elles, des mousses, des grumeaux de terre, de l’humus, les ombres de la forêt. De l’effusion d’un sous-sol, on sait si peu.

Dans ce repli du temps, on recueille ces échardes abandonnées, on les considère. Parfums de noblesse, lignes de vie, l’épaisseur cotonneuse du bois, le tissu que le temps a tramé et qui gît sur le sol. Avec des rêves déchiquetés.

 

mardi 22 mars 2022

Viatique/ 48

 


Ailleurs s’écrivent des histoires joyeuses ou merveilleuses. Ici on reste dans l’enclos où se tiennent les pensées d’ombre. Ce qui gît au sol des forêts, sur la mousse et les feuilles mortes.

Presque éternels ces morceaux d’arbres qui n’en sont plus, qui reposent là, silencieux et bavards d’une vie qui s’est achevée. Fantômes d’un avant qui s’absente en douceur. On les regarde comme s’ils avaient une parole à nous confier.

Une confidence peut-être qui serait faite, entre chien et loup, à la merci d’une pause, d’un regard en taille-douce. Quelque chose qui monterait des profondeurs d’abîme. Une clarté qui palpiterait encore.