J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

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lundi 10 juin 2019

Hodie, un cadre

Cadrer, c’est trancher. Trancher, c’est choisir*. Hors la ligne du temps, se glisser dans le champ des songes où les rêves en suspens dessinent une cartographie dont personne ne peut dire si elle est fille d’un réel flou ou sœur d’un irréel distinct et lumineux. Alors tu rêves près des ondes et tu vois tressaillir le miroir des eaux où les branches sont noires et les herbes fuyantes et tu les imagines s’enfuir vers un jadis que tu n’es pas sûre d’avoir vraiment connu. Il est alors question de l’incertain que la langue ébréchée des souvenirs voudrait bien réanimer, mais on le sait, on n’est que passeur de quelques ombres. La voix devient sombre et le regard se voile devant cet invisible qui affleure sous le visible. Il ne reste qu’à épeler le paysage intime de l’effacement, avec des mots trempés d’infini et nimbés d’éclairs d’émerveillement. À l’encre de Chine et d’une plume fine s’enfoncer encore plus avant dans les entrailles du palpable, du murmure, des ombres, tenter de sauver de ces effluves sombres quelque étincelle, qui on le sait, vaut bien une flamme. Chemin d’eau, d’herbes et de fleurs, vivant dans l’attente des inaperçus, qui capture le regard, effeuille les pensées sans sève et guide d’une musique vague vers des rives d’harmonie. Choisir l’amorce buissonnière, surgie au détour du chemin, poser les yeux sur l’inutile, laisser l’œil insister, sautiller de fleur en fleur et de pierre en herbe, liant la langue du dedans et la langue de l’air.
* Georges Didi-Huberman

lundi 13 mai 2019

Hodie, songe


Une phrase s’échappe d’un texte l’extraordinaire commence au moment où je m’arrête* et mes yeux, toujours prêts au lapsus oculi lisent: l’extraordinaire commencement où je m’arrête...Alors je m’arrête et espère l’inattendu. Je me pose entre ces mots pour tenter de m’infiltrer dans la partition et de jouer mon propre son sur cette peau sensible. Etre suspendue à cette tentative de liberté, vouloir y inscrire l’espace du songe




laisser les herbes folles s’y épanouir, des voix se rencontrer, des polyphonies se créer, des livres perdus s’écrire, des possibles se mettre à frémir, des lendemains se glisser dans  l’hier, et un demain filtrer sous l’invisible, des fils se nouer, un passé revivre, un futur se dessiner... Faire buissonner tout cela quand, saisie à la gorge par les mots, le réel n’a plus rien d’une réalité, mais est pavé des impossibles. Les ombres fleurissent, les cerisiers étreignent, des flammes de lierre méditent entre les pierres, et derrière la vitre les entrelacs d’eau bleuissent les franges des nuages. Espérer la nuit et sa lumière de cendres, se rêver somnambule entre les arbres , marcher avec des sandales de paille en cherchant une voie s’échappant des sentiers battus, se laisser guider par une sente étroite où se laisser griffer par les ronces , lécher le sang qui perle sur la peau jusqu’au frisson, se dire: je suis plein d’émois, mais quelle aventure! Déclamer un poème des Contemplations où la sereine lueur n’en finit pas d’éclairer le front du rêveur. De simples mots où se lover.
*Maurice Blanchot

mardi 23 avril 2019

Hodie, incertain


secourir ce qui n'est pas visible*. Croiser à nouveau ces quelques mots au hasard des errances d’écran, s’immobiliser comme la toute première fois, peser le juste poids de ce qui réclame de s’égarer dans l’angle mort du jour et s’immerger dans ce buisson d’ eulalies soudain offert comme une ombre entre le réel et le flou qui s’obstine à envelopper. Une brèche semble s’ouvrir sur ce que l’on ne prend pas le temps de voir dans l’entre-deux où l’on s’est recroquevillé. Dans cet incertain, ses cimes et ses ravins, chercher les indices de cet invisible, s’infiltrer et rêver d’un récit, – ne pas être trop gourmand quand même, un fragment suffira – se tissant entre ces ruines. D’un oeil d’azur, traverser les couloirs d’ombres pour se laver d ‘aube, et même si la langue se tait, boire à cet arôme de silence depuis lequel il faut attendre que la parole s’élance. Excaver de cette veine floue les tavelures des voix de résine qui s’accrochent aux tempes, n’en finissant pas de murmurer ce qu’on ne souhaite plus entendre. Alors, d’une patience d’ange, veiller au bord de la phrase, la main prête à se saisir de ces bribes floues qui naissent d’on ne sait où, chiffonner quelques mots, là dans ce repli, derrière la vitre voir ce qui pourrait tenir. Dans ce verger de résurgences, l’œil rivé à ce qu’il croit voir, entre le sombre et l’incertain, d’un candélabre verdoyant tentant de se marier au diapason bleu, tenir l’éblouissement sur la pointe du crayon.
*Pascal Quignard

