J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

Affichage des articles dont le libellé est Ricochets. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ricochets. Afficher tous les articles

mardi 28 avril 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 17

 


1/ Cela s’écrit ailleurs qu’entre ces lignes. Cela s’écrit dans un renouveau d’écriture, une manière différente d’aborder les fragments qui s’enchaînent. C’est sans doute plus structuré, avec une ossature qui rassemble ce qui pourrait paraître éparpillé. Ce sont comme les tableaux d’un intérieur qui ouvre un peu ses volets pour laisser filtrer quelques rais de lumière sur les murs qui soutiennent la maison. Cela déploie les voiles autour d’une méditation.

2/ Espérer chaque jour un nouveau seuil à franchir. Pour l’ampleur que cela insufflera dans sa journée, ou la couleur qui irisera alors le regard, ou tout simplement pour la joie de sentir son existence encore en possibilité de s’élargir. Pour le sillage qui se pressent dans un début de quelque chose que l’on ne sait pas. Pour les apparitions de cet invisible qui nous cerne. Pour l’énigme entre ombres et lumières.

3/ Dans un tableau, ce sont les détails qui me sollicitent. La forme d’un nuage, le plissement d’une étoffe, un fil de couleur que l’on suit du regard, les doigts recourbés d’une main, des ocelles sur un plumage, la croûte d’un pain, un repli d’ombre, un reflet sur une vitre, un verre ou une nappe d’eau, l’intimité d’un souffle, un rien qui émerge de l’invisible et chuchote des vocables d'un arrière-pays.

4/ Je me sens parfois comme un ver de bois, appelé aussi vrillette du bois, que l’on ne voit pas, mais qui creuse des galeries dans des meubles et des poutres et laisse tomber un peu de sciure au sol, trace de son activité xylophage. Je me faufile aussi dans la galerie d’un passé qui ressurgit de temps à autre sans prévenir, et cherche à produire mon petit tas de sciure.

5/ On voudrait pouvoir inventer le verbe silencer afin de lui octroyer une conjugaison  et lui donner un champ d’action plus vaste. Et, faisant des recherches sur internet, on s’aperçoit qu’il existe déjà : silencer ou silencier…, mais il n’est guère utilisé de nos jours. Je voudrais pouvoir écrire : je silence le plus souvent et le plus longtemps possible, ou silencer c’est se donner les moyens d’être davantage et enfin soi-même.

6/ L’écriture se vit comme un lieu. Un lieu de solitude, paisible, en retrait du reste du monde. Avec une pellicule de fragilité qui le cerne. D’où peut s’élever une force. Le terreau aussi d’une déstabilisation possible. Un lieu paradoxal empli d’étincelles susceptibles d’un embrasement ou de quelques lueurs dans un quotidien somme toute très banal. Le mot épiphanie est le bienvenu, mais l’étincelle me suffit, je n’ai besoin de rien d’autre.

7/ Il y a plus de vingt livres à la portée de mes mains. J’en ouvre un, lis quelques pages, puis un autre m’appelle qui vient faire écho à la première lecture et ainsi tout au long des heures. Je laisse faire le hasard. Et une phrase me happe : J’écris dans les freins d’Antoine Emaz. Et penser alors aux zones qui s’excluent, sans réflexion véritable, de la liberté de l’écriture.

lundi 20 avril 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 16

 


1/ Des accrocs dans le tissu des vies comme cette voix éraillée au matin qui n’arrive pas à trouver sa tonalité, sa forme, son débit et qui, petit à petit, après quelques essais finit par se poser à la justesse requise. La voix se met à sa place et abandonne cet enrouement qui rend toute parole enrayée et obscure. Le raclement se stabilise, cesse, on peut participer au cours des échanges.

2/ Par l’écheveau des coïncidences qui se tisse sans le savoir et que l’on relie plus tard, lorsque des tranches de vie se sont formées, on redessine le chemin qui a été le nôtre, dont on n’a pas tout maîtrisé, mais sur lequel on a avancé tant bien que mal. On recherche ce qui a permis de ne pas perdre l’équilibre tout au long du parcours : on est resté debout.

3/ Aussitôt acheté, aussitôt commencé, même si d’autres livres attendent depuis longtemps d’être pris entre mes mains. Je veux juste lire quelques pages de ce nouveau Carnet de notes de Pierre Bergounioux. Le dernier s’achevait en 2020 et ce tome concerne les cinq années qui suivent. Les images mentales des lieux évoqués se reforment. L’auteur se lève toujours aussi tôt. J’arrête ma lecture du jour sur la description d’un ciel fuligineux.

4/ Un paysage qui nous touche se déploie, s’étale comme une partition devant soi, avec ses notes graves qui résonnent dans le ventre, ses notes aiguës qui réveillent l’endormi, le rythme des verts qui se croisent et se décroisent, le tempo donné par les troncs des arbres, et le fil narratif de l’oiseau qui traverse imperturbable l’espace d’un dehors dont on vient de faire un dedans en deux ou trois mesures.

5/ Certains sont affairés à faire fructifier leur argent, d’autres à arpenter des contrées inconnues, d’autres à pérorer sur les écrans et à dire des inepties, d’autres encore à fomenter des conflits, et encore d’autres à imposer leur vision du monde et à gommer toute liberté de penser, d’autres et ce sont les mêmes à obtenir tous les pouvoirs de décisions… Mon bonheur : être entre les lignes d’un livre intelligent.

6/ Le double vitrage dont je m’entoure de plus en plus, depuis quelques années, sans doute pour ne pas me perdre dans les échanges qui ne conduisent vers rien qui puisse m’aider à traverser les ombres. Et parfois une mésange frappe à bec insistant contre la vitre de mon isolement afin de me montrer un monde qui continue de virevolter au-dehors. On revient à la vie alors en clignant des yeux.

7/ Qu’en est-il de son propre voyage dans les arcanes de la vie ? De l’appropriation des jours qui s’enchaînent, avec sans savoir pourquoi, une vitesse ressentie qui s’accélère…Quels chemins nouveaux à tenter de débroussailler pour une errance toujours joyeuse, ou dans quelles impasses pouvoir encore se cogner, ou quelles visions nous attendent si nos yeux sont bien en phase… Mais savoir que les ombres du passé ne nous quittent pas...

mardi 14 avril 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 15

 


1/ Approcher l’insaisissable devant des sculptures qui me touchent sans que je puisse appréhender toute leur puissance ou leur dire. L’essentiel est qu’elles m’ont appelée, ont suscité un arrêt suffisamment intense devant elles, et ont donné à la journée qui s’ouvrait un éclairage tout en conservant leur étoffe de secret. On pourrait utiliser aussi le terme d’intériorité. On s’approche d’une œuvre d’art, on se regarde et on pénètre un espace d’étrangeté.

4/ L’ampleur profonde de certains instants où le visible et l’invisible échangent des attentions, se lancent des appels, croisent des visions. Le balancement léger de branches, la chorégraphie de corbeaux freux au sein de gigantesques platanes, le grand silence qui enveloppe et le retour du regard et son appui à la grande étendue du ciel. Et les présences invisibles qui continuent de nous escorter et nous porter où que l’on soit.

