J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

samedi 2 février 2013

Autobiographie des objets



...la myopie on l'a adoptée comme principe de  réalité du monde. Le bonheur de lire les livres de plus près, le bonheur en enlevant les verres, d'accommoder à quelques centimètres et d'entrevoir des mondes. Le bonheur, en les quittant ( ô miracle du verbe attendre dans le prologue du Quart Livre: "Attendez que je chausse mes lunettes...", il était donc myope aussi Rabelais!), de les repousser à des éternités, eux tous, dans le train, dans les couloirs, dans la foule des villes, dans la nuit générale.
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Et même pas besoin de relire: la présence d'un livre suffit à rappeler cette part immatérielle qu'il nous a intérieurement ouverte. De même que, sans l'ouvrir, il est le rappel du lieu où on le lisait, le livre.
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Ceux qui ont grandi dans l'âge de la carte postale sont eux-mêmes dans leur géographie intérieure, comme une sorte d'album ( on vendait des albums de cartes postales comme on vendait des albums de timbres, mais la différence de taille - et donc de l'échantillonnage inclus- n'a jamais confié aux premiers le prestige, voire la magie des seconds). Dans ce que je porte de villes, de noms, de temps, combien de cartes postales associées , jamais dépunaisées, quand bien même je ne me sers plus depuis longtemps, du courrier postal?

François Bon " Autobiographie des objets" (Editions du Seuil 2012)

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