J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

lundi 16 novembre 2009

fantômes d'ombres



Ils sont là , effilés dans leurs haillons colorés, éparpillés sur la rivière. Une trentaine de personnages aux visages sculptés identiques qui se dressent au milieu de la rivière . De toutes tailles. Leurs regards sont tournés dans la même direction, celle du flux de la rivière.


Je suis sur la berge à les regarder, les fixer, me laisser interpeller par ces étranges statues qui, je le sais dans l'instant, vont me hanter longtemps.
Des manteaux de couleur terre, agrémentés de rubans rouges et ocres drapent ces statues - mais il faudrait dire ces hommes - qui semblent glisser sur la rivière. Leurs reflets brouillent l'eau et mon regard en leur conférant une allure de géants. La taille réduite de leur tête me choque presque mais je m'aperçois qu'ainsi même des enfants ont une stature imposante.
Un groupe d'une vingtaine de personnages capte en premier l'attention, resserrés, dignes , droits, insufflant un calme qui s'abat sur mes épaules avec tendresse. Un peu à l'écart d'autres semblent discuter par deux ou trois.
Je suis sur la berge et je n'y suis plus.


Ces visages sombres qui fuient mon regard et fixent un horizon que je ne connais pas ne m'inquiètent pas. Leurs silhouettes forment une ombre qui semble jouer une musique longue s'écoulant dans l'eau verte.
Imperceptiblement, je commence à deviner qui sont ces êtres qui veillent là. Et tout devient plus facile.
Cette longue traîne d'hommes avançant sur le cours de la rivière, vêtus des lambeaux de leurs vies, et donnant à voir cette sorte de silence qu'il me plaît à écrire, ces hommes donc, sont les êtres côtoyés dans ma vie et qui ont disparu à jamais de mon horizon.
Sur cette rivière étale, à ce moment hors du temps, ils m'indiquent la direction , celle du ciel rouge et dans ce peu de bruit. Ils disent juste les peurs à délaisser, les mots qui battent à écouter, le temps blanc à embrasser, les arbres autour à regarder et la tête à relever.
Je leur souris, leur murmure que je les ai reconnus, qu'ils ont mis du bleu dans mes mains et que je sais bien que le temps ne fait pas marche arrière mais que c'est bien eux, eux les gardiens de mon enfance.

Un passage s'est creusé au travers des filtres de la raison. Des fantômes d'ombres ont hanté mes doigts semant derrière eux des miettes de mon enfance, des petits bouts de rien, des mots de pas grand chose et des regards portés, loin . Sur l'horizon.









Ce texte a été écrit au cours d'un marathon d'écriture où j'ai participé récemment.
La photo a été prise à Saint Flour cet été. C'est une installation réalisée par Dominique Falda aka Marie Loiseau lors du festival d'art contemporain.

2 commentaires:

Ange-gabrielle a dit…

Après un moment de sidération devant ces haillons vides et allongés...

quelle paix dans leur marche, quelle sérénité dans tes mots.
Tout semble couler : les peurs se sont dissoutes dans les taches de lumière et l'eau claire, les arbres et l'eau murmurent un chant de vie liquide, le chatoiement coloré des reflet mouvants adoucit et berce ce qui s'enfuit.

Laura a dit…

"ce qui s'enfuit" et que l'on cherche à retenir...