5/ Dans un tête à tête avec l’invisible, marcher en tournant dans un cloître, dès le matin à l’ouverture, même si on est déjà venu quelques jours plus tôt, pour s’abreuver au silence et se confronter à l’écriture de la lumière à l’aide de l’appareil photo . En réfléchissant bien c’est là que l’on se sent le mieux, que tout est apaisé, que l’énergie remonte en soi. Je le savais déjà…

6/ Le voyage du retour avec des blancs, comme une absence dans le paysage, l’impression de grandes plages de silence. Écouter France Culture sans savoir quelle émission, et entendre ce rien qui avance dans les lieux perdus, ou croire avoir entendu ces mots et tenter de les retenir pendant toute la fin du trajet juste pour le plaisir de les écrire ici et de pouvoir les retrouver à un autre moment.

7/ Revenir toujours et encore vers des lieux porteurs d’espace, de silence et de solitude. Des lieux à l’écart de ce qui bruit. Des lieux de nature sauvage. Des lieux de ciel et de terre. La solitude se déplace avec soi et se ressent alors la nécessité de lui donner toute sa place. J’ai un tempérament d’ermite qu’il faut bien combattre un peu pour rester à la lisière de ce monde.

lundi 6 avril 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 14

 


1/ Étrange sensation de relire les premiers Ricochets que j’ai écrits, en 2024 donc, afin de les rassembler dans le nouveau site qui est en construction et qui sera très bientôt ouvert à tous. Revisiter une écriture, se reconnaître dans les mots, et voir avec précision telle ou telle allusion à quelque chose de vécu, de ressenti. C’est comme si j’avais réellement existé. Broder quelque chose de soi d’entre les ombres.

2/ C’est venu lentement en fait comme on peut glisser dans le cours d’une journée, comme sur la surface de l’eau. On ramasse un peu de lumière, on la tient sombre entre ses mains, on se souvient de là où tout a commencé, entre le ciel et ses invisibles. Croire assez en soi pour passer outre les déchirures qui se creusent. Faire ensuite le pas qui vient après sans se retourner.

3/ Le passé, comme une pénombre caverneuse, où ruissellent des souvenirs un peu flous sur une litière de mousse. Plus on s’enfonce et plus cela s’éclaircit. Des images s’animent comme sur ces reconstitutions que l’on voit fleurir désormais à partir d’une carte postale ou d’une photo ancienne, les personnages prennent vie, se meuvent dans l’espace et semblent même vouloir dialoguer avec nous. Soudain affleure la sensation de l’intensité des êtres disparus.

4/ Cela commence à s’écrire bien avant de se trouver face au clavier de l’ordinateur, ou de se saisir d’un stylo et d’un carnet d’écriture. Être toujours à l’écoute des bribes de phrases qui naissent sans crier gare, aux aguets de cette source qui s’écoule sans contrainte de l’intérieur de cette terre intime. De ce silence émerge, dans le dialogue avec le pas, tout un verbiage dont on ne savait rien.

5/ Il arrive qu’un paysage à l’improviste de promenades, s’offre à notre rencontre. On reste alors sans voix, sans mots, mais attentif à s’abreuver à tout ce qui vient de s’offrir au regard. Ce qui se diffuse en soi dans ces moments-là reste dans le domaine de l’indicible. C’est comme un transfert de sensations, d’émotions, puis tout se replie en soi comme dans les étoffes plissées sur les tableaux de Vermeer.

6/ Me dire que je vais me remettre à la photographie que j’ai délaissée ces derniers temps. Envie de renouer avec ce chancellement de l’esprit lorsqu’il est happé par une vision, le désir d’une mise en image mais pas seulement. Quelque chose d’autre se produit dont on sait juste que durant ces appels-là, on bascule dans une autre vie, un autre soi, à la rencontre fortuite des silences qui nous cernent.

7/ Un pan de paysage, avec des ifs alignés et pointant leur cime dans ce ciel si bleu de Provence, me sollicite. Je cherche le bon angle pour cadrer avec ciel et clocher, mais sans avoir le vol d’oiseaux qui a traversé. Cette image de ce matin reste en moi sans en connaître la raison. Cela a chiffonné mon regard et des plis restent inscrits sur ma rétine et ma mémoire.

lundi 30 mars 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine13

 


1/ Y aurait-il une ligne de force qui orienterait ma vie, les chemins que j’emprunte, les paysages qui m’appellent, vers des lieux d’intensité, plus particulièrement déserts, c’est à dire emplis de ce silence loin de toute présence, et où il semblerait se trouver une forme de simplicité ? J’ai en mémoire de tels lieux, avec ce besoin toujours neuf de poser à nouveau mon pas, et d’arpenter à nouveau ses lisières.

2/ La distance des années écoulées avec des événements vécus dans l’enfance leur permet de s’enrober d’une autre texture. Il faut déplier l’étoffe du temps qui a recouvert de plis ces instants qui, sans le savoir bien sûr, ont infléchi la forme qui sera donnée à l’être que l’on est devenu. Tenter alors de comprendre, de prendre en compte chaque pli dévoilé et de phraser ce qui vient ainsi vers soi.

3/ Sur la ligne imaginaire, mentale du temps, qui a l’apparence d’une circonférence, j’ai toujours la sensation d’avoir pris du retard et d’être restée bloquée plus en arrière et, consultant le calendrier, je dois effectuer une avance rapide sur la ligne pour me retrouver en conformité avec ce qui est réellement. Là, j’étais encore sur la ligne basse de mon cercle mental, an niveau de février, et je dois remonter !

4/ Errance dans un petit musée, de par sa taille. Juste quelques salles où être confrontée à un surgissement de regards que les œuvres produisent. Le lien qui se tisse ensuite, et qui se poursuit après la visite. Le trouble ou l’inquiétude aussi face aux regards qui nous regardent. Ce qui fait dialogue ou échange imaginé. La liaison étrange entre des mondes, dans un bouleversement intime, sensible et calme du voir.

5/ Face à des tableaux, des sculptures, des œuvres d’art visuelles, c’est la vie intérieure qui est interrogée. Ce sont deux solitudes en regard l’une de l’autre. Et dans ce champ de tensions, cela parle au plus profond ; on se retrouve dans la pensée des émotions, dans cette sensibilité de l’intelligence. On ne sait rien de ce que l’on regarde, mais on ressent, on vibre, et on revient riche d’incertitudes.

6/ Trait d’union : voilà ce mot qui, lu dans un texte, me saute au visage et fait que je stoppe ma lecture du moment pour me pencher sur lui. Non sur le signe typographique qui relie deux mots, mais sur son sens figuré : ce qui relie. Tracer des traits d’union entre des moments de sa vie, malgré la dissymétrie des situations rapprochées, pour signifier des directions de son être.

7/ Ce que j’espère de la lecture de quelques lignes piochées ici ou là dans les livres qui meublent les étagères ou toute surface plane autour de moi, serait de m’y sentir comme sur un chemin que j’explorerais sans aucune logique, aucun savoir, et au fur et à mesure de la progression parvenir à ressentir cette sorte d’ébriété face à un paysage époustouflant comme peut l’être l’errance sur le mont Lozère.

mardi 24 mars 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 12

 


1/ J’imagine que chacun d’entre nous possède un ailleurs dans ses rêves. Pour le rejoindre, il suffit de traverser les zones d’ombres qui le calfeutrent, qui l’isolent et le rendent impénétrable au commun des mortels. On pourrait qualifier ce lieu de haute terre, ou de dernier refuge. Un réel imaginaire où la possibilité d’un voyage intérieur serait envisageable. La langue du silence y serait la plus usuelle. Un lieu de forces intérieures.

