J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)
dimanche 8 février 2026
Vertiges
mardi 2 avril 2024
Ricochets/ 13
1/ Qu'est-ce qui est rassemblé dans les livres alignés -- avec une certaine cohérence -- sur les rayonnages de ma bibliothèque? Du papier, des caractères typographiques, des phrases, des auteurs (plus que des autrices même si leur nombre augmente) , des couleurs, des textures, des souvenirs, des rêves en devenir, des images mentales... C'est une rambarde vivante dans mon dos où parfois des livres frémissent, se détachent des autres, et s'avancent.
2/ Dans l'illusion de l'achèvement, on pose un point final, avec plaisir et soulagement, afin de se signifier la fin d'un travail, de se faire comprendre qu'il est temps de passer à autre chose, que d'autres taches attendent, et que là c'est définitivement terminé. Il suffit d'une nuit pour que tout bascule, tout se remette à se mouvoir, tout se désorganise et que l'on se trouve confronté au vertige de l'insaisissable.
3/ En tête des images qui défilent, parfois même des pensées. On ne maîtrise rien. Des visages aussi dans un désordre flou. On voudrait toucher les voix, dialoguer avec les regards, mais tout s'estompe très vite. Il reste une atmosphère, des couleurs, un peu de gris sur les paupières. On essaye de voir entre. Cela va et vient et tout disparaît. On a juste cru voir mais on n'a rien vu.
4/ Malgré l'obscur qui s'étale, des étincelles de vie n'en finissent pas de briller. De petites joies qui alimentent un quotidien qui se ralentit un peu. La prégnance d'un dehors qui n'apaise guère, de par la violence dont il se pare, mais le sourire de l'enfant et la joie de partager de grands moments avec elle, redonne cette énergie que l'on se doit d'avoir. Les oiseaux tourbillonnent encore et toujours .
5/ Entre le visible et le caché, il y a un petit fil à saisir, un interstice ou pousser l'œil, transpercer la noirceur des ombres pour tenter d'appréhender un peu comment le monde se décline dans ses replis, et prendre conscience de l'imperceptible, de la puissance qu'il renferme. On croit voir autour de soi, mais on n'a qu'une si petite vision de ce qu'il faudrait vraiment savoir pour se comporter mieux.
6/ Faire parler les éléments naturels qui nous entourent. Ce buisson devant la fenêtre de mon bureau, dont je n'ai aucune idée du nom, mais qui enfle d'année en année et qui a bien saisi qu'il happait la lumière qui avait la possibilité d'entrer dans ma pièce, se couvre de luminaires floraux, grosses fleurs blanches, serrées les unes contre les autres jusqu'à cacher le feuillage sombre et renvoyer la luminosité nécessaire.
7/ Un article lu, sur l'écran d'ordinateur, sans doute parce que le mot Venise transparaît dans le titre, et me voilà partie à la recherche du livre dont il est question, et par chance la bibliothèque des Beaux-arts le possède. Ce livre évoque un tableau, dont je ne savais rien, même si je l'ai sans doute croisé lors d'un passage dans le musée Correr. Je plonge dans l'ennui des deux vénitiennes.*
*De Edouard Dor autour d'un tableau de Carpaccio
jeudi 12 octobre 2023
Sans ponctuation
Démesurées de blancheur les mains apposées sur la façade rose décrépi dont l’une à l’empan large pousse le mur avec la première phalange de l’index crispée entre force et crainte et l’autre main recroquevillée détache un morceau de mur entre la pulpe des doigts et le pouce semblant lui-même enfoncé dans l’ouverture d’une fenêtre et les bras du même blanc crémeux à moitié immergés s’enfoncent dans les eaux sombres près d’un ponton sans éveiller les barques amarrées dont l’une avec une coque bleue et d’autres plus sombres à peine visibles avec sur l’une d’elle la silhouette d’un homme si petit en regard des sculptures des mains dans le geste de repousser l’eau avec une longue perche pour détacher la gondole si noire de la poupe à la proue et l’eau remue de vaguelettes l’eau du Grand canal sur lequel les façades aux fenêtres trilobées s’enfoncent et où des doigts démesurés endiguent l’inévitable
mardi 28 juin 2022
Venise toute
Peut-être, Venise, ai-je peur de la perdre toute si j’en parle.
Vous ne savez jamais lorsque vous avancez par ce labyrinthe si vous poursuivez un but ou si vous cherchez à fuir, si vous êtes le chasseur ou la proie.
Les perceptions ne sont jamais les mêmes : c’est un mouvement perpétuel d’apparitions et disparitions, d’éclipses, de débordements.
Venise le confrontait à une certitude : il ne pourrait jamais que répéter des mots déjà prononcés.
De ce désir qu’elle fait naître en nous d’y retourner, elle prit le nom de Ventia, Veni etiam : reviens encore.
Il y a d’étroites calli où l’on marche dans l’ombre du silence et du secret.
Le souvenir de Venise laisse dans l’esprit une cendre de lumière.
Benoît Casas " Venise toute" ( Arlea 2022)
jeudi 26 mai 2022
Viatique/ 55
Conserver l’insaisissable comme une pierre précieuse, le don d’un seuil où se tenir. Des images se forment et se déforment. Des pensées grandissent puis s’éparpillent et s’oublient.
La lumière semble venir de l’eau qui déploie ses arabesques. Bouches muettes d’où l’on espère un oracle singulier. La voix des profondeurs…
On reste dans cette attente d’un signe. Un hymne jailli des eaux, sous un regard divin. Des mots, à coups de hache, extirpés de l’invisible, entre des ombres.
jeudi 12 mai 2022
Viatique/ 54
Souvent, trop souvent peut-être, s’immerger, se fondre dans les bleus. Les affectionner et les recevoir comme un don. Et se laisser emporter entre les flux de cette carnation baroque.