vendredi 29 mars 2019

Hodie, mur

Par la fenêtre, battements de cœur à tout jamais obturés, gorge rouge tendue vers un ciel de rouille, œil clos quelque part dans la marge d’un quotidien qui ne s’énoncera plus jamais, bec serré sur le chaudron des sons qui ne pourront plus être prononcés, plumes se frottant aux ailes de l’invisible, là où le réel a perdu sa place . Le cadre de l’œil est fixé par cette réalité qui, à quelques jours d’intervalle se reproduit: le rideau de la vie tombé sur le corps de l’oiseau mort. On voudrait, d’un pas de côté, déplacer la ligne des yeux, bouger le cadre, se glisser dans l’interstice de ce qui vit encore, par la langue se saisir de la violence de l’instant où tout se tait et s’effondre, où la tête ne porte que le masque de qui a été et bascule dans l’absence, où se guette une fluence de la respiration en suspens, un retour saccadé, une graphie neuve naissant d’un brouillon secret, extirpé d’un temps qui ne pulse plus, on voudrait bouger ses lèvres pour dire le muet, ce qui n’a pas encore été dit, écrit, ce qui se perd dans le tunnel de l’oubli, faire refleurir des lambeaux de phrases du désormais jadis. Par les nappes de brume, par l’opaque et le flou , par l’impuissance et l’épuisement, par le dernier effort vers l’effacement, par l’infini dédale des chemins dérobés, c’était un rouge-gorge, un poète, passant l’au-delà du mur.
Comme si les mots pouvaient sauver quelque chose*.

*Antoine Emaz


mercredi 6 juin 2018

Hodie, effacement


l'image s'emplit d'ombre, les voix s'estompent et s'enfouissent sous les nappes sombres. risquer la main pour éveiller les frissons du soir, puis se retrancher sur le chemin avec un peu de sable dans les yeux. un coin de lumière s'efface entre les branches , un vol de corbeaux submerge le ciel en vagues lourdes et déchire l’air de leurs cris. de l’herbe montent des murmures d’un monde qu’on ne regarde plus. l’eau plus bas se teinte d’un crépuscule empli de tendresse. on sait le jour qui s’en va et on espère la lente venue des mots pour laver le vide.

mercredi 9 mai 2018

Hodie

carte de l'imaginaire, fruit d'une lumière qui ne dévoile pas l'énigme mais la suscite , en laissant le regard se perdre dans des tons plus dorés, plus chauds où il ferait bon rester à rêver , oublier , aller, venir et changer de sens, plonger dans un au-delà sans aucun doute illusoire, mais riche d’inconnu où le réel s’évanouit, un peu comme on regarde par delà une fenêtre et que l’on semble avoir vue sur l’éternité à laquelle il ne faudrait pas toucher , simplement l’effleurer d’un iris bleu, et juste l'ombre nécessaire pour ne pas savoir plus qu'il ne faudrait

mercredi 2 mai 2018

Hodie, mémoire


On emploie son temps à faire resurgir des traces anciennes, perdues, cachées – sa préhistoire en quelque sorte – des hiéroglyphes de dates refont surface sur des dalles que l'on ne savait plus. On creuse encore un peu afin de retrouver l’illisible, ces récits qu’on nous a racontés et oubliés, et il n’y a plus personne pour nous ouvrir les portes de ces mémoires. Alors on remâche ce peu que l’on a cru apercevoir et l’on dévide un fil , on brode avec tendresse, on ravaude avec des laines de couleur vive pour que ces vies de rien ne soient pas oubliées.

