1/ Nous ne sommes plus que des silhouettes contemplant un monde qui s'effrite de toutes parts, dans lequel on ne se reconnait pas, et qui s'efforcent de continuer à être. Les formes du devenir sont de plus en plus incertaines, et les idéaux embrassés dans la jeunesse tremblent sous les tumultes. Quelles aubes de promesses pour ces lendemains qui gémissent ? Le monde remue tout autour et les abris sont précaires.
2/ Par-delà les inquiétudes, les tracas ou les incertitudes d'un quotidien toujours chamboulé par des contrariétés, parvenir à se recentrer. Ce n'est pas toujours chose facile. Relativiser et faire le tri entre les plumes que l'on vient de perdre et sa vie qui se déroule, somme toute, sans trop de perturbations. Reprendre la navigation sur la rivière des jours, les yeux davantage ouverts pour rester vif et en possession de soi.
3/ La fleur du magnolia aux pétales bien serrés, aux échos d'une vie encore dormante, inconnue, est pâle de ce rose dont rêvent les petites filles. Aussitôt plongée dans un verre d'eau, la fleur pulse ouvre grand ses pétales, avide de lumière, prête à repousser le ciel, à hypnotiser le passant, à éclabousser de sa présence comme une flamme. On ne sait pas qui parle mais on ne peut que l'écouter.
4/ La toile est bien tendue au devant du seuil. Le ciel reste à interroger. Il va bien falloir entrer dans la ronde de ce jour, examiner les possibilités de ce corps endolori au matin, auquel donner un peu de temps pour se mettre en route, et lui permettre de mobiliser l'énergie nécessaire. Le premier regard posé sur le dehors va donner la tonalité et l'élan pour la chorégraphie du devenir.
5/ Dans les voix, il y a des arbres qui vibrent. De la sève coule diffusant une tonalité, un phrasé, une émotion, une sensibilité. C'est comme un morceau de nuage qui s'épanche et sème des gouttelettes qui pigmentent les cordes vocales. Et dans les arbres il y a des voix qui murmurent., tremblent sous les écorces dans des vapeurs de brume. Comme un enfant, poser son oreille sur le tronc: écouter.
6/ Ce ne sont que lambeaux qui s'agitent, brûlent parfois, se démènent sous la lauze frontale. Cela parle en dedans alors que dehors le jour, frémissant dans les buissons et sous les branches des bouleaux, tente de naître encore une fois. Des gouttelettes qui glissent sur les vitres, obstruant ce qui au-delà est la vie commune, il faut faire son miel et nourrir le verbe sans fin, au creux des doigts.
7/ Attente de la mise en feuilles des bouleaux. Besoin réel de printemps comme d'un verre d'eau fraîche. Nécessité d'un renouveau, des renaissances de la nature, de la chaleur du soleil sur la peau, de la vision de fleurs éparses au sol. S'apercevoir que l'on a besoin du rythme des saisons pour s'inscrire dans le temps, même si nous progressons vers un improbable avenir. La lumière des mots ne suffit pas.