J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mercredi 12 octobre 2011

Une guerre



Je sais qu’aucun poème n’efface, ne résout, ne rédime la
mort d’un enfant, je sais aussi que Primo Levi récitait des
vers de Dante dans le camp d’extermination.
Je sais qu’aucun poème n’efface, ne résout, ne rédime la
souffrance dans les camps staliniens, je sais aussi que la
fille de Marina Tsvetaeva attendait les lettres de Boris Pasternak.
Je sais tout cela.
Je sais que les poèmes écrits par Robert Desnos n’ont pas
empêché sa mort au camp de Terezin.
Je sais que Maïakovski s’est suicidé
je le sais.

Pourtant, chaque matin je demande : approche-t-on du jour
où le poème résonnera plus fortement que la bombe ? approche-
t-on du jour où le poème donnera davantage espoir
que le monde ? approche-t-on du jour où il y aura davantage
de paroles d’amour dans les coeurs que de cris de
haine dans le monde ? approche-t-on du jour où il y aura
davantage de feux d’artifice dans les livres que de bombes 
dans le ciel ?

Dominique Dussidour "Une guerre"

2 commentaires:

maria-d a dit…

" Le poète est retourné pour de longues années dans le néant du père.
Ne l'appelez pas, vous tous qui l'aimez.
S'il vous semble que l'aile de l'hirondelle n'a plus de miroir sur terre, oubliez ce bonheur.
Celui qui panifiait la souffrance n'est pas visible dans sa léthargie rougeoyante.
Ah ! beauté et vérité fassent que vous soyez présents nombreux aux salves de la délivrance ! "

René Char / Le chant du refus


et pourtant... un jour, un jour viendra...


merci pour ce texte fort qui me touche en plein coeur...

Laura a dit…

Et merci pour René Char!