J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mercredi 18 mars 2026

Vertu et Rosalinde

 


Ce fut une période très étrange. Cela fusait d’un côté puis d’un autre, c’était comme de petites explosions à distance les unes des autres ou bien soudain regroupées, puis cela s’éteignait très vite et au bout d’un moment, rarement au moment attendu mais plutôt à un moment tout à fait inattendu, ça recommençait. Comme un orage terrible qui s’organise mais prend son temps avant d’éclater. Il fallait se préparer pour l’événement.

Étais-je intimidée ? Non. Je visais cela depuis la sortie de l’enfance, je savais que cela arriverait un jour lointain. Ce que je ne savais pas alors, c’est que tout serait organisé par les morts, les fantômes qui travaillent dur à ce genre de choses. L’attitude à adopter avec eux, c’était bien sûr la déférence, la modestie, presque une sorte de soumission, l’essentiel étant de ne pas perdre de vue que ce qui devait arriver, une sorte de « couronnement de la Vierge » façon Vélasquez, n’avait, d’une certaine manière, pas grande importance. Ce qui était important, c’était cette conscience d’être entourée par les morts, de sentir leur présence, de vivre avec eux, d’essayer d’apprendre d’eux quelque chose. Car ils enseignent. C’est une de leurs fonctions.

Anne Serre " Vertu et Rosalinde" (Mercure de France 2025) 

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