De ces eaux souterraines, repêcher des éclats d’allégresse, ces petites notes grisantes qui nous font aborder les rives de l’ivresse. Je retrouve encore, longtemps après la visite de cette exposition, un peu de l’émotion, peut-être même plus intense, après la concrétion du temps. De la photo naît un souvenir reconstruit.
Éclisse de souvenirs sans doute inassouvis. Pour tenter de dire un instant nonchalant, où des pensées un peu tremblantes se sont incarnées.
samedi 20 février 2021
éclats de regard
au seuil d’un songe avant d’être au seuil d’une ville – derrière soi des trains repartent et je reste – je reste prête à être ensorcelée – de minces fuseaux de soleil percent les barrières – toutes ces raies obliques découpent les eaux – d’indécises pensées se faufilent sur la soie chamarrée de l’eau – des morceaux d’elle pourraient flotter là – se laisser happer par un labyrinthe d'eau – l’égarement d’un quotidien sous papier calque – cueillir les clapotis d’un rire – à la recherche d’un nord le regard divague sur la verrière limpide – l'ostinato des cloches face à la force des silences – un plain-chant du vague, du diffus, de l'éphémère – l’écho brouillé des silences sous les soupirs – le battement d’ailes d’une mouette là sous l’ogive d’une fenêtre – éclats des clapotis d’eau – les contours flous de ce qui veut se dire – un brin d’herbe dans une fissure du pavé – une glycine qui ruisselle sur un parapet – une mélodie sur un piano qui s’échappe d’une fenêtre – l’œil rejoint la façade pour trouver la source – le ciel ébréché de tout petits nuages – abandonner le parvis de la gare – flux de la foule à traverser – s’engouffrer dans une ruelle déserte – un chat de jais glisse le long d’un mur – se laisser prendre dans les filets d’ocre – les écaillures de brique où s’accroche la lumière – bistre sépia ocre safran saumon lie de vin gris – dans les arcanes du pas l'ocre poésie des ruelles – les plaies de crépi qui suintent sur les murs – se tenir devant ces craquelures comme devant un tableau – voir sans chercher à voir – formes informes – taches crispées – gouttes boursouflées – écailles de tortues – creux bosses – traits lignes arabesques – silhouettes enlacées – épluchures de crépi – caresser d’une main lascive ces appâts pour la lumière – les doigts de prudence sur la rugosité du mur – des blocs d’ambre sur le biais d’une façade – les portes bien closes – point d’échappée dans les cours intérieures – le bois des volets craquelés et vieillis – les nervures olive qui se creusent – des rais de lumière coagulés – les regards si brefs des passants croisés à saisir au vol – j’erre seule en quête de l’ocre voie – le regard délavé et paisible – entre les traits d’ombre et les voix de lumière le souffle de l’émotion – peut-être le temps des métamorphoses – ou le temps de rasseoir ma pensée – laisser s’enfuir les faux reflets dans son dos – s’enfoncer dans le labyrinthe – presque prête à perdre pied – paume ouverte pour le sable des mots porté par le vent – au seuil d’un après –
(Texte pour l'atelier Tiers-Livre "Prendre " proposition 8: au bout du monde, mais avec son microscope)
jeudi 10 décembre 2020
Aujourd'hui, de l'eau
Dans l'eau, des reflets : les rides du monde du dehors imbibé de lumière et qui, par le tamis de l'eau, se décompose, semble plus joyeux, devient flamme ou étincelle crépitant en une danse trouée de douces larmes.
Un miroir déformant puis reformant un réel où se baignent des dorures d'air et un flot de rubans sous des tentures de cuivre.
Ces voiles
déroulés sur le sillon de l'eau plissent d'un léger souffle le
défilé des ombres et laissent le voyant sur le bord charnu de la
rive aux portes d'un paradis auquel il n'a aucune envie de se
soustraire.
mercredi 11 avril 2018
Venise
jeudi 25 janvier 2018
Navigations 2
« J’y suis, pour de vrai », pensait Eugen. Difficile de savoir comment il était sorti du commissariat, depuis combien de nuits il n’avait pas dormi, depuis combien de jours il n’avait pas mangé. Pour arriver, vraiment, il lui restait — on parle toujours à vol d’oiseau — 6 846 km. Mais, quand il descendit à Santa Lucia, ces questions lui parurent décidément secondaires. Sans perdre de temps, il suivit le flux de la foule, traversa des ponts, s’égara dans des calli pour essayer de tout voir, s’arrêta à bout de souffle sur le Canal Grande, les yeux écarquillés au passage d’une gondole — cela existait donc, ces drôles de bateaux et cette ville qui a des fleuves à la place des routes, et ces palais aux fenêtres étroites, il y était pour de vrai. Quand il me racontait son arrivée à Venise, j’étais assez perplexe. Cela m’a toujours semblé un peu trop littéraire. « Avec la police internationale qui te traquait, tu faisais le touriste à Venise ? » « Ça m’a donné une sensation de bien-être. »
Marcello Vitali-Rosati Navigations Editions Publie.net
dimanche 2 juillet 2017
Hodie, nuit
jeudi 22 juin 2017
Hodie, désir
jeudi 15 juin 2017
Hodie, fier
mardi 13 juin 2017
Hodie, crayons
jeudi 8 juin 2017
Hodie, rouge coquelicot

mardi 6 juin 2017
Hodie, couleur Venise 2
lundi 5 juin 2017
Hodie, couleur venise
jeudi 28 avril 2016
Chemins de traverse
vendredi 27 novembre 2015
Les bruits de Venise
lundi 13 juillet 2015
extraction 27
extraction et remodelage de notes du 22 avril






