J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

vendredi 29 mai 2015

extraction 20

une manière de reportage avec un peu de nostalgie dans mes pensées sur le campo santa giustina où le perroquet ne parle plus, et je commence une série de photos censées fixer mes souvenirs - vitrines, enseignes, puits, corte, sculptures, silhouettes – tout ce qui dessine ce quartier du castello que j'affectionne et que je tente de faire vivre dans un récit qui s'écrit à l'intérieur, alors je marche à pas mesurés et m'empare de ce qui est, entre dans l'église san zanipolo où me laisse happer par le polyptyque de saint vincent ferrier attribué à giovanni bellini, mais il faudra la documentation livresque pour en goûter toute la richesse, ma vue à ce moment là est très pauvre, s'alimentant par bloc, n'analysant pas, j'aime les polyptyques, les récits qu'ils me donnent à lire dont je n'ai pas toutes les clés , je m'aperçois, écrivant en décalé, que les tombes des doges ne m'ont guère inspirée alors que c'est une véritable galerie d'art funéraire qui s'inscrit dans ce lieu : vingt-cinq sépultures y sont magnifiées devant lesquelles je suis passée sans regard conséquent...puis je m'attarde à la librairie française tout près où j'achète encore deux livres sur venise, me repose dans mon cloître favori de san franceso della vigna avant de déguster quelques cicchetti dans une ruelle déserte, puis je me noie dans de nombreuses photos de reflets avec grille - indispensables pour un reportage dans venise - , file vers san zaccaria où je descends dans la crypte romane, il y a moins d'eau que l'an dernier et l'impression est moins forte … le polyptyque du corpus christi de vivarini brille toujours avec autant d'intensité et je retrouve la conversation sacrée de bellini où règnent intériorité et concentration, même chez l'ange qui joue de la lyre et il me faut les annotations des livres pour voir le figuier à gauche et l'acacia à droite ainsi que la lampe typiquement vénitienne avec un œuf d'autruche, symbole de la maternité virginale, qui la surplombe puis, tranquillement, et avec l'impression très nette que les panneaux per ferrovia rallongent le chemin , qui pèse déjà beaucoup dans mes jambes, se retrouve la gare.




2 commentaires:

brigitte celerier a dit…

et revivent de très anciens souvenirs… et des regrets, parce que tant de beautés que j'étais souvent plus sensible à l'air, à l'atmosphère d'un lieu, à des petits plaisirs (sauf à San Roco que j'avais élu comme lieu de prédilection) et que finalement j'ai beaucoup pratique" les écarts… les extrémités, le quartier des pêcheurs, les chantiers de bateaux.. un peu pour fuir les shorts immondes des touristes qui étaient une injure aux lieux-

Laura-Solange a dit…

Je vais aussi dans ces "écarts" où résonne une venise qui me séduit, nourrie d'un tableau ou d'une lumière . Je n'arrive pas à me rassasier de ce lieu!