1/ Comme si j’arrachais de mauvaises herbes pour laisser s’épanouir quelques fleurs dissimulées, recouvertes d’un voile d’ombres, c’est ainsi que je cherche à écrire. Dans la touffeur des jours qui passent sans s’arrêter, se tenir devant la page à recouvrir de lettres puis de mots, est le moyen que j’ai pour ralentir tout cela, ou tout au moins donner à des moments de vie ce léger surcroît dont il est nécessaire.
2/ Quelle traçabilité de nos vies sinon par les mots lâchés sur la page ? On ne sait pas toujours d’où ils viennent, et pourquoi ils se présentent à nous à l’instant T. Mais ils sont là et on les accueille comme on le peut. Avec curiosité, on émet quelque doute sur leur pertinence, mais, malgré tout, on tente d’en faire quelque chose qui tienne un peu l’équilibre devant notre regard.
3/ On pose souvent un regard oblique sur ce que l’on vit, traverse dans une journée par exemple.On ne voit que les ombres portées de ce que l’on a dit, ou fait, ou au contraire, ce qui n’a pas été dit ou fait. Perché sur des métaphores, on examine le monde du coin de l’œil. Sans doute c’est une façon, comme une autre, pour soi de se protéger, mettre en sécurité.
4/ Ce sont par des envers et des endroits que l’on continue d’avancer. Dans la vie, dans les relations avec ceux qui nous importent, dans ce qu’on cherche à écrire et qui nous tient à cœur ou aux tripes. On se tient derrière les traits obliques des jours qui nous contiennent et qui font que la marche, même déséquilibrée, se poursuit, nourrie de ce qui autour de nous éclaire le chemin.
5/ Une image vous tombe dessus, vous happe dans un musée ou simplement en tournant les pages d’un livre d’art. On feuillète. On s’arrête. On regarde. On se laisse regarder. Un détail nous trouble et on se met à le fixer comme si, là dans ce détail, un message nous était destiné, et patientait depuis des siècles afin que nous puissions le découvrir : petit triangle rouge entre pans de bleu.
6/ Entre l’inconnu et le mystère, laissons un peu de flou se répandre, comme lorsque l’on cherche à faire de la traduction d’une langue à l’autre, et que l’on ressent ou pressent ce qui est dit sans parvenir à dénicher les mots justes pour le dire. On se retient dans la charnière de l’ignorance, dans l’attente que le véhicule du sens se mette dans un mouvement pour nous libérer ses possibles.
7/ Chaque fragment qui s’écrit ici, c’est comme se tenir à un carrefour où hésiter entre plusieurs chemins, se demander lequel emprunter pour trouver ce que l’on ne sait pas que l’on est en train de chercher. L’embranchement où tout est possible : poursuivre tout droit, bifurquer à gauche ou à droite, rebrousser chemin ou simplement se poser là et ne rien faire d’autre que fixer les touffes éparses de lichen.
(L'image est celle d'une reproduction de l'Annonciation de Palerme d'Antonello da Messina )
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