J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

jeudi 21 octobre 2010

Le silence et le livre

Ouvrons le livre: ce qui signale, signe le poème, ce sont les blancs. La page n'est pas entièrement écrite, il reste des marges autour ou au bout des mots. Dans une page de poésie, il y a autant de mots, de bruit adressé, de vocable, que de rien, de vide, de silence. Même le poème en prose fait pavé noir sur fond blanc.

Pourquoi ce besoin de rien? Ou, si l'on préfère, pourquoi ce besoin de silence dans un espace, la page, normalement dévolu à la parole? Sans doute parce qu'en poésie on affiche d'entrée qu'il est impossible de tout dire du vivre. Le blanc, c'est de la vie restée muette, parce qu'impossible à dire, ou parce que manquant de l'intensité minimale nécessaire pour s'écrire.
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Si la poésie a peu d'audience, c'est peut-être en partie parce qu'elle remet de l'attente, du suspens, dans la langue. Dans notre monde du très haut débit, même s'il débite le plus souvent du rien, cet art de l'arrêt sur mots peut sembler insupportable.

Antoine Emaz "Carnet de notes" paru dans "Le soleil et le livre" (ouvrage collectif édité par les Publications de l'université de Saint-Etienne, en 2010, sous la direction de Evelyne Lloze et Valentine Oncins)

4 commentaires:

Estourelle a dit…

Ouais et ben je suis complètement d'accord!!

:))

Laura a dit…

Et bien moi aussi!

Anonyme a dit…

J'aime beaucoup Emaz. Et ce qu'il dit ici correspond à ce que je pense depuis longtemps : il faut du temps pour lire, goûter, apprécier un poème. Il faut du temps pour l'apprivoiser, pour se laisser apprivoiser. Pour en sentir toutes les nuances, tous les méandres, il faut du temps que nos contemporains n'ont plus...

agnès

Laura a dit…

J'aime beaucoup Emaz aussi, à la fois sa poésie ( "Plaie" est bouleversant) et ses notes sur l'écriture qui permettent de voir un peu derrière le rideau!