1/ De l’attention portée au fugace, à ce qui n’a pas de forme
ni de mot pour le décrire. Ces états de fragilité discrète où on
sent que quelque chose advient, une pensée, une odeur, une sorte de
réalité dont on ne pourrait parler mais qui occupe l’esprit d’une
manière étrange et si rapide que l’on n’est pas sûr que ce
soit vraiment arrivé, cela se glisse dans un songe .
2/ J’entends cet étrange cri d’un oiseau perché en haut d’un
grand sapin. Je le cherche du regard et le vois s’envoler dans
l’obliquité d’un vol noir. Nudité de son cri, presque de
l’arrogance, ou tout au moins une assurance nette et sans
compromis. Je ne saurai rien du sens profond, il y en a sûrement un
sinon à quoi bon, je sais juste qu’il m’a donné le déclic pour
écrire
3/ Le grain de la voix intérieure, ce raclement entre les tempes qui
se faufile entre hésitation et sinuosité pour parvenir à ses fins,
qui nous met en alerte : on le saisit parfois avec effort quand
l’envie de le mettre en mots écrits nous taraude. Lâcher les
rênes de l’écriture de ce monde intérieur, ce rien qui nous
constitue tout autant que la chair qui nous recouvre, enfin, ce tout.
4/ Avoir la sensation que se tenir
devant le clavier de l’ordinateur, dans la posture de celle qui va
écrire, qui a quelque chose d’important à faire donc, va
permettre à la notion de temps d’être habitée réellement, dans
une densité pleine de promesses. Comme si les minutes (heures…)
passées ici étaient ainsi plus profondes, plus intenses. Mais c’est
tout simplement que je me demande ce que je pourrais faire d’autre.
5/ De nombreux livres autour de moi, posés sur le bureau, sont en
possibilité de lecture. L’un ou l’autre s’ouvre, l’un et
l’autre parfois aussi dans un même moment, et les textes prennent
plaisir à se mêler, à se laisser appréhender d’une manière
différente. Un dialogue ou des pensées se détachent et créent
dans l’esprit une autre orientation, un réseau avec d’autres
constellations, une matière à penser un peu plus loin.
6/ Hier soir au théâtre pour voir Les femmes savantes. La
mise en scène, les acteurs, la langue de Molière, les costumes, les
décors faits de bibliothèques mobiles recadrant la taille des
espaces où se joue la pièce, tout cela m’a séduite. Et que dire
lorsque le rideau noir se déroule avec lenteur et retombe au sol, ce
que je n’ai plus vu depuis si longtemps au théâtre : pur
bonheur.
7/ À chaque aujourd’hui qui s’extrait des limbes, se poser la
question de savoir ce que l’on rendra réellement vivant en soi. Ce
qui va pouvoir se forger dans ces instants donnés où, à la fois
dans l’extériorité, où se confronter, mais aussi dans l’intime
de ce qui nous dessine et forge, est prêt à infuser. Plus l’avancée
dans la vie se fait grande, plus le désir de sa densité s’impose.