J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mercredi 11 mai 2011

jardin d'enfance

Une tourterelle cachée dans l'épaisseur de l'épicéa accompagne le grattement du stylo sur le cahier. Une vache glisse le long du mur, de l'autre côté, avec une démarche lente et royale. Le tremble frissonne, donnant toujours à penser qu'une pluie douce s'égrène, alors même qu'assise sur les marches de l'escalier qui ouvre sur le jardin, je sens bien le soleil et la lumière qui ombre les lettres tracées. Adossée au mur de la maison,  je suis face aux  souvenirs qui s'activent, mais je les repousse tranquillement: je veux juste être dans l'instant. Le forsythia a troqué sa chevelure blonde pour une parure vert tendre et le lilas du fond du jardin d'un violet dense marque son territoire avec assurance. Le hibou sur la girouette me fixe. Je crois que c'est la première fois que j'écris ici dans ce jardin de la maison d'enfance, bercée par un léger vent comme il est d'usage ici. Un avion raye le ciel et mes yeux accompagnent la trainée blanche . Il y aurait sans doute tant à faire dans la maison, mais mon bonheur est là, assise sur ces trois marches, à écouter grincer la girouette, pleurer le tremble, triller un oiseau caché dans un prunier, compter les sonneries des cloches qui viennent jusqu'à moi pour me rappeler le quand de ce jour. Cette lumière qui pénètre mes mots  et bouleverse le temps n'était pas acquise. Mes épaules s'allègent, mon histoire se trie à la merci du vent, je respire une réalité que je tiens dans mes paumes, je m'abreuve aux couleurs du jardin, m'entoure de l'étoffe d'un matin lumineux. Une sorte de jour. Enfin.


5 commentaires:

brigetoun a dit…

bénédiction matinale ce texte

Ange-gabrielle a dit…

Toute cette lumière,ce jour qui se lève dans la tête,assise sur les marches avec toi, j'ai la sensation de flotter

Marie, Pierre a dit…

Quand la vie enfouie refait surface en allégeant nos épaules. s'alléger de nos morts tout en les portant en nous, comme une lumière qui fait partie de nous sans nous irradier, sans nous consumer, je viens de faire le tour de mon jardin,je connais chaque fleur et même si pour le moment le pollen s'apparente plutôt au poison dans mes bronches, les fleurs n'y sont pour rien, tant de compost pour en arriver là, profiter du printemps tant qu'il en reste, ta nouvelle ancienne maison élargissant l'horizon de tes regards. si loin, si proche. Chère Laura.

Estourelle a dit…

Boire la lumière
est un beau cadeau
juste cela
rien d'autre
et le goûter
Être chez "soi"
à l'extérieur
et à l'intérieur...

Laura a dit…

Il semble que vous avez senti cette douceur que j'ai eu à écrire cela...