J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

mercredi 25 octobre 2017

Sauf riverains

Les petis causses viennent de se répandre au fond des vallées de la ruffe. Une fois le relief inversé, ils se présenteront comme des paliers, des marches de basalte entre la future vallée, bientôt creusée, et les vastes plateaux, les grands causses. Nommés Toucou, Auverne, ils se dresseront au premier plan de ma carte personnelle, sans cesse pliée et dépliée, formant une étape géologique entre ma famille paternelle, celle du bas, et ma famille maternelle, celle du haut. Depuis mon point de vue étriqué et romanesque, ma courte généalogie, ils fossiliseront des aires de jeux et de rêveries à ciel ouvert et immense sur mon enfance. Ces hauteurs intermédiaires, par ce livre renversées comme boules de neige artificielle sur ma mémoire, des boules de souvenirs engourdis, sans cesse secouées pour l'écrire, dépasseront néanmoins de loin, et depuis longtemps, ce roman et ma petite vie.

Emmanuelle Pagano "Sauf riverains Trilogie des rives II" ( POL 2017)

voir aussi le blog de l'atelier d'écriture" à la brise de" où se trouve un autre extrait.
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