J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

samedi 17 décembre 2011

Le mouvement de l'écriture

Peut-être pourrait-on dire que ce qui reste à écrire d'un livre se présente dans l'esprit à la manière d'un paysage que la brume cache encore, tout en le laissant pressentir. C'est l'écriture qui va dissiper cette brume. Mais si c'est là son pouvoir principal, elle a aussi quelquefois - plus d'une fois - celui de changer plus ou moins le paysage qu'elle découvre. Je cherche à cerner de plus près l'image vague que j'ai dans l'esprit pour la matérialiser: ici la langue, qui est moyen de communication, se présente aussi comme matière qui a sa texture propre, ses affinités verbales, ses jeux d'échos, la grande richesse de combinaisons indurées que lui vaut le long usage. Elle me propose des formulations: certaines très divergentes de ce que j'envisageais: je les trouve meilleures et je les adopte: je suis ce rail que je ne prévoyais pas et il me mène parfois assez loin de la direction que j'envisageais abstraitement. Comme tout retentit sur tout dans un livre, sa coloration, son climat, son équilibre parfois peuvent s'en trouver changés.

Julien Gracq " Entretiens" ( José Corti)

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