Derrière moi, des centaines de livres, assez bien rangés sur des étagères blanches, au sol des piles de livres en attente de lecture, devant des post-it collés sur d’autres étagères où des mots encore sont accrochés, des pense-bêtes, des phrases à ne pas oublier d’insérer, des titres de livres où il faut absolument s’immerger, des podcasts à écouter, des idées pour des ateliers d’écriture en cours, tout un univers dont il ne faut rien débrancher.
Sur ces étagères posées sur le bureau, s’étalent pots à stylos et crayons, quelques photos et cartes postales conservées depuis longtemps et que l’on sait nécessaires. Une photo prise à Venise où un pont et un canal s’enlacent alors que ma silhouette s’efface un peu plus loin. Une carte postale avec des mots de Pierre Bergounioux au verso, où la tête sculptée de La Bernardine ( exposée au musée Labenche à Brive) me fixe et dont un jour il faudra bien que je raconte tout ce qui me lie à elle. Une reproduction de Caspar David Friedrich Femme dans le soleil du matin, où la silhouette d’une femme très droite, vue de dos, semble du bout de ses doigts effleurer les rais d’un soleil dont la terre tressaille — ce serait un monde suspendu dans une peau de draps frais, aux ombres de miroir qui scintillent quand un ici respire puis expire un ailleurs. La pulpe des doigts s’agite et répand son sang, se dilue et se perd jusqu’à refaire ce qui serait le monde ou le commencement d’un autre, celui dont chacun rêve et qui se crée avec des mots écrits en lettres capitales, aux pleins et déliés bien notés pour échancrer les reliefs et les creux à l’encre rouge.
Tout à côté, une photo en noir et blanc, extraite d’un petit coffret noir fermé par un ruban, où l’on reconnaît Marguerite Duras, vue de dos également, dans le hall des Roches noires à Trouville qui regarde la mer se déchaîner dans une houle, peut-être pleut-il comme au début de L’été 80, et elle reste là, les mains accrochées à la grille de la fenêtre, juste pour regarder et songer.
Tout cela est à hauteur des yeux qui se lèvent de l’écran de temps à autre et se posent là pour reprendre une sorte de respiration. Dans les trois petites niches qui composent cette étagère sur le plateau du bureau, les livres de quelques auteurs dont il faut, à portée de mains, pouvoir s’emparer pour éclairer d’une lumière nouvelle: Dante, Danielle Collobert, Antoine Emaz, Jacques Ancet, Philippe Jaccottet, Pierre-Albert Jourdan, Marguerite Duras… Quelques pierres, des carnets, un peu de poussière… tout un nécessaire …
à suivre ...
(Ce texte "Les mots blancs", fait partie d'une série – en cours d'écriture – de proses écrites en écho à des phrases lues, parfois juste quelques mots, dans le recueil Les vagues de Virginia Woolf. Il a été publié dans une revue en ligne qui s'appelait Dire au sein du groupe Tiers-Livre dirigé par François Bon.
Ce sont toujours mes divagations en écho à l'univers de Virginia Woolf et plus précisément Les vagues .)