J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

samedi 6 février 2010

Un enfer bien calculé






De plus en plus, l'absence d'écriture confine à la folie, je veux dire à cet état de manque où je tourne en rond comme un prisonnier, m'arrêtant de loin en loin devant un mur sur lequel je voudrais écrire les mots qui s'ankylosent dans ma gorge, car dans ces moments de désir des mots, et malgré la force de ce désir, il arrive que la source des mots se tarisse.

Alors s'ouvre devant moi un vide que ne saurait remplir aucune lecture: l'un après l'autre les livres me tombent des yeux, aucun ne parvient à me retenir, surtout pas ceux qui prétendent développer quelque sujet que ce soit. Tout au plus puis-je , lorsque je suis dans ce manque, cueillir çà et là une phrase, rien de plus. Mon rapport à la lecture change donc. Je ne cherche plus la continuité d'un raisonnement, d'une anecdote, mais seulement quelques mots dont j'espère qu'ils seront une clé pour ouvrir les vannes de ma propre écriture.

René Pons "Un enfer bien calculé" ( Editions encre & lumière 2006)


4 commentaires:

Ange-gabrielle a dit…

Comme je comprends bien ce qu'il exprime là. Parfois -comme à Bourdeaux cet été- durant des semaines, deux lignes de lecture par jour, sont tout ce que je peux lire. Ou bien, j'ouvre et ferme fébrilement un grand nombre de livres espérant trouver un mot, une phrase-vanne.

Ange-gabrielle a dit…

Je constate que tu t'es relancé dans A Camus, j'ai lu tout Camus à 17-18ans et j'ai la Pléïade + d'autres choses si ça te dit Je me régale avec "Marcher, une philosophie"enterrée sous la neige du jardin

Marie, Pierre a dit…

Moi aussi, à présent, les livres me tombent des yeux, souvent. Mais je n'ai plus de complexe à ne pas les finir, à ne pas les aimer. Je les renifle, je les parcours, je saute des pages, des paragraphes, ou les rends tels quels, après avoir compris qu'au-delà du titre, point de salut (vivent les bibliothèques !)
Parfois aussi, une seule phrase me comble et me remplit pour quelques temps. Hier soir, je lisais "l'ombre lente du temps" de Lionel Bourg (!) et je me suis aperçue que je l'avais déjà lu, (ou que j'en étais tellement familière que c'était comme si). De toutes façons, déjà lu ou pas, je ne le lisais pas tout à/a fait pareil, (notamment le chapitre qui se passe à Lyon,) comme si rétrospectivement, moi aussi si à présent familière des lieux dont il parle, j'y retrouvais par la pensée, par la lecture, l'ombre lente de son pas. Et moi aussi je pense que ces 2 ou 3 phrases qu'on emporte avec soi d'un livre nous ouvrent des espaces d'écriture, comme un mets dégusté chez quelque ami et qu'on recuisinera à sa "patte" une fois digéré et rentré chez soi.

Laura a dit…

Merci de votre passage les filles!
Marie, Pierre tu as de très bonnes lectures!
Je relis un peu de Camus, un brin de Cixous, du Kawabata...Mais c'est vrai que l'on devient plus exigeant dans nos lectures!