2/ Ne pas prendre de place, passer inaperçue, rester à l’arrière-plan. Longtemps j’ai eu cette sensation, et cela perdure encore bien sûr, d’être totalement invisible. Ce pourquoi je n’en finis pas d’écrire, de poser des mots les uns près des autres pour faire et laisser trace, de partager aussi cette identité dans les ateliers d’écriture. Manière de trouver une place, de prendre soin de qui j’essaie d’être, de poursuivre mon devenir.

3/ Une matinée de travail intense où l’écriture prend toute l’énergie, brûle les forces, mais où malgré tout, on parvient au bout de la tâche que l’on s’était fixée même si on sent bien que l’intellect n’en peut plus. Une prise de conscience aussi de constater que l’on ne peut plus travailler comme avant, que les neurones sans doute sont en net diminution, et qu’il va falloir désormais en tenir compte.

4/ Longer des forêts de mélèzes où les teintes de vert percent avec tendresse et timidité la grisaille de cette fin d’hiver. On sent le feuillage prêt à s’épanouir mais on est juste avant, on sent bien qu’il hésite encore, et que dans cet entre-deux, toutes les promesses d’un après sont en bouquets. Brefs instants où l’on ressent de la félicité d’être invité par hasard à cette métamorphose. Un grand merci.

5/ Face aux forces insolites des lieux qui ouvrent un espace dont on n’avait nulle idée et nul besoin, on souhaiterait soudain demeurer, résider là à pouvoir étancher cette soif qui vient de s’éveiller. La lumière perce les obscurités intérieures, repousse loin les ombres dans les recoins de nos silences. On reste dans ce levier de l’éveil*, figé sur ce seuil d’une réalité qui nous ferait devenir statue de pierre.

6/ Le silence devient de plus en plus une nécessité, un mode d’existence sans lequel il ne me serait plus possible de poursuivre le chemin. L’intensité du visible alors quand l’autour de soi est éclairé par le silence. La solitude, celle qui est choisie, s’impose lorsque l’on cherche à décrypter l’informe où l’on est. Et l’on espère que quelque chose survienne dans la transparence de cette avancée, devant la page blanche.

7/ Écoutant les différents épisodes du séminaire de Georges Didi-Huberman Le regard dans les plis, je me sens emportée dans cette lente traversée qui me conduit sur des sentiers philosophiques, psychanalytiques, artistiques que je ne maîtrise pas vraiment. J’avance sans certitude sur mes capacités à comprendre toute la démarche mais il me semble malgré tout que quelque chose se passe et que mon regard sur les œuvres d’art se révèlera autre.

 

*Pierre Cendors : L’invisible dehors



lundi 16 mars 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 11

 


1/ D’étroites béances de sens se faufilent entre les coïncidences qui jaillissent parfois entre les êtres. Une adresse commune à des années d’intervalle, la photo d’un lieu auquel on est en train de penser et sur lequel même on creuse des sillons, pour lui faire dire sans doute plus qu’il ne peut en dire, quelques paroles d’une chanson offertes par hasard et qui se trouvent en écho parfait avec le présent.

2/ Entre l’autre côté et ce versant, je suis. Une harmonie semble s’être mise en place, et conserver un équilibre. Une texture de vie a tissé des pans de couleurs où tout se respecte, où tout a la possibilité de se réaliser. Entre les plis qui relient intériorité et extériorité, l’espace pour les émotions et la mise en mouvement. C’est tout un art de l’existence, cette fragilité à la fine pliure.

3/ Quand on se trouve à l’extrême limite de soi-même, au cœur de cette fatigue mentale que l’on ne peut ni maîtriser ni outrepasser, comme si l’on ne pouvait que rejeter un soi trop pesant, et l’abandonner désormais en dehors, dans un autre monde, où il puisse se régénérer. Ne rien faire d’autre que patienter, regarder l’au-delà de la fenêtre, le hors de soi, attendre la venue d’une vague neuve d’énergie.

4/ Entre la face visible et la face cachée de notre être, tout est lié, tout se tient, tout s’échange. L’écriture plonge sa plume dans les deux univers, à la fois ce qui se dissimule derrière l’épaisseur des buissons, et ce qui prend la lumière chaque jour qui se présente. Les deux mondes s’interpénètrent et se traduisent l’un l’autre dans une forme d’errance, de vagabondage. C’est comme si j’étais un arbre.

5/ La lecture intensive ou prolongée de certains auteurs, autrices plus précisément, laisse sans doute des traces, et cela ne me dérange en rien, dans le processus d’écriture ou de pensées qui s’ensuivent. Du vocabulaire que l’on n’utilisait pas forcément avant s’infiltre, nourrit, et poursuit son chemin, éveillant un prolongement d’état d’esprit ou de nouvelles harmonies qui revivifient la parole. Le silence derrière les mots dont on sait d’où il vient.

6/ Les embryons de projets, quelques notes tracées sur un carnet à la date du jour, le bégaiement de quelques commencements qui n’iront sans doute pas très loin, mais qui ont malgré tout le mérite d’avoir été noté et de trotter dans la tête et se permettre ainsi de se dire en vie. Brefs actes invisibles aux yeux de nos proches, mais qui fomentent en soi une envie d’être plus grand.

7/ Entre l’ombre et la lumière, la question du choix. Clair-obscur de nos vies. Mais incandescence aussi. Là s’insinuent les filaments de l’intuition et des univers peuvent se mettre en espace. C’est là que l’écriture peut faire son miel, après avoir creusé la glaise, fourragé dans les replis, extirpé toutes les solutions acceptables, sans savoir vraiment ce que l’on cherche à dire et même si l’on cherche à dire quelque chose.

mardi 10 mars 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 10

 


1/ Ce que l’on ressent ou on croit ressentir n’a pas toujours la possibilité de se revêtir d’un mot, d’être nommé selon le vocabulaire de tout un chacun. Cela se passe au plus profond de soi. On a beau chercher à se connaître soi-même, nous ne savons pas toujours qui nous sommes et c’est tout le travail d’une vie que de le découvrir. Les mots sont parfois rétifs à se dire.

2/ Avec l’âge, certains souvenirs que l’on imaginait inoubliables nous abandonnent ou s’étiolent comme des peaux sèches, immolés dans les arcanes du temps. Mais certains autres reprennent de la vigueur et, en les auscultant avec un peu plus d’attention, révèlent des facettes qui, jusque là, n’avaient pas été mises en lumière et n’avaient pas encore laissé émerger toute leur puissance, ni délivrer tout leur sens caché que l’on peut découvrir désormais.

3/ On est toujours retenu par un écheveau des souvenirs qui s’approchent de nous sans prévenir et s’accrochent jusqu’à ce que l’on se penche dessus..Une réalité commence à creuser en nous que l’on sent bien, à certains moments, qu’il est utile et peut-être même nécessaire d’aller voir un peu plus loin, se glisser dans les profondeurs, d’écarter quelques plis qui cachent ce qu’il faudrait apercevoir pour comprendre quelque chose de soi. 

4/ J’aime à penser que de creuser l’image d’un souvenir dans ses plus lointains retranchements permettrait d’atteindre quelque chose dans la profondeur et de libérer ce qui continue de bouger tout au fond de soi. L’écriture, ne se satisfaisant pas de l’effleurement, du regard à fleur d’eau permet ce creusement. Se tenir à cette même image mentale et la nourrir de mots sous toutes ses facettes comme un peintre le fait.

