J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

vendredi 25 février 2011

Regard 53

On a beau le scruter, le jardin ne s'est aperçu de rien. Il a poursuivi son essor secret vers un printemps tant espéré. Une semaine que mes yeux ne l'avaient regardé. Des primevères ont proliféré malgré le froid qui a repris les rênes, mais ici la neige n'a pas effleuré la terre en une ultime caresse. Le regard amputé, j'ai désormais des jours entiers à consacrer au bruissement des branches, aux rires des oiseaux, aux fils labyrinthiques des ronces et autres herbes folles, à l'immobilité terrée dans mes tiroirs sous le cyprès, à ce ciel dont la grisaille ne libérera aucune espérance. Compter les gouttes aussi qui perlent au bord des branches. Ne pas abuser des larmes. Compter les jours depuis. Fermer les yeux , penser à la bruyère.

2 commentaires:

brigetoun a dit…

un peu de bleu mais une végétation qui peine plus qu'extrêmement à se souvenir qu'elle pourrait songer à exister, ici

béatrice a dit…

je sens ta peine. ce nouveau temps libre qui est devant toi et dont tu sens les ronces envahissantes qui te blessent. la perte de quelqu'un se mesure aussi au temps qu'il nous laisse après. mais le chagrin c'est comme le jardin, il a son autonomie réglée sur le temps et les saisons; heureusement comme tu le dis si bien: sous les ronces les primevères...