J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mercredi 6 août 2008

instants



Et ainsi je persiste à croire que l'aptitude à recevoir des chocs est ce qui fait de moi un écrivain. J'avancerais en guise d'explication qu'un choc, dans mon cas, est aussitôt suivi du désir de l'expliquer. Je sens que j'ai reçu un coup; mais ce n'est pas, comme je le croyais quand j'étais enfant, un simple coup d'un ennemi caché derrière l'ouate de la vie quotidienne; c'est le témoignage d'une chose réelle au-delà des apparences; et je la rends réelle en la traduisant par des mots. C'est seulement en la traduisant par des mots que je lui donne son entière réalité. Cette entière réalité signifie qu'elle a perdu son pouvoir de me blesser; elle me donne, peut-être parce qu'en agissant ainsi j'efface la souffrance, l'immense plaisir de rassembler les morceaux disjoints. Peut-être est-ce là le plus grand plaisir que je connaisse. C'est le ravissement que j'éprouve lorsqu'il m'arrive en écrivant d'avoir l'impression de découvrir ce qui va ensemble, de bien monter une scène, de faire tenir debout un personnage. A partir de cela j'atteins à ce que j'appellerais une philosophie; en tout cas, c'est une idée que je ne perds jamais de vue, que derrière l'ouate se cache un dessin; que nous - je veux dire tous les êtres humains - y sommes rattachés; que le monde entier est une oeuvre d'art; que nous participons à l'oeuvre d'art. (....) Nous sommes les mots; nous sommes la musique, nous sommes la chose en soi. Et c'est ce que je vois quand je reçois un choc.

Virginia Woolf "Instants de vie"

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Tes photos st vraiment très belles, attention que je ne les préfère aux textes ...
Je t'ai trouvé "lumineuse" ce soir-là
Sur le départ pour 15 jours à Bourdeaux

Laura a dit…

J'ai pris goût à la photo mais le poème garde encore la priorité!
Bon séjour à Bourdeaux.