J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

vendredi 20 février 2015

La rumeur libre



Je ne puis me défaire de cette pensée de la splendeur d'un Livre oublié, perdu en moi, soit que je l'ai rêvé, soit que l'écriture en plein jour éveillé m'en fut à voix haute révélée et qu'il appartienne désormais à une parole plus profonde en toute écriture

ainsi chacun porte en lui son propre livre de mots oublés et s'emploie selon sa propre histoire, selon l'énigme que nous sommes tous un peu pour nous-mêmes, soit à le laisser naître, revivre, parler, soit à le rendre muet, fermé, illisible désormais en lui

comme il arrive en toute chose parfois seul un hasard ravive ce vertige des mots naissant, mais ce langage ne vient plus aujourd'hui sans cette peur du langage effondré en moi, d'un langage qui chute en vrac, abîmant les lettres, le rythme détérioré dans son impulsion même, comme si la secousse intime et imprévue, insolite, quotidienne où se récite le réel entrevu dicible n'allait plus sans ce sentiment imminent de chute, de mortalité en soi de la vie même du langage

Patrick Laupin " Oeuvres poétiques tome 1"
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