vendredi 20 avril 2018

Hodie, insaisissable



ce qui parle en un coup de paupière, qui fait arrêter le pas, quelque chose qui commence ou qui finit, on ne sait plus, mais qui imprime la pupille, où la paume voudrait simplement reposer. c'est la lumière de ce jour où se noyer - ces langues d'ocre qui feraient vaciller les ombres - se laisser saisir par ces syllabes de sang et sentir sous ses doigts l'envie de l'instant suspendu. sur la photo ne reste que le temps qui a tremblé un instant , un coin de lumière comme une plaie infectée, une minute d’ivresse délivrée contre la peau.

mercredi 4 avril 2018

Hodie, face à face




le regard se fixe et ne peut se détacher de ce qui parle,  interroge ou dissèque l'obstination du jour.  excavé de son antre le visage se fait chair, figé dans cette apparition d'écorce au cœur d’un silence d’un autre temps. peu de mots s’articulent face à ces peintures d’où une vitalité d’arbres se détache par-delà les brumes d’un monde flou et improbable. peu de certitudes mais des abandons à ces lumières qui jaillissent , à ces images qui s’assemblent en vagues chancelantes vers une vie battante en éclats balbutiants. se sentir terre, arbre, sève, vaisseau de mémoire aux blessures obstinées.

samedi 24 mars 2018

Hodie, apparition


aux froissements de l'espace répondent des pensées secrètes où se glissent des carcasses de sons. un silence violacé s’entrelace et baigne de saisissement la carte qui se déplie, se déploie aux abords des paupières. il faut beaucoup de temps pour oser chanter ce qui s’égare ou disparait , laisser le tracé des mots s’emparer de ce vaisseau, voguer au travers de ces nappes de mémoire, et s’abandonner à cette lumière qui tressaille . peu à peu des images se soudent, unissent leurs destins laissant quelques gouttes de souvenirs perler au bout des doigts. et comme elle était venue, l’apparition s’éteint.

mardi 13 mars 2018

Hodie, malaise


le tympan tremble du brouhaha des mondes sifflant et régurgitant toutes les plaintes et les cris étouffés , l'alentour se raye , le vide étend ses parois et résonne dans les recoins de la tête , les doigts enserrent la commotion à l’extrémité des peaux crispées et cherchent à déchirer la taie qui recouvre, continuer à avancer sinon c’est tomber et risquer d’être foulé lapidé ou pelleté entre les lèvres de la terre, ne pas sombrer, laisser fuir ce qui doit, retrouver le souffle fragile aux frontières bleues des lointains, déborder de cet instant acéré, laisser sourdre ce qui doit

mardi 6 mars 2018

Hodie, aube


Serait-ce le paysage de ce qui fut, celui du cœur sans chaînes, celui de l'espace sans voiles quand la lumière emporte, et que le mystère s'abandonne dans des aubes folles? La lance du jour qui pointe pulse son aura entre les regards des pierres et les souffles suspendus, puis d’un coup d’aile délivre les voix des peaux mortes. Echo d’un monde perdu, enfoui dans les cendres, quelque chose s’élève des éboulis de silence, poussière d’un passé aux arêtes coupantes. Faire un pas , enlacer la chimère dans ce vacillement du jour, respirer de ce regard flou au reflet d’une aurore.

samedi 17 février 2018

Hodie instant


un regard se pose , s'attarde , s'attache à ce fil d'herbe et laisse glisser les pensées au fil de l'eau , loin des rafales des jours. des bribes de mots, presque inaudibles, pourraient se poser, mais il n’est pas le temps du va-et-vient entre le dehors et le dedans . laisser crépiter la lumière dans le souffle de la coulée, respirer la douceur chaude de cet éclat saisi, garder vif l’instant où le regard s’est laissé emporté dans cette brèche. de ces sillons de lumière, plus tard, puiser de la langue ce qui se murmure entre les bandes azurées.

samedi 3 février 2018

Hodie, tout déserte



poing de fer sur le paysage. lambeaux de jours emportés. blocs d'échos où se coupent les mots. coulée de lassitude, il n'y a plus d'élan. sur le plateau de terre roulent des vies de pierres. sur les bords le rebond des rêves qui restent sans voix. hodie tout déserte: de la brume indécise au ciel inabordable. en un sursaut, un instant est sauvé, adossé à l’écorce des souvenirs. le silence l’épelle et fendille sa peau. un instant, une motte de terre émiettée entre les mains et s’exhale, fragile, une chair d’aube, semence inespérée d’un souffle à venir, filament de lueur.