5/Traversant les blogs ou sites d’écriture régulièrement où je sais trouver de quoi me rassasier, ressentir cette circulation de mots entre tous, des phrases se détachent que l’on avait déjà notées pour soi : chez Anh Mat J’ai de l’affection pour chaque brin d’herbe qui force le bitume, citation que je retrouve avec plaisir chez Karl Dubost quelques jours plus tard. Entre Saïgon, ToKyo et Saint-Etienne des trajets de mots.

6/ Face au spectacle de Pietragalla avec Barbara, je suis envahie d’une émotion intense et dont il y a si longtemps que je ne l’avais éprouvée. Je pourrais nommer cela poésie où danse, chanson, musique, voix, lumière se mêlent sur scène. Un univers est ouvert comme la poésie le permet, s’insinuant en nous, bouleversant de part en part, laissant libre cours à nos émotions, remuant en soi ce qui le peut.

7/ Comme une petite graine échouée sur un sol favorable, il est des personnages de romans ou vus dans des tableaux qui continuent de vous hanter et prendre racine dans notre mémoire, sans pour autant nous indiquer ce qu’il faut penser d’eux, mais plutôt ils restent là comme des interrogations piquées dans la chair à se rappeler à nous de temps à autre : ils semblent dire n’oublie pas la question.

lundi 2 mars 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 9

 


1/ À peine perceptible, l’arrivée du printemps. Ou peut-être en ai-je tellement envie que je la perçois à travers de minces petits riens. Des lueurs clignotent, des rayons de lumière se font plus intenses, des branches se parsèment de boutons de fleurs, des chants d’oiseaux s’intensifient, les pans de murs autour de moi s’éclairent, la chaleur du soleil se ressent, des signes auxquels je m’accroche. Je suis prête pour un vrai printemps.

2/ De l’aube jusqu’à la nuit, entre les tranches d’un livre, savoir trouver refuge. Et oubli. D’entre les choses du monde qui tourne de travers, s’extraire et s’amarrer à des mots qui mènent loin de tout. Se laisser baigner de la lumière d’un autre ciel. Comme lorsque, enfant, assise sous la table de la cuisine, bien protégée, on s’exilait dans les aventures du Club des cinq, jusqu’à devenir l’un d’entre eux.

3/ Ce qui se laisse entendre dans la langue, ce que chacun croit entendre ou lire lorsqu’il se trouve dans le champ de la langue, et que l’esprit part dans une dérive où l’entraînent les mots, et que les idées trop vite recouvrent d’une chape et les étouffent, les coupant de leurs racines et donc de leur signification première : de la difficulté de se comprendre et de comprendre le monde.

4/ Chacun sinue dans son propre espace, un monde où il est nécessaire d’avoir le sésame ou savoir tout au moins déchiffrer les codes pour y pénétrer et pouvoir comprendre la langue que l’on y parle. D’espace en espace il y a une forme de dérive en étranges arcanes ; on se tient alors dans un entre-deux d’où observer , sans pouvoir faire le pas définitif et rester dans son chez-soi.

5/ Des barricades dressées autour de soi pour se donner l’impression d’une stabilité, d’une assise sans inquiétude. Mais il y a des ondes de déplacement dans le dedans comme dans les dehors et l’équilibre est une notion empreinte de fragilité et difficilement pérenne. L’écriture est vue alors comme une corde qui se déroule dans la marge où les doigts tentent de s’agripper. Ce qui s’écrit là donne alors tout le sens.

6/. Le cerveau toujours en ébullition. Les idées jaillissent, s’élèvent et s’évaporent aussi vite. Ralentir. Baisser un peu le feu sous cette casserole et laisser mijoter les idées avec plus de lenteur. Se donner le temps de faire dorer tout cela. Et prendre les mets avec parcimonie, goûter ce qui vient de mûrir et de prendre une couleur désirable. Cultiver une certaine exigence de la forme pour être.en accord avec soi.

7/ Faisant chaque jour la liste des chose à faire, j’accumule des monceaux de papiers que je jette à la fin du mois. Je constate que j’ai cherché tout au long des jours à bien cadrer ce que je souhaitais réaliser afin de maîtriser au mieux le temps, et tenter de ne rien oublier : des conférences à écouter, des ateliers d’écriture à préparer, des projets d’écriture, en respectant une hiérarchie.

mardi 24 février 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 8

 


1/ Comme si j’arrachais de mauvaises herbes pour laisser s’épanouir quelques fleurs dissimulées, recouvertes d’un voile d’ombres, c’est ainsi que je cherche à écrire. Dans la touffeur des jours qui passent sans s’arrêter, se tenir devant la page à recouvrir de lettres puis de mots, est le moyen que j’ai pour ralentir tout cela, ou tout au moins donner à des moments de vie ce léger surcroît dont il est nécessaire.

2/ Quelle traçabilité de nos vies sinon par les mots lâchés sur la page ? On ne sait pas toujours d’où ils viennent, et pourquoi ils se présentent à nous à l’instant T. Mais ils sont là et on les accueille comme on le peut. Avec curiosité, on émet quelque doute sur leur pertinence, mais, malgré tout, on tente d’en faire quelque chose qui tienne un peu l’équilibre devant notre regard.

3/ On pose souvent un regard oblique sur ce que l’on vit, traverse dans une journée par exemple.On ne voit que les ombres portées de ce que l’on a dit, ou fait, ou au contraire, ce qui n’a pas été dit ou fait. Perché sur des métaphores, on examine le monde du coin de l’œil. Sans doute c’est une façon, comme une autre, pour soi de se protéger, mettre en sécurité.

4/ Ce sont par des envers et des endroits que l’on continue d’avancer. Dans la vie, dans les relations avec ceux qui nous importent, dans ce qu’on cherche à écrire et qui nous tient à cœur ou aux tripes. On se tient derrière les traits obliques des jours qui nous contiennent et qui font que la marche, même déséquilibrée, se poursuit, nourrie de ce qui autour de nous éclaire le chemin.

5/ Une image vous tombe dessus, vous happe dans un musée ou simplement en tournant les pages d’un livre d’art. On feuillète. On s’arrête. On regarde. On se laisse regarder. Un détail nous trouble et on se met à le fixer comme si, là dans ce détail, un message nous était destiné, et patientait depuis des siècles afin que nous puissions le découvrir : petit triangle rouge entre pans de bleu.

6/ Entre l’inconnu et le mystère, laissons un peu de flou se répandre, comme lorsque l’on cherche à faire de la traduction d’une langue à l’autre, et que l’on ressent ou pressent ce qui est dit sans parvenir à dénicher les mots justes pour le dire. On se retient dans la charnière de l’ignorance, dans l’attente que le véhicule du sens se mette dans un mouvement pour nous libérer ses possibles.

7/ Chaque fragment qui s’écrit ici, c’est comme se tenir à un carrefour où hésiter entre plusieurs chemins, se demander lequel emprunter pour trouver ce que l’on ne sait pas que l’on est en train de chercher. L’embranchement où tout est possible : poursuivre tout droit, bifurquer à gauche ou à droite, rebrousser chemin ou simplement se poser là et ne rien faire d’autre que fixer les touffes éparses de lichen.

