J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mercredi 20 avril 2011

Regard 58

Des primevères, il ne subsiste plus que les feuilles oblongues, désormais dénuées de cette lumière qui murmurait la terre comme un tapis d'opalines. Un silence sans oiseaux pour le révéler, se délite entre des branches d'arbres d'une immobilité inconnue. Pa de tremblement chez les feuilles. Le regard alors hésite, ne reconnaissant pas ce dehors dont une vitre sépare, mais qui d'ordinaire renvoie ce que l'on peut nommer désir. Ce dehors ne semble plus être que dans les mots qui tentent de le dire, dans un mouvement d'écriture qui le cherche, le pousse à être malgré lui. Il n'y a plus d'heure , qu'un silence du temps. Cela résonne presque comme une angoisse, lorsque songeant à cette immobilité, on se dit qu'il ne faut pas arrêter la phrase, qu'elle seule possède les clés du sortilège, et  que, de sa sinuosité dépend le sort du monde. Ce que l'on cherche c'est retrouver les échos des regards posés là si souvent: l'écume des arbres, les lisières d'ombres, le ballet des mésanges, le souffle issu des mousses, le balancement des bambous, les bruyères de Lozère... On attend alors que le soleil, traversant le vitrage, fasse chaleur sur la peau et la traversant, creuse son sillon.

2 commentaires:

Marie, Pierre a dit…

"Sous les sombres voûtes de notre mélancolie
Les ombres d'anges noirs jouent dans le noir
Rêvant sous des saules d'argent
Des étoiles jaunies caressent nos joues
Entre en s'inclinant le front de nos nuits passées." Georg Trakl.
Et moi je dis que tu as beau être myope, ou peut être à cause de cela, ton regard va au cœur, et au mien comme une douleur exquise.

Laura a dit…

Il y a longtemps que je n'avais lu Trakl: j'ai ressorti Crépuscule et déclin...
"Souffle de l'impassible. Un visage de bête
Se raidit à la bleuité, sainte.
Puissant est le mutisme dans la pierre."
Merci à toi