samedi 13 janvier 2018

Hodie, arc-en-ciel


sur la toile d'un jour sans importance, un jour qui se serait effrité entre les doigts sans un peu de désir, il y a un bref instant où le regard s'arrête et se perd dans l'étroite lumière d'un jardin suspendu. une virgule irisée qui ponctue le ciel, un fruit éphémère qui s’éprend d’un ciel, s’alanguit avant de s’éteindre sans qu’on ne le sache, un simple dessin d’enfant joyeux. rester droit dans cette accalmie immobile, dans la brièveté de l’instant qui prend toute la place dans ce jour , faire face et rêver à l’accomplissement d’une métamorphose debout contre le vent.

vendredi 24 novembre 2017

Hodie, vertige


les dessins laissés par la lumière , sabliers d'un instant à l'ombre de la sagesse, désireux d'entrer dans le corps de la terre, puis oubliés et enfouis après avoir éclaboussé notre regard. fuite de l'image comme une énigme sans solution ,  paysage fantôme avec cette tache bleue où tout semble renaître, spasme de création , ébauche de poème ou d’un paradis perdu. ce sont ces ombres qui poussent devant nous le silence, on retient son souffle comme on tient la main d’un enfant, et il reste cette langue de sable à crisser entre les doigts, une langue d’étoiles: vertige.

lundi 20 novembre 2017

Hodie, esquisse



gravure en taille-douce d'un éphémère regard, on repousse les ombres dans la marge, on laisse l'eau laver et délaver ce qui surgit en mémoire . carré d'encre où se noient les plis de ce qui était , on laisse la crue du passé se passer, on attend que cela cesse et on reste face à l'esquisse de l'effacement. avec douceur, les mots cherchent à pénétrer ce qui commence, entre noir et blanc, ombre et lumière, ils caressent la surface, se glissent dans les tailles, et se laissent lécher par la pointe du crayon qui, d’une écorchure, grave quelques douces images.

mercredi 15 novembre 2017

Hodie , lumière


la lumière s'arrondit, s'accroche à la rivière, articule une vision dont l'œil n'est pas maître, et semble montrer du doigt l’épaisseur de l’eau : le jour s'allège aux marges de l'étrange.  effleurer l'imaginaire est une manière d'être au monde, de faire mouvoir les ombres, de révéler un univers qui te traverse en un instant suspendu, de sentir le sang bruisser dans ta nuque et l’air trembler entre tes doigts. les mots se cherchent, s’approchent de quelque chose qu’ils ne connaissent pas, hésitent encore à nommer, mais te laissent une odeur d’encre irisant lentement tes songes, à ne pas oublier .

jeudi 19 octobre 2017

Hodie, géographie


dans la rivière une géographie du poème avec des horizontales pour apaiser, des verticales pour l'équilibre, un cran de bleu des taches de rouge abreuvant le vert de l'infini: le canevas d'un simple jour d'automne où tout semble sourire. on se cache mutin derrière le paravent de feuilles pour guetter le héron blanc qui, royal, s'envole au travers de cette lumière rousse, et s’éloigne serein . les yeux lestés d'amples ailes, aller libre au gré du pas sans crainte et sans hâte, avec le souffle profond qui irradie tout le corps, on pourrait marcher sans fin et encore plus loin.

mardi 17 octobre 2017

Hodie, ce qui n'est pas visible



secourir ce qui n'est pas visible , ce qui se garde à l'abri, ce qui échappe ou se retire dans l'obscur, ce qui se tapit dans le silence, ce qui frissonne dans une goutte d'eau, ce qui usé dans la mémoire frémit, ce qui entre les doigts s’est effiloché, ce qui du flou s’arabesque, ce qui a fait chanter le monde avec Orphée. et même si tout ange est terrifiant, comme il est salutaire de percevoir un brin d’éternité à l’aplomb d’un trois fois rien, et d’entendre dans l’au-delà des mots ce qui brille comme en un rai de lumière. 

Pascal Quignard
Rainer Maria Rilke 
(texte écrit après avoir lu un article sur le blog de Nema Revi Sentiers de neige)