(L'image est celle d'une reproduction de l'Annonciation de Palerme d'Antonello da Messina )

lundi 16 février 2026

Ricochets/ Année 3 / Semaine 7

 


1/ Quand tous les côtés de soi, toutes les facettes de ce qui nous constitue se mettent à murmurer en même temps, puis parler, et appeler un peu plus fort et qu’il faut tenter d’entendre toutes les voix, de donner à chacune sa raison d’être, sa place juste. Entre le cœur et la raison, cela remue. Il faut juste trouver le bon équilibre et tenir les deux axes entre les mains.

2/ Oui, chaque jour pourrait commencer ainsi, d’une manière paisible et dans une lenteur telle que s’étireraient les heures de la matinée pendant un temps deux fois plus long que les heures de l’après-midi, où le temps de la pensée et de l’écriture serait donc plus long et plus intense aussi, de façon à pouvoir épouser les contours de tout ce qui importe vraiment, et permet de trouver un juste équilibre.

3/ Ce qui va éclore, et dont on n’a nulle idée, ce qui germine en nous, ce qui s’est ramifié depuis la toute petite enfance et va continuer à proliférer, tout cela me remplit de curiosité, d’intérêt. Reparcourir les chemins de sa vie, alors que l’on n’est pas si loin que ça de la fin, et rester curieuse des rencontres, des lectures à faire et ce qui pourrait bien encore s’écrire.

4/ Quand les ombres qui nous recouvrent laissent un peu de lumière se mêler à elles, des clairières trouvent à creuser leur place, semblables à ces aires où l’on arrive après une longue errance en forêt, et que, soudain, on a la sensation que l’on a marché sans savoir pourquoi, sans savoir où nos pas nous portaient, peut-être même nous guidaient, mais que, finalement, c’est bien là que l’on souhaitait arriver.

5/ On existe lorsque l’on est chez soi, dans son intérieur. On existe lorsque l’on est dehors, dans cet extérieur mouvant. Est-on la même personne ? Physiquement probablement à quelque chose près – on porte peut-être davantage attention à son apparence. Mais mentalement, il y a sans doute quelque chose qui se modifie ; le regard se doit d’englober des clairs et des obscurs dont il faut bien prendre note et soin.

6/ S’emparer d’un mot attrapé au vol dans une lecture ; il trônait seul sur une page comme titre de chapitre, excepté que tous les autres chapitres n’avaient pas de titre. Non, juste un mot écrit en lettres capitales au centre de la page de gauche, et sur la page opposée le récit reprenait son flux. D’où, bien sûr, l’arrêt mental sur ce mot sans article, un éclat : LUMINESCENCE

7/ La fine paroi du mot choisir tremble sous les assauts de tout ce qui nous cerne et de ceux qui nous entourent. La sensation de se sentir libre de nos choix est fragile, et presque irréelle. Mais il faut tenir continuer à croire en cette capacité de notre libre choix, même dans cette semi obscurité, il y a toujours des ombres et de la lumière, où nous continuons de progresser.




mardi 10 février 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 6

 


1/ On vient tous de ce loin dont on ne sait plus rien, ces territoires d’ancêtres qui ont façonné nos chairs, des lieux où ils ont habité, des maisons qui les ont abrités. On a tout cela sous les épaules. Ces ombres que l’on emporte avec soi et qui guident encore nos pas et nos décisions dans les choix qui doivent se faire. Nous vivons et avançons dans des jours d’échos.

2/ Avec le stylo quatre couleurs à mines rétractables, se retrouver comme l’enfant d’un jadis, à jouer avec les différentes teintes, sans faire claquer le changement de billes, et gribouiller des formes sur un carnet, des créneaux et des boucles voluptueuses, puis tenter l’ébauche d’un dessin et finir, après des tentatives avortées, à tracer les lettres de l’alphabet en majuscules, puis des lettres de l’hébreu, en accentuant les courbes et arabesques.

3/ Les contours d’images que l’on tente de retenir, de contenir en soi au sortir d’un songe ont une étrange façon de s’absenter, comme si ces images s’évaporaient en une fumée blanche ou grise mais jamais noire, et à s’élever au-dessus de soi. Et l’on tendrait presque les mains vers elles dans un espoir de s’en saisir, mais un espoir perdu d’avance. Pensées soudain délitées, disparues, oubliées à jamais malgré soi.

4/ De temps à autre, une trouée dans un livre où défilent des paysages, des vies, des échanges de paroles, sans avoir la nécessité de prononcer une parole. Ainsi, devant cette fenêtre ouverte, j’ai la sensation de faire partie de la vie des gens, et même de me sentir vivre à mon tour, de ressentir de l’air frais caressant mon visage. Indécise, les jambes fatiguées d’avoir autant arpenté ces étranges chemins.

5/ Dans l’arrière-plan de ce qui s’écrit avec et malgré soi, se diffractent des images dont rien n’apparaît, n'est mentionné dans le fragment qui se déploie sur la page. Ce peut être un tableau, un paysage, une lumière dispersée, un passage lu et qui interpelle l’esprit. Plus tard, à la relecture de ce que l’on a écrit, ressuscite parfois l’instant d’avant ses propres mots, cette sensation d’apparition qui a forcé l’écriture.

6/ Comme lentement le sable de l’estran laisse s’évaporer l’eau que la mer avait déposée dans son mouvement de ressac, des pensées se nouent et s’articulent au gré de la marche le long du fleuve. Elles portent au loin dans le temps des envies soudaines qui viennent de prendre forme, se transforment assez vite en un projet dont on aurait presque hâte de le réaliser tant il semble indispensable et impérieux.

7 Là-bas de l’autre côté, en direction du nord et de ces routes qui pourraient conduire vers un ailleurs, celui d’une respiration possible, se répand l’épaisseur d’un brouillard dont on aimerait fendre l’enveloppe, détacher ces rubans de brume un à un pour laisser venir à la lumière, ce qui se tient caché dessous et ne peut respirer. Déchirer ce brouillard et le silence, et laisser vivre ce qui pourrait enfin advenir.

lundi 2 février 2026

Ricochets/ année 3/ Semaine 5

 


1/ Entre vigilance et patience peuvent s’infiltrer les lames du silence. Étoffe sauvage tapissée de soi. En une polychromie revendiquée, et le mordant et croquant de soi. Vaste et calme espace à cultiver comme un jardin de non savoir, un jardin de pauvre. Dans la solitude on se trouve confronté à une autre échelle du temps et de l’espace. L’œil se retrouve face aux détails de la cartographie d’un paysage intérieur.

2/ Voir et entendre ce qui s’écrit tout autour de soi : un paysage, une rencontre, un geste, une lumière, l’éphémère des jours. Invisible ou indicible, mais présent. Chaque matin, se sentir ignorant devant ce qui va advenir, nous tenant aux aguets des interstices du jour, ainsi peut-être verrons-nous ce qui n’est que ce rien, que personne ne voit, mais qui va donner la couleur de la journée, une présence aiguë.

3/ La lecture est une manière de traverser la journée ou la nuit, enfin d’arpenter, à pages tournées, les avenues de la vie. Une avancée masquée entre les choses qui se présentent à nous et que l’on n ’a pas toujours la faculté d’analyser. On n’est plus seul, et le regard porté sur le quotidien se colore d’une perception différente, et sans doute une certaine confiance peut renaître face à soi.

