J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

lundi 9 juin 2008

si peu

On laisse au fond si peu de soi.
Cinq, six gestes qui touchèrent quelqu’un, dont il se souvient.
Des bouts de ficelle, des brins de paille que l’on balaie le soir, quand il est temps d’aller se coucher. Des enveloppes jaunies, ceintes d’un ruban, en vrac le plus souvent sous le fatras d’épingles et de factures entassées dans un tiroir. Des carnets, parfois, ou des morceaux de papier sur lesquels on s’efforça d’écrire ce que l’on avait vécu, compris, ignoré, voulu, supporté, trahi, sacrifié, offert, désiré, volé, retenu, manière de dénouer l’écheveau, désembrouiller les fils qui nous gardent attachés les uns aux autres sous la pluie, sous la neige.
C’est toujours la même histoire, n’est-ce pas ?
On la tisse, la ravaude, quand elle s’use — et elle s’use, putain ! ce qu’elle s’use —, avec de nouveaux songes, s’enfonce dès que l’on peut des pointes minuscules ou des échardes à l’intérieur du cœur.
Mais tant de détresse, tellement de douleur, de craintes et de souffrance alentour, toute cette misère de vivre et de survivre, ou de crever, ces gens qui gueulent comme des putois toujours la même rengaine :

Capri,
C’est fini !

ces femmes, ces hommes que je croise, auxquels j’adresse un « bonjour » sonore, afin qu’ils m’entendent, sachent que je les salue, qu’ils existent, un peu, un très petit peu sur ce rivage où la solitude les ploie, comment en être dignes, rien ne change, ils pleurent, grognent, ricanent, on a beau faire, beau les aimer, leur apporter du vin, des bouquets, L’équipe, Marie-Claire, des caramels, ils sont loin, si loin que devant eux le plus bourru des fils n’est qu’un môme apeuré, qui renifle, fait semblant d’éternuer en triturant son mouchoir, la tête, les épaules enfouies sous de sales étoiles.

Lionel Bourg "Ce qui pleure en moi pour être délivré"

Si vous souhaitez retrouver tout le texte , allez sur le site:

http://www.lieux-dits.eu/

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Avec une pensée pour Lionel et les coquelicots de la semaine passée ... et l'Italie pourquoi pas
"Vivre c'est rejaillir sans cesse de la mort, c'est écarter les algues" et " et soudain ... contre la pierre séchée d'un mur, un coquelicot magnifique se balance à notre passage nous invitant à ne jamais céder, à marcher la tête haute, en dépit des orages, des jours mauvais." Joël Vernet : Le désert où la route prend fin

Une ange gabrielle aux ailes douloureuses

den a dit…

c'est vrai que nous sommes peu de choses. notre passage par la vie est éphémère au regard de l'immensité du temps et de l'espace...mais être en vie est infiniment grand aussi. ouvrir les yeux et voir, entendre, sentir, respirer, parler, grandir, aimer...c'est tout ça et plus encore la vie! et c'est aujourd'hui, ici et maintenant, qu'il faut être présent et vivre et gouter chaque seconde qui passe et boire la vie jusqu'à la lie!

Laura a dit…

Je n'ai pas lu ce livre de joel Vernet dont tu parles, j'aime beaucoup son écriture.( Si tu l'as tu peux me le prêter, mon ange....)

Je suis bien d'accord avec toi Den: envivons nous!!!!

Estourelle a dit…

C'et tellement vrai !!!

den a dit…

j'aime ton mot laura. envivons nous. je vais le garder précieusement au fond de moi et m'y référer quand le découragement me guettera. envivons nous! merci!