J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

vendredi 14 octobre 2011

L'enclave

Que l'anneau des forêts vienne enclore un espace de champs et de prairies, ce lieu tout aussitôt se met à vivre d'une vie  singulière derrière sa haute muraille de frondaisons et de fûts. Séparé du monde, et sans nulle rupture cependant, il n'en reçoit plus que la rumeur, mais comme décantée: tous les bruits que le vent brasse au-dessus des campagnes infinies glissent au creux de cette conque d'herbages sans y prolonger leur confuse mêlée. Chacun d'eux, et jusqu'aux plus opaques, y retrouve sa saveur propre et ne résonne que pour soi. Le vent lui-même, partout ailleurs plainte nulle errant sans but d'un bord à l'autre de l'horizon, redécouvre sa voix perdue et chante à chaque feuille. Oui, tout ici rejoint son chant, mais un chant d'une transparence mystérieuse et qui, simple écho presque toujours, n'en livre pas moins le dessin musical d'une présence. Étrange creuset végétal où comme un minerai brut les rumeurs de la terre et du ciel incessamment sont versées pour y redevenir sonorités pures! [...]
Lieu singulier. Comment le nommer, sinon un lieu de présence?

Gustave Roud "Le repos du cavalier" ( éditions Fario)

3 commentaires:

mémoire du silence a dit…

http://www.gustave-roud.ch/Accueil.html

Laura a dit…

Merci pour le lien car j'aime beaucoup l'écriture de Gustave Roud.

Estourelle a dit…

Une enclave ouverte à la présence
ouverte et bienfaisante...
on a envie de s'y endormir bercé par le vent...