4/ On la voit. On la regarde avec attention pendant plusieurs secondes. Elle attire le regard de par sa légèreté, sa transparence, sa fragilité, le songe où elle permet de nous égarer. Elle nous fait nous tenir à l’écoute de sa vie, si éphémère soit-elle, à cette douceur ou tendresse, on ne saurait vraiment dire. Les paupières se ferment un quart de seconde et la voilà disparue. C’était une goutte d’eau.

5/ Ce qui est nécessaire filtre entre les branches des arbres touffus ou des buissons enracinés dans un jardin rendu à sa nature sauvage. La vie pour ce qu’elle est. Avec l’invisible comme miroir. Et le bruissement de l’air qui circule sans se cogner. Les oiseaux le savent bien. C’est leur lieu de passage. C’est mon lieu de regard, de pensée, d’apaisement, d’avancée , où se tissent les liens de vie.

6/ Comme une annonciation, on ressent qu’il y a en soi quelque chose de plus grand que soi dont on n’est pas le maître. Cela est et l’on n’y peut rien. Il est nécessaire de cohabiter. De temps à autre cette présence se fait sentir, mais la plupart du temps elle nous laisse totalement libre et dans une sensation de grande solitude.On ne sait pas ce qu’il faut vraiment en faire.

7/ Chercher à sauver des photos ratées. Trafiquer les ombres et les lumières.En faire une fantaisie romantique. Y retrouver un monde perdu, celui de l’enfance. Un paysage d’irréel où pouvoir rêver encore. Comme sur une carte de géographie. Comme entre les bras d’un lichen. Méditation devant un invisible dont on cherche à forcer les secrets, à entrer entre ses lignes, à revivifier une intensité qui tend à se perdre, à disparaître.

lundi 26 janvier 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 4

 


1/ De l’attention portée au fugace, à ce qui n’a pas de forme ni de mot pour le décrire. Ces états de fragilité discrète où on sent que quelque chose advient, une pensée, une odeur, une sorte de réalité dont on ne pourrait parler mais qui occupe l’esprit d’une manière étrange et si rapide que l’on n’est pas sûr que ce soit vraiment arrivé, cela se glisse dans un songe .

2/ J’entends cet étrange cri d’un oiseau perché en haut d’un grand sapin. Je le cherche du regard et le vois s’envoler dans l’obliquité d’un vol noir. Nudité de son cri, presque de l’arrogance, ou tout au moins une assurance nette et sans compromis. Je ne saurai rien du sens profond, il y en a sûrement un sinon à quoi bon, je sais juste qu’il m’a donné le déclic pour écrire

3/ Le grain de la voix intérieure, ce raclement entre les tempes qui se faufile entre hésitation et sinuosité pour parvenir à ses fins, qui nous met en alerte : on le saisit parfois avec effort quand l’envie de le mettre en mots écrits nous taraude. Lâcher les rênes de l’écriture de ce monde intérieur, ce rien qui nous constitue tout autant que la chair qui nous recouvre, enfin, ce tout.

4/ Avoir la sensation que se tenir devant le clavier de l’ordinateur, dans la posture de celle qui va écrire, qui a quelque chose d’important à faire donc, va permettre à la notion de temps d’être habitée réellement, dans une densité pleine de promesses. Comme si les minutes (heures…) passées ici étaient ainsi plus profondes, plus intenses. Mais c’est tout simplement que je me demande ce que je pourrais faire d’autre.

5/ De nombreux livres autour de moi, posés sur le bureau, sont en possibilité de lecture. L’un ou l’autre s’ouvre, l’un et l’autre parfois aussi dans un même moment, et les textes prennent plaisir à se mêler, à se laisser appréhender d’une manière différente. Un dialogue ou des pensées se détachent et créent dans l’esprit une autre orientation, un réseau avec d’autres constellations, une matière à penser un peu plus loin.

6/ Hier soir au théâtre pour voir Les femmes savantes. La mise en scène, les acteurs, la langue de Molière, les costumes, les décors faits de bibliothèques mobiles recadrant la taille des espaces où se joue la pièce, tout cela m’a séduite. Et que dire lorsque le rideau noir se déroule avec lenteur et retombe au sol, ce que je n’ai plus vu depuis si longtemps au théâtre : pur bonheur.

7/ À chaque aujourd’hui qui s’extrait des limbes, se poser la question de savoir ce que l’on rendra réellement vivant en soi. Ce qui va pouvoir se forger dans ces instants donnés où, à la fois dans l’extériorité, où se confronter, mais aussi dans l’intime de ce qui nous dessine et forge, est prêt à infuser. Plus l’avancée dans la vie se fait grande, plus le désir de sa densité s’impose.

mardi 20 janvier 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 3

 


1/ Dans l’avent des métamorphoses des corps, ressentir les prémisses de ce qui est en train d’advenir n’est pas chose aisée. On voudrait être averti des mutations qui sont en jeu mais on ne sait pas toujours en lire les traces annonciatrices. Pas d’ange aux grandes ailes pour nous tenir au courant de ce qui s’amorce entre les os et la chair, entre le corps et l’esprit, entre soi et soi.

2/ En l’espace d’un instant. Dans l’immobilité de l’instant. Dans ce monde brumeux qui surgit de nulle part. Se sentir perdue, smarrita. Entre deux réalités, désorientée. Emprise dans les fils d’une araignée. Est-ce cela qui pourrait faire émerger les mots de l’écriture...Ce sentiment de n’être ni là, ni ailleurs, mais smarrita. À chercher sans doute un passage dans la toile, un chemin d’entre les chemins, un avant où aller sans repères.

3/ Je ne sais pas à l’avance ce que je vais écrire, ce qui va s’écrire, les lettres du clavier d’ordinateur qui vont danser sous la pression des doigts, les mots et les phrases qui vont se former et prendre une forme de vie et d’envol. Écrire est un des rares moments où l’instant m’enveloppe, où je ressens la temporalité de l’instant, sa chair, avec une sensation erronée de sa durée.

4/ Des photos aléatoires se déroulent sur l’écran d’ordinateur. Ce sont toutes des photos que j’ai réalisées mais parfois dans un temps si lointain, et toutes emmêlées, que ces visions sont déroutantes, presque déstabilisantes. Elles défilent et je ne sais plus qui je suis ni où je suis. Je me ressens dans un temps indéfini, dans des fragments de ma vie qui n’ont plus d’existence, dont je ne sais plus rien.

5/ Intermittences de soi. Et donc aussi celles de l’écriture. Tout est relié. Les mots, les phrases s’adjoignent par des chemins autres, prennent des voies de traverse, se perdent dans des impasses où l’on peut rester immobile un certain temps, comme hors de ce monde et dont il est difficile de revenir, de se confronter à nouveau avec un réel où des béances se sont formées et reprendre alors un visage.

6/ La nécessité d’aller acheter des fleurs, un bouquet de petits œillets rouges et blancs serait indispensable là dans l’instant, pour apaiser les yeux et porter plus loin le regard, pour continuer à avancer dans le jour. Andrea Bocelli accompagne depuis dix-huit ans et on l’écoute toujours avec l’émotion intacte. Le temps d’absence n’a pas érodé les pensées de gratitude que je tourne vers celle qui me manquera encore et encore.

