J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

jeudi 22 février 2018

Aux limes du royaume



On a, je crois, les déserts que l’on mérite. On a aussi, parfois, ceux que l’on porte en soi et ceux que l’on fantasme et qui ont le pouvoir de nous réduire, de nous diminuer jusqu’au dérisoire, jusqu’à l’imperceptible, à l’anéantissement ou, au contraire, celui de nous agrandir, nous élever, nous sublimer, aux dimensions d’un infiniment grand intérieur, de plénitude et d’accomplissement.
Je suis d'une terre — mais est-ce bien seulement une terre? — qui, tant sur la carte que pour l'administration, a toujours eu une fâcheuse tendance à pratiquer l'art de l'effacement, de la disparition ( c'est, après tout, le lot des déserts que de faire figure sans avoir de visage). D'abord parce que, pour beaucoup et pendant longtemps, elle était un peu insituable, à la croisée du Massif Central et du Midi, tirant vers l'Auvergne par le Gévaudan et la Margeride, vers le Sud par ses gorges et ses vallées cévenoles. Vers l'Ailleurs par l'Aubrac. En cela, parler de partition à son endroit serait encore trop réducteur tant la Lozère, nommons-la, est tout à la fois nombreuse et indénombrable, écartelée et indémembrable.

Patrick Mialon Désir d'Aubrac( Editions Le temps qu'il fait )
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