[06:00] [palier] Ça commence. Ça recommence. C’est un mur qui s’effondre, le fusil sur ta tempe, c’est un trou dans ta tête, fillette, le cœur, le corps dressé et tu ouvres la bouche mains à plat sur le lit et vite sur les oreilles mais il n’y a rien à faire, fillette, c’est quoi, c’est quoi encore et ça fait quel bruit ? Ce n’est même pas que ça frappe, ça fait ? Quoi ? C’est le cœur trop fort, arrêté pour de bon, mais non, tu n’es pas morte, alors ça sort d’où ? C’est ici. À côté. C’est le mur qui s’effondre, un troupeau d’éléphants, de buffles, c’est l’armée, ça te traverse la tête, s’infiltre dans le trou, dans ce trou de la tête que le bruit a creusé, ça vibre et tu l’entends, c’est un bruit dans une brèche, une brèche, quelle brèche ? C’est un choc vertical, une masse contre un mur. Un mur ? Non c’est plutôt le palier, c’est des coups répétés, ça cogne à la surface, ça détruit et ça fend la porte de la chambre, la porte de l’entrée. Ça se propage partout, c’est passé sous la peau dans le conduit de l’oreille, c’est ta chambre qu’on ouvre et c’est ton corps qu’on prend, qu’on arrache, qu’on entraîne. Non. C’est la porte d’en face, séparée de la tienne par ces mètres de palier. Oui, voilà, on y est. Il y a des mots maintenant et tu peux les entendre et tu peux les comprendre, es assez éveillée. Fillette sur le lit les mains posées à plat, tu entends que ça parle et se détache, il y a une voix humaine POLICE OUVREZ. Voilà, tu as compris.
Anne Savelli "Bruits" (Éditions Inculte/Actes Sud 2026)

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