7/ Lorsque j’étais plus jeune, disons adolescente, j’avais la ferme conviction que tous les nœuds du monde allaient se défaire, qu’il n’était plus possible que des guerres et des massacres pourraient encore se produire, puisque, après la fin de la deuxième guerre mondiale et l’horreur qui avait été à son comble, tout serait autre. De tels mondes se perpétuent et je me demande ce que peuvent des pensées telles que celles-ci ...

lundi 12 janvier 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 2

 


1/ À tâtons, entre les mots qui passent, s’incrustent et s’amalgament dans une texture verbale où l’on patauge, car que faire d’autre...Et l’on troue de blancs, pas toujours de même nature. Certains convoquent le vide, d’autres la pensée, d’autres ce silence si nécessaire à la suite d’autres mots. Il faut prévoir de la place pour que les racines de notre pensée puissent se planter et faire vivre l’écho de l’écho .

2/ C’est comme se retrouver au milieu de rien. Cela ne signifie rien d’autre que de vouloir avancer dans ce rien qui prend toute la place. Aucune lumière ne scintille. Aucun frémissement ou quelconque mouvement de qui que ce soit, de quoi que ce soit. Le rien le plus profond, celui devant lequel on se tient, parce qu’on ne peut pas faire autrement. Et on se tient ferme dans cette résistance.

3/ Les fils de la toile d’araignée accrochés entre le toit et un pilier qui soutient l’auvent ne se donnent à voir que selon le bon vouloir du soleil. Les fils gardent leur invisibilité sur presque la totalité du jour. On est pris dans leur lumière par un regard qui nous raccroche à eux sans que l’on sache que penser de cette vision. Cela se fait ou pas. Sans notre volonté.

4/ Dans le temps retrouvé de petites fiches où se calfeutraient des notes de lecture prises ici ou là en écho à Georges Didi-Huberman. Je les lis et les classe selon leur texture et le champ lexical qui pourraient m’être utile dans un travail qui se balbutie. Colliger ces citations n’a pas été vain, elles peuvent servir de flèches où laisser se diriger l’écriture en mouvement : le ruisseau des mots.

5/ Des langues d’un outre monde s’infiltrent sous ma peau.Je me complais dans leurs marges, à tenter des approches par petites percées. Il faut parfois se mettre à désapprendre pour trouver d’autres voies. Laisser les brumes s’élever de la terre, se tenir en suspension puis se rouler en un tourbillon de gouttelettes et flotter dans une dérive où se perdre avec elles. Planter des racines de mots pour retenir leur souffle.

6/ Vaste et sans frontière, tel est mon esprit ce matin, semblable à ces paysages d’Aubrac ou ceux du causse Méjean que j’affectionne, où tout est offert au regard pour qui prend le temps de sillonner à petits pas. Et point de hordes sauvages, de guerriers armés de sagaies, point de drones meurtriers pour piétiner et détruire. Se poster sur la pointe des pieds, se grandir, et voir encore plus loin.

7/ Les lisières qui nous constituent ont une fragilité à vif. Un rien les effleure et nous voilà troublés, ébranlés de l’intérieur sans pouvoir penser avec sérénité. Un voile de lassitude et de tristesse tapisse l’épiderme et il faut laisser passer le temps nécessaire pour laisser revenir en soi les griffes pour se raccrocher à la terre et la retenir. On recherche un peu de ciel bleu dans une flaque d’eau.

mardi 6 janvier 2026

Ricochets/ Année 3/ Semaine 1

 


1/ Dans cet entre-deux factuel des ans : plus vraiment l’un et pas encore l’autre, en équilibre sur la passerelle des jours qui tangue un peu. Et de l’entre-deux de soi qu’en est-il ? Ça n’est pas très stable non plus. On se dit que ce qui compte c’est d’être en mouvement, de toujours avancer, de se tenir toujours dans ce devenir dont on a la conscience qu’il est le nécessaire.

2/ On raconte, on écrit toujours le même récit : c’est l’histoire d’une femme qui se tient derrière la fenêtre. Elle est à l’intérieur d’une maison et son regard se déporte sur ce qu’elle imagine pouvoir exister à l’extérieur. Depuis des années, elle regarde, elle ne sait que faire cela. Fixer le dehors sans rien espérer d’autre que la venue d’un oiseau, un rouge-gorge qui se poserait là, ce serait bien.

3/ Toutes les versions de soi, de ce que l’on est réellement, s’accumulent au fil des ans. Ce sont tous ces plis sur la peau qui tentent de contenir les différents aspects de ce que l’on a été. Et lorsque les ans s’accumulent, on cherche à comprendre les mutations qui se sont opérées. Et à délivrer ce qui est resté enfoui. De quels silences se revêtir pour poursuivre le chemin ?

4/ Le livre est un jardin de flâneries où des effluves nous recouvrent, où des couleurs se mettent à composer un arc-en-ciel, où des murmures nous percutent, et tout aussi inopinément des mots se mettent à s’articuler sur nos lèvres, des phrases se font écho. Cela est pris dans le courant d’une dérive, on se laisse emporter guidé par un mouvement, un flux qui naît, court un temps et puis meurt.

6/ De l’importance de ces temps d’insomnies qui jaillissent certaines nuits, où des associations d’idées se forment, des projets se mettent à vibrer avec la sensation qu’ils sont possibles, des directions se font jour, des bifurcations nécessaires, des abandons utiles ...Tout paraît clair, se parer d’évidence Au matin, il faut faire face à la discipline que requièrent ces avancées et ces divagations nocturnes et quelques unes ne peuvent passer ce cap.

7/ Quelqu’un parle dans mes rêves de manière à me faire croire que c’est moi qui énonce ces mots. Dans les rêves et dans les pages qui se remplissent sous mes yeux, il y a quelqu’un qui émet des suppositions, développe des idées, énonce des vérités, produit des arguments, prend des décisions dont il faudra bien suivre le cours sinueux ou improbable par la suite. Et c’est ainsi que cela advient.

mardi 30 décembre 2025

Ricochets/ Année 2/ Semaine 52

 


1/ Le temps de l’écriture est un frémissement au bout des doigts. Il s’impose et ne se dirige pas. Il surgit et ne s’arrête que lorsque cela se pose sur la feuille blanche ou sur l’écran d’ordinateur via le clavier. Le temps à ce moment-là n’a plus la même densité, ni la même durée. Ce sont des moments, quand ils se présentent, qui n’ont pas d’équivalents ; ils sont de sensations.

2/ Un puits de lumière ouvert entre les branches d’un arbre du jardin, c’est tout, mais c’est suffisant pour faire naître une impression de plus grand que soi, comme si à l’intérieur de son corps, quelque chose s’était ouvert, avait eu la permission de prendre de l’amplitude, et que plus d’air pouvait pénétrer, et que cela allait induire plus de pensées, plus d’envies, plus de possibilités à vivre en ce jour.

3/ Ce serait comme une fenêtre ouverte sur un autre paysage, un autre temps, un autre moi. Ce serait comme s’engager dans l’intérieur d’une montagne les yeux clos, où le chemin se reconnaît en touchant les parois de pierres, en laissant les odeurs circuler dans les narines, à se laisser emplir de l’espace que l’on tente de traverser, se laisser déborder par ces sensations que l’on a déjà bien connues. Noël.

4/ Derrière la fenêtre, toujours et encore, comme si cela ne finissait jamais de regarder pour voir. Il ne se passe pas grand chose derrière la fenêtre : une mésange qui se pose sur une branche, une branche qui frémit, un buisson qui ondule sous la visite d’un chat, une trace qui s’écrit dans le ciel, l’accroissement de l’herbe, et les songes enfouis qui reposent vifs sous le petit sapin bleu.

