J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

lundi 22 novembre 2010

Regard 40

Le poids posé sur les épaules alourdit le regard. On aimerait exalter,  chanter, faire l'éloge du cyprès par exemple qui semble imperturbable, dressé vers un ciel de mélancolie. Mais l'araignée funeste a déroulé sa toile, attirant vers la terre et les ronces des yeux plus très sûrs de leur vision. On le sait, on a l'habitude, il faut laisser passer cette houle. Le souffle se fait plus court, la poitrine se resserre, les mots se déchirent de leurs propres tessons: cela fouaille noir. Alors on détourne la tête. On voudrait bien entendre sonner  ces clochers de tourmente qui guidaient les voyageurs égarés sur les pentes ravinées du Lozère, mais  rien n'entrebâille le silence. Alors, on empoigne un livre puis un autre, on feuillette, on ratisse, on émonde jusqu'à sentir   les lambeaux de lumière froide s'éteindre et  les mots qui redressent  pulser à nouveau dans les veines.

4 commentaires:

Ange-gabrielle a dit…

Quel superbe texte pour exprimer la poitrine qui s'oppresse, le souffle court, novembre et ses funestes anniversaires.Parfois, même détourner la tête semble impossible.

Marie, Pierre a dit…

Et ne pas se laisser happer par la houle, ne pas se faire écraser par la boule, jusqu'où avoir la force de penser que ça passera, que ça reviendra, que ça passera encore. Entre le passer et le venir, on ne sait pas toujours lequel des 2 l'emportera. Rester sur les petits chemins de l'humour ? de l'amour ? sourire à la beauté des petites choses ? à l'écriture partagée ? Mes amitiés, mes soeurs, par delà toutes ces choses noires gluantes et indéfinissables qui nous rattrapent toujours.

Estourelle a dit…

Idem
dans la fraternité!
Ô voyageur égaré!

trouvez quelques mots
pour l'hivers
qui feront feu de tout bois!

Laura a dit…

Merci mes soeurs! J'attends l'hiver de pied ferme: j'ai suffisamment de livres pour tenir le coup...et puis vous êtes là...