5/ Durant le temps d’une insomnie, s’apercevoir que Noël — l’avent, la préparation mentale, la nécessité de chants qui évoquent ce moment, le jour lui-même qui se doit d’être différent de celui de la veille — est le moment privilégié pour laisser une place à l’enfant que l’on a été, lui redonner vitalité et lui manifester que l’on ne l’a pas oublié, que c’est grâce et avec lui que l’on poursuit le chemin.

6/ Certains mots prennent le chemin de la pensée et la colonisent. Pour l’instant c’est le mot devenir qui a pris place en mon esprit . Je l’entends ou le remarque plus souvent que nécessaire et je l’emploie aussi sûrement bien trop souvent. Il a posé ses lettres, sont-elles de noblesse je n’en sais rien, mais il ne cesse d’apparaître, de m’interroger et je tente de lui faire cracher sa force.

7/ Le désir constant, et je l’espère jusqu’au bout de mon souffle, de l’envie d’apprendre des choses nouvelles, de lire et de sortir de cette lecture grandie, autre aussi, par ce qui vient de se mettre à jour en moi. Avec chaque lecture, de celles qui questionnent, qui creusent dans la pensée et dans les idées reçues ou mortes, sentir que l’on est dans une sorte de création de soi perpétuelle.

lundi 22 décembre 2025

Ricochets/ Année 2/ Semaine 51

 


1/ Sans doute est-ce ma phrase préférée de Georges Perec : Vivre, c'est passer d'un espace à l'autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner. La retrouver au hasard des errances numériques* me dit que je ne suis pas la seule à tenter d’éviter de me heurter aux murs qui jalonnent nos vies et d’arriver à progresser entre les différents écueils qui nous guettent au long des existences..

2/ Quand on se tient aux périphéries des mondes qui nous cernent, notre regard n’est balayé que par un vent de froideur. On fixe de loin ce qui remonte jusqu’aux bordures des lieux habités par le commun des mortels et on laisse monter en soi des pensées d’ordre général, vierges de toute densité, de toute profondeur et on ne prononce que des phrases froides sans aucun intérêt. Des phrases droites, sèches.

3/ La mémoire fragmentée du temps où on a appris à lire, et à écrire. J’ai le souvenir de l’apprentissage de l’écriture, et de mes doigts tachés d’encre par la tentative de formation des lettres à la plume trempée dans l’encrier du bureau de l’école, mais je n’ai pas celui de la lecture comme si j’avais toujours su déchiffrer les mots qui s’affichaient devant mes yeux. La lecture c’est ma mère.

4/ Des fragments de langue venue de l’enfance reviennent parfois entre nos lèvres, comme si l’on se mettait à parler dans une langue étrangère qui transiterait quelques instants par le biais de notre corps. De par leur sonorité lointaine les mots ont alors une manière bien à eux de résonner comme s’ils émergeaient d’une grotte sombre et se heurtaient aux parois de pierre. Peut-être même espèrent-ils un écho ou une réponse.

5/ Il y a des jours où les échos de la vie d’avant surgissent avec la sonorité d’un appel lancé au-dessus d’un puits. Un vase que l’on renverse et qui déverse sur le parquet son contenu de cailloux blancs, de petits morceaux, d’écorces rouges, de pommes de pin, d’une fleur blanche en papier : le dernier cadeau offert à quelqu’un qui n’est plus et que l’on conserve depuis bientôt dix-huit ans.

6/ Le début d’un chemin a toujours de la joie en lui. Il est empli d’un bruissement de désir, strié d’une sorte de naïveté que l’on souhaiterait bien conserver tout au long. Laisser ce courant porteur d’envie nous envahir là sur le seuil d’un devenir, irrigué d’imperceptibles pensées qui vont nous soutenir, nous guider dans la marche, nous éviter les écueils probables et nécessaires. Avancer pas à pas sans se soucier.

7/ Image en tête qui s’incruste sans savoir pourquoi d’une pierre plate lancée comme pour faire des ricochets en direction de son passé. Sur quel évènement, quel moment clé de l’avant de soi heurterait-elle et réveillerait ainsi dans les fibres du corps les sensations ressenties alors ? Et de rebond en rebond ferait-elle renaître tous les soi qui nous ont constitués et ont fait ce que nous sommes en ce jour.

* dans le journal de Karl Dubost https://www.la-grange.net/2025/11/21/http-query

mardi 16 décembre 2025

Ricochets/ Année 2/ Semaine 50

 


1/ Un nouveau projet commence à se dessiner. Il nécessite des pensées floues, des notes qui s’écrivent sur de petits bouts de papier, puis se rassemblent dans un carnet, un fichier s’ouvre sur l’ordinateur, des dossiers prennent place, on enregistre le tout consciencieusement. Cela commence à prendre de la place dans la tête, de manière un peu brouillonne, sans savoir où cela va pouvoir mener. Penser que c’est le meilleur moment.

2/ Derrière la fenêtre à l’heure du retour des freux, je fixe le déclin de la lumière et l’immobilité qui s’empare des arbres et buissons, peuple de ce qui cerne la maison et qui pourrait se nommer jardin. D’un côté de la maison tout s’endort, alors que de l’autre au loin la ribambelle de lumières rouges dans un sens et jaunes dans l’autre se déploie, attestant que la vie se poursuit.

3/ On se construit dans un amalgame de sentiments contradictoires ce qui fait que l’on a un rapport un peu complexe vis-à-vis de soi. On a beau avoir accumulé un bon nombre d’années, on tâtonne toujours à comprendre quelque chose dans cette complexité qui nous a façonnés. Sait on un jour qui l’on est vraiment, et à quel moment on parle véritablement de sa propre voix et quel est notre visage ?

4/ Entre les univers où serpenter, se situe un monde parallèle où se terrer. Les écueils sont repoussés dans les angles morts, et l’on peut errer seule comme en un lieu vierge. On s’y tient comme dans un espace d’apprentissage d’enfance où se devine ce qu’il faut faire pour être. On s’y complaît dans une forme d’attente, de suspens patient. Il faut parfois parler à voix haute pour se sentir vivant.

5/ Là où se posait le regard et encore au plus loin de celui-ci, quand enfant on explorait les alentours : les prairies en contrebas, les arbres de la forêt, les collines qui fermaient l’horizon et les lumières qui s’allumaient au crépuscule et qui guidaient les visions. Ce souvenir qui remonte, qui efface les frontières, et qui mêle le dehors et le dedans en un seul mouvement, comme un instant fondateur.

6/ Les histoires qui reviennent du temps de l’enfance, ce sont des histoires traversées de silences. Des chaises en paille alignées devant la maison, nous assis dessus attendant la venue de cette nuit d’été où les étoiles filantes se devaient de traverser ce ciel nocturne et nos esprits, emplis de songes, et prêts à se laisser guider par cette lumière et à formuler des vœux dont on ne sait plus rien.

7/ La vie de chacun d’entre nous vue comme un atlas à étudier, avec ses sommets et ses creux, ses grottes et ses plaines ouvertes au vent, toute une série de mondes dont on a oublié les pierres qui ont permis de le solidifier, peuplés de microcosmes qui ont contribué à construire qui l’on est, à façonner notre chair, en une cartographie pleine de rides dont on a à prendre soin.